UN ENGAGEMENT AU MAROC
C'est une affaire qui fut chaude, comme elles sont toutes au Maroc, où l'ennemi a toujours «un cran» extraordinaire, mais dont les journaux n'ont point parlé, parce que trop d'incidents, ici et là, et au Maroc même, sollicitent leur attention.
Le 24 janvier, le colonel Reibell--qui, en l'absence du général Dalbiez, commande la région de Meknès--revenant de Kasbah el Hajeb, un de nos postes avancés en pays berbère, avec la colonne Neltner, rejoignait, à Aïn Marouf, une force commandée par le chef de bataillon de Laborderie, du 4e tirailleurs. Cette arrivée, cette jonction causèrent dans la région quelque effervescence. Et à peine le colonel Reibell arrivait-il que les crêtes, sur son passage, se garnissaient de Marocains. Peu à peu, on les voyait descendre, agressifs, vers le camp. C'était une harka des Béni M'Guild qui venait nous attaquer.
Le commandant de Laborderie.
Phot. Chevalier.
Le colonel Reibell confia au commandant de Laborderie le soin de la tenir en respect. Un détachement de sortie, sous les ordres du capitaine Chardenet, fut formé, avec mission d'attirer, par une attaque simulée, suivie d'un mouvement en arrière, les agresseurs qu'on devait ainsi attirer dans la plaine. La manoeuvre s'exécuta de façon remarquable, et au moment où les Béni M'Guild, au nombre de plus de 2.000, croyaient envelopper et tenir les nôtres--trois pauvres compagnies!--ils étaient soudain surpris par le feu de l'artillerie, bien embusquée, silencieuse jusqu'alors, attaqués par les tirailleurs qui les prenaient de flanc et, en quelques moments, balayés, en pleine fuite.
Ils laissèrent sur le terrain de nombreux cadavres, des armes, des chevaux.
«L'heure avancée et la faiblesse de nos effectifs, nous écrit un témoin oculaire, ne nous permirent pas de les poursuivre dans leurs gorges montagneuses, mais leur déroute était si complète qu'ils laissèrent entre nos mains leurs morts et des armes en abondance et que nous pûmes rentrer au camp d'Aïn Marouf à la nuit tombante sans essuyer un seul coup de feu.»
A la suite de cette brillante action, le commandant de Laborderie a été proposé pour le grade de lieutenant-colonel. Il vient, depuis, d'être appelé à Casablanca auprès du général d'Esperey, comme sous-chef d'état-major.