DOCUMENTS et INFORMATIONS
Pierpont Morgan a Rome.
En signalant, dans notre dernier numéro, la mort de M. Pierpont Morgan, nous avons rappelé la carrière du célèbre financier américain. Sur les dernières semaines de sa maladie, et ses précédents séjours en Italie, où il aimait à venir goûter de longs loisirs, notre correspondant à Rome, M. Robert Vaucher, nous adresse les notes suivantes, qui ajoutent quelques traits curieux à la physionomie du fameux milliardaire:
C'est à midi, le 31 mars, que M. Pierpont Morgan est mort, au Grand Hôtel de Borne. Mais la nouvelle fut tenue cachée jusque vers 3 heures, afin d'éviter des manoeuvres de Bourse, et les nombreux reporters qui assiégeaient le Grand Hôtel ne purent se douter avant ce moment-là que le malade s'était éteint.
Il y a un mois que le milliardaire américain arrivait à Rome, sur les conseils de son docteur préféré, le professeur Bastianelli. On comptait sur l'intérêt qu'il portait aux beaux-arts et à l'archéologie pour lui faire oublier sa mélancolie et lui rendre un peu de cette énergie dont il a été si prodigue pendant sa longue carrière.
Une amélioration semblait, en effet, se faire sentir. A Pâques, M. Pierpont Morgan fit une promenade en automobile, mais ce fut sa dernière sortie. Peu après, le mal empira. La direction de l'hôtel avait chargé un fermier de fournir le lait nécessaire au malade. Une vache, nourrie spécialement et visitée chaque jour par un vétérinaire, avait été choisie dans ce but parmi les plus belles de la campagne romaine.
Pierpont Morgan était très aimé en Italie. Sa passion pour l'antique l'amenait très souvent à Rome où il achetait beaucoup de tableaux et d'objets d'art.
On raconte, à son propos, de nombreuses anecdotes, en particulier celle-ci qui a le mérite d'être réelle.
Il y a quatre ans, le milliardaire demanda, comme il en avait l'habitude à chacun de ses voyages, une audience au Quirinal et une autre au Vatican. Or, par un curieux hasard, les deux audiences furent fixées pour le même jour, l'audience royale à 10 heures, l'audience pontificale à 11 h. 15. On sait que la tenue d'audience chez le roi est toute différente de celle qui est de rigueur chez le pape. Et l'embarras du grand financier s'accroissait encore du fait qu'il était accompagné de sa fille. Il s'en tira néanmoins d'une façon très américaine.
M. Pierpont Morgan partit en redingote, avec sa fille en chapeau et toilette de ville, pour le Quirinal. A 10 h. 1/2, les deux visiteurs quittaient le palais royal après une audience de vingt-cinq minutes. Deux grandes automobiles fermées, aux stores hermétiquement baissés, attendaient devant la porte: M. Pierpont Morgan monta dans l'une, sa fille dans l'autre, et les deux voitures se dirigèrent, à toute allure, par le Janicule, vers le Vatican.
A 11 h. 10, une troisième automobile traversait la cour San Damaso et l'on en vit descendre M. Pierpont Morgan, en habit et cravate noire, et miss Morgan en robe noire, sans bijoux et la tête couverte du voile traditionnel. La transformation s'était opérée tout simplement le long des rues du Transtevere: quand les deux autos arrivèrent au Janicule, il ne s'agissait plus que de monter dans la troisième voiture qui attendait, patiemment, près du monument de Garibaldi, le moment de conduire ses maîtres chez le Saint-Père.
Le meeting de Monaco.
Des oiseaux sur l'eau: le parc des hydroaéroplanes dans la rade de Monaco.
Le meeting de Monaco, qui s'est ouvert il y a peu de jours, présentera cette année un intérêt exceptionnel. L'an dernier, déjà, nous avions vu évoluer au-dessus des yachts et des canots automobiles plusieurs hydroaéroplanes; mais, dans cette admirable haie sillonnée par une foule d'embarcations, les bateaux volants semblaient bien peu nombreux, et plusieurs pilotes étaient encore insuffisamment familiarisés avec des appareils achevés seulement depuis quelques semaines. Aujourd'hui, seize concurrents sont en présence; monoplans et biplans de divers systèmes reposent sur l'eau bleue, simulant à quelque distance d'énormes mouettes arrêtées pour baigner la pointe de leurs ailes.
L'opération de la mise à l'eau, qui présente toujours certaines difficultés, a admirablement réussi. Au moyen d'un seul plan incliné, les seize appareils, en moins d'une heure, sont venus flotter à la place qui leur avait été assignée. Et ce premier succès semblait un gage des prouesses prochaines de l'escadrille.
Le nouvel hôpital de la Pitié.
L'achèvement du nouvel hôpital de la Pitié, auquel le nouveau président de la République consacrait, il y a peu de jours, une de ses premières visites, marqua la première étape, et une étape heureuse, dans le projet d'amélioration des services hospitaliers de la Ville de Paris auquel fut affecté en 1904 un crédit de 45 millions. Sous tous les rapports, en effet, cet établissement fait le plus grand honneur à la commission supérieure, créée par M. Mesureur, qui en a conçu et surveillé l'organisation générale.
Renonçant à utiliser l'emplacement du vieil hôpital de la Pitié, situé près du Muséum, l'administration de l'Assistance publique a choisi de vastes terrains, jusque-là consacrés à la culture maraîchère, s'étendant entre l'hospice de la Salpêtrière et le boulevard de l'Hôpital. Elle disposait ainsi d'une superficie d'un peu plus de 6 hectares, dont près de 2 hectares (exactement 19.000 mètres carrés) sont aujourd'hui occupés par des constructions variées, aménagées avec toutes les commodités que prescrit l'hygiène moderne.
On s'est préoccupé avant tout d'assurer aux malades l'air et la lumière. Chaque lit est placé devant un trumeau limité de chaque côté par une fenêtre et chaque malade dispose d'un cube d'air de 45 mètres, ce qui correspond à une chambre de 4 mètres de côté avec environ 3 mètres de plafond. On compte au total 986 lits dont 314 répartis dans les divers services de chirurgie.
Pour meubler l'hôpital, y compris le pavillon séparé affecté au logement du personnel, il a fallu acheter, dès la mise en service: 1.075 lits, 14.500 draps, 2.175 couvertures, 1.160 matelas, 2.000 peignoirs, 1.650 blouses de médecin, 4.300 chemises d'homme, 6.000 chemises de femme,123 berceaux, 300 armoires, 2.300 chaises, 300 fauteuils, 125 bancs de jardin, etc.
Les appareils de chauffage, d'éclairage, de ventilation, d'hydrothérapie, de stérilisation, de désinfection, et autres, ont été installés conformément aux derniers progrès de la technique moderne. Les laboratoires sont aménagés avec autant de soin que les salles d'opération, et les divers bâtiments de malades sont munis d'ascenseurs.
Grâce à cette puissante organisation, où le personnel comporte plus de 450 agents, l'hôpital a reçu, au cours de l'année 1912, un total de 16.105 malades. La dépense globale atteindra environ 10 millions; elle est relativement minime si l'on songe au grand nombre de misères qu'elle permet de soulager.