LE TRIOMPHE GREC A JANINA
Le deuil dans lequel l'assassinat de son roi vient de plonger la Grèce apparaît d'autant plus cruel qu'il succède brutalement pour elle, à une suite de succès. de joies, dont la plus vive, sans doute, lui fut donnée le 8 mars dernier par la nouvelle de la prise de Janina.
Les premiers renseignements quelque peu détaillés, comme les premiers documents graphiques sur la reddition de la place, ont été apportés jusqu'à notre Occident lointain par un de nos confrères anglais au prix d'un tour de force trop joli, aux yeux des gens du métier, pour que nous ne nous empressions pas de le signaler.
M. David Mac Lellan, envoyé spécial du Daily Mirror du côté grec, dormait tranquille à Emin Agha, petit village à quelque 90 kilomètres de Janina, quand il fut réveillé à la pointe du jour par le bruit du canon. Préjugeant que peut-être on livrait à la forteresse le suprême assaut, il se précipitait dehors.
Une colonne grecque allant faire son entrée à Janina.--Phot. Rhomaïdes Zeitz.
La population de Janina venue, avec des drapeaux, au-devant des troupes grecques.
Phot. Mac Lellan du Daily Mirror.
Mais déjà les négociations étaient engagées depuis la nuit, les conditions fixées pont la capitulation. Déjà, sur sa route, des hommes se congratulaient, échangeaient de vigoureuses poignées de main.
Un fourgon qui passait le prit, l'emmena vers la ville. Le bon hasard le jeta juste sur un petit groupe qui entourait le général Soutzos, délégué par le prince héritier vers les parlementaires ottomans.
Bientôt, Vehid bey, représentant du commandant de Janina, s'avançait «lentement, le front baissé vers la terre». Il ne leva les yeux que lorsqu'il fut en face du général. Il le fixa un moment et dit: «Je suis venu rendre la ville de Janina.»
Un canon victorieux.
Le correspondant anglais fut un des premiers à pénétrer dans Janina. La joie y éclatait partout, au moins chez les Grecs, car les Turcs furent quelques jours avant de se résigner. On dansait dans les rues. Mais les casernes. où 12.000 soldats turcs silencieux, abattus, étaient maintenant prisonniers, présentaient un pénible spectacle
Sa tâche de reporter remplie, quand il eut assisté à l'entrée solennelle des troupes helléniques, le prince Constantin en tête, M. Mac Lellan demanda à voir le Diadoque, lui fit part du succès de sa mission, lui exprimant ses craintes de ne pouvoir, en temps utile, faire tenir à son journal les documents précieux qu'il venait de conquérir. Et, bienveillamment, le prince lui fit donner une automobile pour gagner Preveza. De là. un transport de la marine royale le conduisit à Patras, d'où il est facile d'atteindre Brindisi. En cinq jours, M. David Mac Lellan était à Londres, Et voilà comment, le septième jour après la reddition de Janina, le Daily Mirror put en raconter et en présenter à ses lecteurs les épisodes marquants.
Général Soutros Vehid bey.
Vehid bey, représentant du commandant de Janina, venant
offrir la reddition de la ville au général grec Soutzos.
--Phot. du Daily Mirror.
Cette prise de possession officielle, par les Grecs, d'une ville que depuis tant d'années, ils ambitionnaient de reconquérir, s'effectua dans l'allégresse. La foule était allée, hors des portes de la ville, au-devant des vainqueurs, qu'elle escorta jusqu'à leurs quartiers. Les canons eux-mêmes, puissants auxiliaires d'une difficile conquête, étaient associés à la victoire, leurs longs cols couronnés de lauriers et de fleurs, et le premier acte du prince Constantin fut d'aller, salué sur son parcours de cris de «Vive la Grèce! Vive le Diadoque!». assister au service d'actions de grâces en l'honneur des armes grecques.