LES CHEFS DES MAISONS CIVILE ET MILITAIRE DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE
Cette neige pourtant ne terrasse pas ce qu'elle couvre; elle protège le sol contre le froid dévastateur, et quand, au printemps, le soleil fait fondre la couche blanche, la vie qui s'éveille est intense. Le paysan finlandais, qui est très souvent un poète, dit fort exactement qu'on «entend» croître les pousses nouvelles.
Et voici que cette neige, qu'on redoute depuis les temps primitifs parce qu'elle est un peu l'image d'un linceul, va devenir sans doute la providence d'une nouvelle science, l'auxiliaire des derniers perfectionnements de l'aviation.
Des pilotes militaires suédois, le lieutenant Junger entre autres, ont imaginé un appareil d'aviation muni dé ski et de patins, qui peut se poser sur la neige et sur la glace. On l'expérimente en ces jours à Askrike, en Suède. Que ce soit la rivière d'Uleo, le patinoir d'Helsingfors ou les plateaux de Maanselka le point de contact est si nivelé qu'il paraît idéal et ce sont toujours de merveilleux ports aériens pendant six mois de l'année. L'hiver est la saison rêvée pour le vol «parce que, dit le lieutenant Junger, les surfaces propices à l'atterrissage doublent leur superficie; la neige comble les trous, nivelle les bosses, égalise ce sol, en un mot, tandis que les lacs et les rivières présentent, à perte de vue, une glace libre d'obstacles.»
Jean Bouchot.
LA MAISON DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE
L'un des premiers soins de M. Raymond Poincaré, en s'installant à l'Elysée, a été de constituer ses maisons civile et militaire.
Tout d'abord, le nouveau président a eu l'excellente idée de rétablir le poste de secrétaire général, chef de la maison militaire, supprimé par son prédécesseur, et de confier à un général ces délicates fonctions: le général Antoine Beaudemoulin, sur la désignation du ministère de la Guerre, recueille, après un long interrègne, la succession des généraux Brugère, Hagron, Bailloud, Tournier, etc., qui avaient laissé aux vieux familiers du palais présidentiel de si parfaits souvenirs.
Le général Beaudemoulin, Limousin d'origine, appartient à la cavalerie. Général de brigade du 23 mars 1911, il commandait, avant d'être appelé auprès du chef de l'État, la 7e brigade de dragons, à Epernay. Il a, dans l'arme, la réputation d'un cavalier des plus brillants.
Le secrétaire général civil de la présidence est M. A. Pichon, maître des requêtes au Conseil d'État, qui était déjà, depuis un an, chef du cabinet de M. Raymond Poincaré au quai d'Orsay. M. Pichon a déjà une longue expérience des devoirs qui lui incombent, ayant été précédemment chef adjoint, puis chef de cabinet des ministres du Commerce, des Travaux publics, et de la Justice, avant de passer aux Affaires étrangères, où sa bonne grâce, sa parfaite urbanité lui avaient conquis l'universelle sympathie.
Enfin, M. Marcel Gras, qui remplissait auprès de M. Raymond Poincaré, au cabinet du quai d'Orsay, les fonctions de haute confiance de chef du secrétariat particulier, les conserve auprès du nouveau président. M. Marcel Gras est docteur en droit et diplômé de l'École des sciences politiques. Il a été, l'an dernier, lauréat de l'Académie des sciences, qui lui décerna le prix Audiffred. Il y a cinq ans déjà qu'il est le collaborateur de M. Raymond Poincaré, comme secrétaire, d'abord, et tous ceux qui ont pu éprouver naguère l'amabilité de son accueil, son tact parfait, se félicitent de le retrouver à l'Elysée.
UNE LETTRE DU TSAR A M. RAYMOND POINCARÉ
Le comte Isvolsky, ambassadeur de Russie, et le baron
Schilling, envoyé extraordinaire, se rendant à l'Elysée pour remettre au
nouveau Président les insignes de l'ordre de Saint-André et une lettre
autographe du tsar.
La remise au président de la République de l'ordre impérial russe de Saint-André, qui a eu lieu cette semaine, a revêtu un caractère et une signification que n'ont point, à l'habitude, les cérémonies de ce genre; on doit lui attribuer l'importance d'une manifestation, entre toutes précieuse et éclatante, de l'alliance franco-russe. En conférant à M. Raymond Poincaré la décoration la plus ancienne et la plus illustre de l'Empire, réservée presque exclusivement aux souverains et aux membres des familles régnantes, le tsar Nicolas II avait donné au chef de l'État une haute marque d'estime et d'attachement, qui était allée au coeur même de la nation: il a voulu spontanément lui ajouter encore un témoignage personnel d'ardente sympathie, par une lettre autographe qu'il lui a fait remettre, en même temps que les insignes.
Les mots affectueux, bien éloignés des formules protocolaires, par lesquels débute cette lettre, montrent tout aussitôt les sentiments de particulière cordialité qui l'ont inspirée: «Monsieur le Président, Grand et Bon Ami, écrit le souverain, je viens vous adresser mes félicitations et mes meilleurs voeux à l'occasion de votre élection à la présidence et de votre entrée dans l'exercice de vos hautes fonctions.» Puis, avec une sincérité frappante, et, si l'on peut dire, une vivacité, qui apparaît à chaque phrase, le tsar, se félicitant de la durée de l'alliance, «consacrée par vingt ans d'existence féconde», déclare qu' «elle constitue la base de la politique étrangère qu'il a tracée à son gouvernement».
Cette lettre, qui devait avoir un si profond retentissement dans toute la France a été portée, le mardi de cette semaine, à M. Poincaré, par M. le baron Schilling, directeur de la chancellerie du ministère des Affaires étrangères, que le tsar avait envoyé spécialement pour cette mission, et par M. Isvolsky, ambassadeur de Russie. Tous deux furent introduits auprès du chef de l'État, qu'entouraient M. Briand et M. Jonnart. M. Isvolsky remit à M, Poincaré le collier et la croix de Saint-André et prononça une allocution chaleureuse, à laquelle le président répondit en affirmant qu'il «veillerait soigneusement, durant sa magistrature, à maintenir et à resserrer l'alliance entre les deux pays».
Note du transcripteur: Les suppléments mentionnés
en titre ne nous ont pas été fournis