DOCUMENTS et INFORMATIONS

Le charbon français.

Le tableau suivant, récemment dressé par le syndicat des Houillères de France, nous fait connaître les mouvements de la production et de la consommation du charbon en France, depuis près d'un siècle.

Production
Années. française. Consommation.
Milliers de tonnes.
1820......... 1.000 1.300
1840......... 3.000 4.000
1860......... 8.000 14.000
1880......... 19.000 28.000
1890......... 26.000 36.000
1900......... 32.000 48.000
1910......... 38.000 56.000
1911......... 39.000 59.000

Comme on voit, notre situation s'est grandement améliorée au cours des trente dernières années.

Depuis 1880, la production française a doublé, ainsi que la consommation; dans cette période, la proportion de combustibles étrangers dans la consommation totale a seulement passé de 32 à 34%.

Quant à notre exportation, elle reste sensiblement stationnaire et très minime: 900 tonnes en 1900; 1.700 en 1910; 500 en 1911.

Sur les 39 millions de tonnes extraites des mines françaises en 1911, 26 millions ont été fournis par le bassin du Nord et du Pas-de-Calais.

Les victimes des Alpes.

D'après un relevé du Club alpin allemand, 1.117 personnes ont péri dans les Alpes au cours des douze dernières années (1900-1912).

Le nombre des victimes, qui avait atteint 132 en 1911 et 128 en 1910, fut seulement de 95 en 1912.

Sur ces 95 victimes, dont 6 femmes, 36 se tuèrent en Allemagne, 26 aux environs de Vienne, 29 dans le Tyrol, 4 en Suisse et en France.

On compte: 53 personnes tombées dans un précipice, 13 englouties par des avalanches, 8 mortes de froid.

Trois touristes ont trouvé la mort en même temps dans le massif du Mont-Blanc le 15 août 1912: M. Jones, de Cambridge, sa femme et son guide.

Comme toujours, la très grande majorité de ces accidents sont dus à des imprudences ou à des maladresses peu excusables.

Un incendie à Tokio.

Au milieu des décombres, les maisons à l'épreuve du feu. Les palissades élevées pour délimiter les propriétés. La reconstruction d'une maison, 48 heures après l'incendie.

UN INCENDIE GIGANTESQUE A TOKIO.--Phot. J. du Mesle.

Un incendie considérable, comme on n'en voit guère qu'au Japon, a éclaté à Tokio dans la nuit du 19 au 20 février et a consumé un quartier du district de Kanda deux fois plus étendu que le fameux Yoshiwara, également détruit par le feu il y a quelques mois. Poussées par un vent violent, favorisées par la légèreté des constructions faites de bois et de papier, les flammes ont dévoré en cinq ou six heures environ trois mille maisons parmi lesquelles se trouvaient un grand nombre d'écoles et une église catholique française. Sur ce vaste champ de ruines, où il est souvent difficile de distinguer les rues, les dodzo ou magasins à l'épreuve du feu sont seuls restés debout.

On chercherait en vain des mobiliers arrachés au désastre; les habitants ont eu le sentiment très net de leur impuissance, et nul n'a essayé de déménager. Aussi, le nombre des accidents de personnes fut fort restreint; on compte seulement quelques blessés et un mort.

Le brasier à peine éteint, on vit les sinistrés se promener au milieu des débris fumants pour tâcher de reconnaître l'emplacement de leur demeure. Ici, un propriétaire marque son coin avec une carte de visite attachée à une baguette fichée en terre; ailleurs, des palissades s'élèvent pour délimiter les propriétés et reconstituent le tracé des rues.

Tous ces gens, d'ailleurs, vont et viennent comme s'ils vaquaient à leurs occupations ordinaires. La catastrophe semble n'avoir guère touché leur impassibilité fataliste et l'on sent qu'à bref délai un quartier neuf, tout aussi japonais et fragile, se dressera sur l'enclos aujourd'hui couvert de cendres.

La truffe française,

La campagne trufficole est close ou à peu près, car les quelques truffes qu'on déterre maintenant ça et là ne peuvent compter comme une récolte sérieuse.

La récolte de la truffe qui, cette année, avait commencé de très bonne heure, finit donc, par contre, très tôt. En effet, certaines années on creuse des truffes jusqu'au 15 avril. Les truffes tardives sont, en général, particulièrement savoureuses et parfumées, mais leur volume est moindre.

Malgré l'arrêt prématuré de la production trufficole, la campagne aura été excellente et, dans toutes les régions où la précieuse cryptogame se récolte, les trufficulteurs se sont montrés particulièrement satisfaits. Partout la truffe a été abondante et de qualité parfaite. L'an dernier, au contraire, la campagne trufficole fut désastreuse. Ceci était dû à l'été exceptionnellement chaud de 1911. Pour qu'il y ait de la truffe, il faut qu'il pleuve au mois d'août. Or, en 1911, dans certains départements méridionaux comme le Vaucluse, qui est aujourd'hui le plus grand producteur de truffes de France, il n'était pas tombé une goutte d'eau pendant quatre mois.

L'abondance de la truffe est une richesse pour le pays, car il n'y a qu'en France qu'on rencontre la belle truffe d'un beau noir dont la chair est marbrée de mille veines blanches, la Tuber melanosporum, dénommée couramment truffe du Périgord. Or, la récolte de celle-ci se monte en moyenne à plus de 3 millions de kilogrammes.

La production de la truffe a augmenté depuis cinquante ans d'une façon progressive. Elle augmente d'année en année, car, chaque année, on plante de nouveaux chênes truffiers. C'est ainsi qu'en 1892 la statistique portait pour le Vaucluse une production annuelle de 470.000 kilogrammes et en 1903 de 716.000 kilogrammes, soit une augmentation de 250.000 kilogrammes en onze ans. En Dordogne les chiffres nous montrent également l'augmentation formidable de la production de la truffe qui de 160.000 kilogrammes en 1892 est montée à 420.000 kilogramme.

Malgré cela, la truffe n'a pas diminué de prix, parce que plus sa production augmente plus sa consommation croît en proportion. Peu de produits jouissent d'une telle faveur. Et cette faveur n'est pas imméritée, avouons-le...

Le tombeau de Sainte-Hélène.

Dans son ouvrage, dont nous avons rendu compte récemment, sur les lendemains de Sainte-Hélène: Après la mort de l'empereur, notre collaborateur Albéric Cahuet a dit, d'après des documents actuels, comment les domaines français de Sainte-Hélène (la maison de la captivité et le tombeau de Napoléon acquis en 1858 par Napoléon III au prix de 178.600 francs) se trouvaient sur le point d'être condamnés à l'abandon et à un prompt anéantissement par suite de l'insuffisance de crédits d'entretien qu'il est question de réduire encore, sinon de complètement supprimer. Ces crédits figurent actuellement au budget pour 6.000 francs (entretien d'un gérant, qui est en même temps notre agent consulaire à Sainte-Hélène) au chapitre: «Personnel des services extérieurs», et pour 3.000 francs au chapitre: «Entretien des immeubles à l'étranger.» Ces 3,000 francs servent à payer à la fois les salaires des gardiens, les réparations et les impôts. Or, la maison de Longwood, reconstituée à grands frais de 1858 à 1860 par une mission spécialement envoyée de France, menace maintenant ruine et il est question de supprimer le dernier gardien qui protège le tombeau --toujours très visité et avec beaucoup de recueillement, par les voyageurs--contre les incursions de bestiaux des domaines voisins.

Ces faits auxquels notre confrère le Matin a donné sa grande publicité ont vivement ému tous ceux qui considèrent que le souvenir de Sainte-Hélène demeure un grand souvenir français.

Parmi les nombreuses lettres que notre collaborateur a reçues à cette occasion, il en est une, particulièrement touchante, qui lui a été adressée par le petit-fils d'un des vieux soldats de la Grande Armée, M. Jules Delaunay, à Dozulé (Calvados), et que nous croyons intéressant de reproduire. M. Jules Delaunay écrit:

«Voulez-vous me permettre, monsieur, de vous soumettre une idée?

» Est-ce que ce n'est pas un devoir sacré pour les descendants des soldats de Napoléon, de ceux qui eurent «sa dernière pensée», de se réunir et de contribuer à l'entretien de la maison qui a vu mourir le héros et de la tombe qui a contenu son cercueil?

» Une société s'est formée pour conserver Versailles, c'est bien, mais ce qui serait bien aussi, à mon avis du moins, ce serait de conserver, de restaurer le domaine français de Sainte-Hélène. Nous avons des descendants des maréchaux du premier Empire. Que l'un d'eux prenne la présidence d'honneur de cette Société et vous verrez accourir à son appel tous les enfants de ceux qui entrèrent à la suite des aigles d'or dans les capitales de l'Europe.

» Il va sans dire que cette société n'aurait aucun but politique; ce serait la rabaisser; si tous les descendants des soldats du premier Empire ont le droit d'avoir l'opinion que bon leur semble, aucun ne peut renier la parcelle de gloire, si petite soit-elle, que son ancêtre lui a léguée; c'est faire à nouveau briller cette étincelle que de s'associer pour conserver à la postérité le lieu et la maison qui ont vu le martyre et l'agonie du plus grand capitaine des temps modernes.»

Le dernier abri de l'empereur prisonnier et son tombeau de Sainte-Hélène entretenus par les soins des descendants de ses maréchaux et des plus humbles parmi ses vieux soldats, voilà, évidemment, qui ajouterait une jolie page de sentiment à la légende de l'Aigle.

Influence minime du soleil sur l'abondance des récoltes.

L'assimilation du carbone par les plantes s'opère sous l'influence des radiations solaires, et quand on l'étudié en atmosphère confinée on constate qu'elle est plus grande à la lumière directe qu'à la lumière diffuse.

Il semblerait donc qu'un ciel couvert est un obstacle à la décomposition de l'acide carbonique de l'air, et, par suite, à l'accroissement de la matière végétale. Or, les régions à nébulosité fréquente ont souvent une végétation plus puissante que les autres, c'est-à-dire à climat humide.

Pour expliquer cette apparente contradiction, on admet que l'efficacité de l'eau est incomparablement plus grande que celle de la lumière, et que la végétation souffre moins de la rareté de soleil que de la rareté d'eau.

M. Muntz, membre de l'Académie des sciences, a étudié ce phénomène avec une précision toute scientifique, en observant un champ de luzerne, à Meudon, au cours des étés 1910, 1911, 1912. Deux de ces étés, 1910 et 1912, ont été d'une extrême humidité; celui de 1911 a été marqué par une sécheresse exceptionnelle.

L'accroissement, par jour et par mètre carré, de matière végétale sèche a varié dans les proportions suivantes: sur la partie du champ abandonnée aux caprices atmosphériques:

1910............ 5 gr. 24
1911............ 1 gr. 24
1912............ 3 gr. 12

Une autre partie de la culture fut arrosée régulièrement à raison de 40 litres d'eau par jour et par mètre carré. On relève les accroissements sensiblement différents des premiers:

1910............ 10 gr. 56
1911............ 7 gr.
1912............ 9 gr. 42

Dans les deux cas, c'est donc l'année 1911, la plus ensoleillée, qui a produit la plus faible récolte.

Les forces navales helléniques.

Un récent article sur les opérations navales dans la guerre des Balkans, paru dans notre numéro du 22 février, établissait le compte des navires de la flotte hellénique et faisait figurer dans cette énumération huit contre-torpilleurs de construction récente.

Un de nos lecteurs d'Alexandrie, le docteur A. Londo-Leondopoulo, qui appartient à une famille largement représentée tant dans la marine que dans l'armée grecques, nous fait observer que ces unités sont actuellement au nombre de 14, dont 4 de 1.000 tonnes et 4 de 300 tonnes construites en Angleterre, et 2 de 600 tonnes et 4 de 300 tonnes construites en Allemagne. A ces forces, on peut ajouter le Nicopolis, l'ancien Attalia turc, coulé par son équipage à Preveza, depuis renfloué et remis en service actif.

«Marie-Madeleine» de Maeterlinck à Nice.--Les miraculés insultent Marie-Madeleine convertie et qui refuse de sauver Jésus par un nouveau péché.