LES RUINES DE LA GUERRE CIVILE A MEXICO

Vue panoramique de Vendôme, montrant comment la ville est
dominée par la tour de Saint-Martin.
--Phot. H. Chartier.

La fin d'un scandale.

L'administration des Beaux-Arts a prononcé, la semaine dernière, le classement du clocher de Saint-Martin, à Vendôme: ainsi va prendre fin, à la satisfaction de tous les défenseurs de nos richesses monumentales menacées, et des Vendômois tout des premiers, le scandale qu'avait publiquement révélé, à la tribune de la Chambre, M. Maurice Barrés.

Nous avons, dans notre numéro du 22 mars, publié les deux photographies qu'avait montrées à ses collègues le député de Paris, comme preuve des fâcheux travaux exécutés dans la tour. Pour répondre au désir qu'on nous a exprimé de divers côtés, nous reproduisons aujourd'hui une vue d'ensemble du clocher de Saint-Martin. Son seul aspect justifie l'émotion unanimement provoquée par l'acte de vandalisme dont il a été l'objet: c'est bien l'une des parures de Vendôme que l'on avait tenté de déshonorer, et que l'arrêté de classement vient de sauver fort à propos.

La disparition du Café anglais.

Après Tortoni, la Maison Borée, le café du Helder, voici que disparaît le Café anglais. Un immeuble de rapport va remplacer la maison vieux jeu, aux fenêtres étroites et basses, qui, depuis longtemps, paraissait sommeiller au coin du boulevard et de la rue de Marivaux, dédaignant toute modernisation susceptible d'éblouir les passants qu'étonnait un pareil anachronisme à deux pas de l'Opéra et de l'Opéra-Comique.

Fondé dans les dernières années du dix-huitième siècle, ce restaurant célèbre connut sa plus grande prospérité sous le second Empire. Gros financiers, artistes enrichis, littérateurs en vogue, princes de tous pays, s'y rencontraient avec l'aristocratique «jeunesse dorée» qui continuait avec autant de brio que ses aînés, mais peut-être moins de désinvolture, la tradition des soupers de la Régence. La finesse de la cuisine, la supériorité de la cave étaient aussi justement renommées que la discrétion du lieu et le ton imposé par une clientèle ultra-select.

Après la guerre, les soupeurs d'antan se reposèrent; ceux de la nouvelle génération adoptèrent la brasserie, recherchant le coude à coude, la gaieté bruyante et l'addition discrète. Un instant, le Café anglais, acheté par une société, connut des jours moins heureux. En 1876, il fut acquis par le propriétaire actuel, M. Burdel, qui sut ramener chez lui une clientèle hésitante et s'en faire une nouvelle. On ne soupait plus guère au Café anglais; mais on y déjeunait et l'on y dînait. Les boursiers, quelques hommes de lettres parmi lesquels Sardou fut le client le plus fidèle, les riches étrangers, tous les gens fortunés sachant vraiment manger, fréquentaient assidûment cette maison hors rang dont la table continuait à lutter victorieusement avec celle des plus somptueux palaces. Au passant rapide, le Café anglais semblait vide et abandonné; en réalité, il faisait de brillantes affaires.

Sa disparition est la conséquence de la plus-value formidable dont profitent depuis quelque temps les terrains du quartier de l'Opéra. L'immeuble, voué à la démolition immédiate, occupe une surface de 198 mètres. Il a été vendu 1.500.000 francs, ce qui fait ressortir le prix du terrain à 7.000 francs le mètre.

Le prix d'un cuirassé en Angleterre et en Allemagne.

L'Engineering vient de publier des renseignements intéressants sur le prix actuel des navires de guerre construits en Angleterre et en Allemagne.

Les cuirassés allemands du type Kaiser, construits par les chantiers impériaux, et ceux du type Kaiserin, construits par des chantiers privés, ont les mêmes caractéristiques générales: 170 mètres de longueur, 24.000 tonnes de déplacement, turbines de 28.000 chevaux ayant donné aux essais une vitesse de 21 noeuds. Les premiers ont coûté 59 millions et demi; les autres, 60 millions.

Les bâtiments anglais du type King George V, un peu moins gros que les unités allemandes (166 mètres de longueur et 23.000 tonnes de déplacement), ont la même puissance et la même vitesse; ils ne coûtent que 50.400.000 francs. En outre, l'armement, quoique très supérieur à celui des cuirassés allemands correspondants, a coûté environ 6.500.000 francs de moins par navire.

Le Goeben, croiseur de la marine germanique, mesure 184 mètres de longueur, déplace 22.600 tonnes avec une force de 52.000 chevaux; il a coûté 55 millions. Le Lion, de la marine britannique, mesure 198 mètres, déplace 26.300 tonnes et utilise une puissance de 70.000 chevaux; il a coûté 51.700.000 francs.

De façon générale, l'écart des prix de construction entre les divers chantiers de l'Angleterre ne dépasse pas 2 %; et ces prix représentent une économie de 8 à 15 % sur ceux des chantiers allemands.

La maison de Balzac.

Le ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts a tenu à classer parmi les monuments historiques le petit pavillon avec jardin que Balzac vint habiter à Paris, au numéro 24 actuel de la rue Pierre-Berton, lorsqu'il fut obligé de vendre, pour cause de dettes, son chalet des Jardies, à Sèvres.

C'était, transformée au goût moderne, une aimable résidence du dix-huitième siècle appelée la Folie-Bertin, où Bertin de Blagny, financier artiste, avait donné plus d'une fête en l'honneur de Mlle Hus, pensionnaire du Théâtre-Français.

Peut-être sa situation tenta-t-elle le grand écrivain du dix-neuvième siècle, plus encore que ses souvenirs. Car elle avait deux issues: ressource précieuse pour fuir les créanciers importuns. Là, l'auteur de la Comédie Humaine acheva, au cours de veilles laborieuses, sa grande histoire de la société moderne, avec Ursule Mirouet, la cousine Bette, Modeste Mignon, le Cousin Pons, et ce Mercadet qui fut comme un reflet de ses luttes avec ses créanciers.

Le pavillon de la rue Berton est aujourd'hui le musée que la Société des Amis de Balzac a meublé de pieux souvenirs. Par la porte-fenêtre de la pièce, qui fut le cabinet de travail de l'écrivain, on accède au jardin où il aimait à se promener, vêtu d'un froc blanc de dominicain dont il avait fait son costume d'intérieur. Parfois même il y faisait porter sa baignoire, pour se reposer en plein air et dans l'eau.

Nidifications précoces.

Avec les hivers particulièrement doux qui sont la règle depuis quelques années, les oiseaux commencent à se sentir désorientés, et on les voit faire leur nid et pondre en des saisons tout autres que la normale. Les faits qui suivent et qu'a recueillis un observateur anglais, dans le Cheshire, donnent l'impression que normalement il y a chez les oiseaux une tendance à une seconde saison reproductrice en automne, tendance qui se réalise quand le temps est favorable.

En 1911, l'observateur en question a trouvé des oeufs de ramier le 25 octobre; des oeufs de roitelet en décembre; de jeunes étourneaux aussi en décembre. En 1912, il a trouvé des oeufs de linotte (janvier), de roitelet (janvier), des jeunes d'étourneau (janvier), des oeufs de merle, de moineau, etc., en novembre et décembre. En 1913, il a vu des oeufs de merle en janvier; de jeunes étourneaux aussi en janvier, et de diverses autres espèces aussi des oeufs et des jeunes, toujours en janvier.

Le Japon et la Chine vus par un artiste.

D'un récent voyage au Japon et en Chine, où il était allé chercher des sujets nouveaux d'inspiration, M. H. Le Riche, le peintre et dessinateur bien connu, a rapporté une ample moisson de croquis et d'études plus poussées, à l'huile et à l'aquarelle, dont, à plusieurs reprises, L'Illustration a eu la primeur. Ces études, M. Le Riche les réunit aujourd'hui en une exposition qui vient de s'ouvrir à la Galerie Georges Petit: elles constituent un ensemble d'un rare attrait, par lequel s'affirme le charme varié de ces impressions d'Extrême-Orient, dont nos lecteurs auront eu un délicat avant-goût.