LA SUCCESSION DE M. LÉPINE
En revenant du voyage présidentiel où il remplissait pour la dernière fois les fonctions de directeur de la Sûreté générale, M. Hennion est allé recevoir des mains de M. Lépine le sceptre, ou, pour mieux dire, le bâton blanc de la préfecture de police.
Le successeur de M. Lépine est né dans un bourg du département du Nord, à Gommegnies, près d'Avesnes. Il a même aujourd'hui la satisfaction d'être le maire de sa commune natale.
Engagé dans l'infanterie pour cinq ans, M. Hennion quitta son régiment en 1885, avec les galons de sergent-major, et, dès l'année suivante, il entrait à la Sûreté générale. Nommé, un peu plus tard, commissaire spécial à Paris; puis envoyé, sur sa demande, à Verdun, comme commissaire de police (il y resta près de trois ans pour étudier le fonctionnement de la police en province), il était rappelé en 1893 à la Sûreté générale, et, depuis vingt ans, il n'a plus quitté ce service qu'il dirigeait depuis six ans.
M. Hennion.--Phot. Gerschel.
Sa figure n'est pas encore aussi connue des Parisiens que celle de M. Lépine. Elle l'est, en tous cas, des habitués des champs de courses, où, pendant douze ans, M. Hennion pourchassa les parieurs au livre au grand profit du Trésor, qui du pari mutuel allait tirer les admirables ressources que l'on sait... On a vu aussi M. Hennion en province, puisqu'il y fut, à l'occasion de plus de cent voyages de chefs d'État, l'organisateur des services d'ordre.
Mais, surtout, M. Hennion est le créateur de ces brigades mobiles qui ont transformé les conditions de travail du service des recherches. Grâce à lui encore, ce service se trouve aujourd'hui pourvu de tout l'outillage moderne qui ne lui a manqué que trop longtemps: archives criminelles centralisées à Paris, ateliers de photographie constitués dans les commissariats et aux sièges des brigades mobiles, application de plus en plus étendue de la téléphonie et de l'automobilisme aux opérations de Sûreté générale...
M. Pujalet dans son ancien
cabinet du Louvre--Phot.
Vizsavona.
Grand, robuste, la moustache courte et jeune, la démarche aisée, le geste prompt, le nouveau préfet de police est un quinquagénaire favorisé par la nature: il a le visage d'un homme de quarante ans à peine.
M. Eugène Pujalet qui succède à M. Hennion comme directeur de la Sûreté générale n'est âgé que d'une quarantaine d'années. Il a débuté dans l'administration, il y a dix-neuf ans, comme chef de cabinet du préfet du Tarn. A vingt-trois ans, il était appelé à Paris connue secrétaire du directeur de la Sûreté générale, passait de ce service à la direction du cabinet de M. Blanc, préfet de police, et, en 1899, revenait à la Sûreté générale avec les fonctions d'inspecteur des commissariats spéciaux. Après le vol de la Joconde, on confia à M. Pujalet, jeune, énergique, plein d'initiative, la direction provisoire des musées nationaux où il réorganisa si bien la surveillance et la discipline du personnel que ses fonctions venaient, il y a quelques mois, de lui être confirmées à titre définitif... Définitif, on le croyait du moins, puisque voici le directeur des musées d'hier devenu le directeur de la Sûreté d'aujourd'hui.
DEUX PHOTOGRAPHIES
DU DÉFUNT ROI GEORGES DE GRÈCE
Un de nos excellents correspondants, M. Franz de Jessen, nous envoie de Copenhague, avec ces quelques lignes de commentaire, deux documents curieux et rares sur la jeunesse du roi Georges de Grèce qui vient d'être si lâchement assassiné après un règne prospère de cinquante ans:
La première de ces photographies représente le roi, alors prince Guillaume de Danemark, en uniforme des cadets de la marine danoise. Elle date du mois de décembre 1862, c'est-à-dire quelques mois avant l'élection du prince au trône des Hellènes (30 mars 1863). Le prince fut, en effet, à l'époque de son élection, cadet de la marine danoise,--ni plus ni moins. Il est à faire remarquer qu'à ce moment son père (feu le roi Christian IX), n'avait pas encore pris possession de la couronne danoise, portée alors par le roi Frédéric VII (mort en novembre 1863), tandis que le prince Christian n'était qu'héritier présomptif. La nomination du prince Guillaume au grade d'officier de marine n'eut lieu que le jour même où le roi Frédéric VII acceptait au nom du jeune prince l'offre apportée par la députation hellène, présidée par le vieux et fameux amiral Kanaris (audience solennelle au château de Krigtiansbors à Copenhague, 6 juin 1863).
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Le prince Guillaume de Danemark en 1862, à la veille d'être appelé à gouverner le royaume de Grèce, sous le nom de Georges Ier. |
Le roi Georges de Grèce après son avènement, en 1864, entouré de sa suite danoise. |
L'autre photographie est prise à Athènes après l'avènement du roi Georges, en été 1864.
Le nouveau roi avait alors dix-huit ans. Il est entouré par sa suite danoise, c'est-à-dire les officiers danois qui l'ont accompagné en Grèce. Le roi est le jeune homme coiffé d'un chapeau melon, assis au milieu. Il a à ses côtés (également assis) le baron de Gyldenèvone. A gauche du roi (debout) le capitaine Funch, derrière le roi (debout) le lieutenant des dragons Hannibal Leth.