DOCUMENTS et INFORMATIONS
Le pseudo-langage des animaux.
On a beaucoup «blagué» jadis le docteur Garner qui fut s'installer dans les forêts équatoriales pour étudier le langage des singes. Cet observateur intrépide était pourtant un homme sérieux dont aujourd'hui encore le monde savant discute les conclusions.
Pour M. Garner, les bêtes possèdent un langage; les mammifères d'un ordre élevé, les singes en particulier, parlent. Et ce langage coïncide avec celui de l'homme.
M. Louis Boutan, professeur de zoologie à la Faculté des sciences de Bordeaux, estime au contraire que les sons émis par les animaux ne se caractérisent pas comme une forme de langage analogue au langage humain; c'est un pseudo-langage de qualité essentiellement différente, traduisant une pensée rudimentaire à laquelle ne correspond aucun mot.
M. Boutan, comme M. Garner, est un grand voyageur. Il a profité de son séjour au Laos pour introduire dans son foyer familial un jeune gibbon femelle répondant au doux nom de Pépée; pendant plus de cinq années consécutives, il a noté les manifestations vocales de cet anthropoïde dont il nous conte aujourd'hui la vie intellectuelle. (Pseudo-langage, chez Saugnac à Bordeaux.)
Voici quelques-uns des cris familiers à Pépée:
Hôc hôoc, hôuc: cri général, à signification imprécise, poussé en face d'aliments présentés à l'animal, ou à la vue d'une personne ou d'un animal connu.
Couiiiiiii (très aigu et répété à plusieurs reprises). Cri de grande satisfaction, aliment particulièrement délicat et qu'on n'a pas dégusté depuis longtemps.
Hem-hem (à la fois toux et «han» exprimant l'effort). Cri fréquent quand l'animal s'élance de branche en branche et goutte le plaisir de sauter dans les arbres.
Koc, Kog-koug...hiiig (avec manifestation de colère). Franche hostilité.
Ook-okoug (grave et saccadé). Cri signalant un danger et quelque chose d'effrayant ou d'inconnu.
Crug-cruuug (accompagné d'un grincement de dents). Cri rare, très caractéristique, exprimant un sentiment peu compréhensible. Ennui de la solitude. Malaise...
Thuiiwwg (doux et plaintif). Cri pour appeler l'attention d'une personne amie et qu'on est porté à traduire: «Je suis là... occupez-vous de moi.»
Kuhig... ouk. Cri par lequel l'animal (jeune) exprime une satisfaction mitigée après un jeu ou une plaisanterie qui dépasse la mesure.
Etc.
En résumé, le plus grand nombre des sons émis par le gibbon se rattache nettement à trois états de l'animal:
État de satisfaction ou de bien-être;
État de malaise ou de crainte;
État d'excitation.
M. Boutan ajoute:
«Quoique j'aie eu l'occasion d'observer l'animal dans les circonstances les plus intimes de sa vie; quoique l'anthropoïde fût placé dans des conditions beaucoup plus favorables au développement de ses facultés que les singes que l'on peut observer dans les ménageries, puisqu'il prenait ses repas à table, couchait dans un berceau et était soigné comme un enfant, je n'ai pu démêler dans les sons émis que des cris indiquant des sensations générales, se ramenant toutes à l'état de bien-être, de malaise ou d'excitation.»
L'auteur pose ensuite en principe qu'il y a langage, lorsque les sons émis sont conventionnels et représentent des mots; il y a pseudo-langage quand les sons émis sont spontanés et instinctifs.
Or, Pépée, séparée de ses semblables dès sa plus tendre enfance, n'avait pu apprendre de ses congénères les sons qu'elle se plaisait à émettre; d'autre part, elle s'est toujours refusée à répéter les sons que ses maîtres cherchaient à lui apprendre.
Et, après avoir cité nombre d'autres petits faits, M. Boutan conclut en adoptant pour les animaux l'expression de pseudo-langage, le nom de langage étant réservé exclusivement aux sons acquis par l'éducation. Toutefois, il accorde le langage rudimentaire au perroquet et aux autres oiseaux imitateurs.
La production du blé dans le monde.
Des documents officiels, récemment publiés, permettent d'évaluer à 100 millions d'hectares la surface cultivée en blé dans le monde.
Cette augmentation est due au développement de la culture dans les pays neufs, car, aux États-Unis, en Angleterre, en Belgique, en Hollande, en Danemark, en Suisse et même en France, il y a réduction.
L'accroissement de la culture est d'ailleurs doublé de l'augmentation général du rendement. Celui-ci, très variable selon les pays, va de 27,8 quintaux à l'hectare en Danemark, à 6,7 quintaux en Russie. En France, le rendement est de 13,6 quintaux.
Depuis vingt-cinq ans, la production du blé s'est élevée de 600 millions de quintaux à près d'un milliard (979.866.591 quintaux en 1910), soit un accroissement de 66,66 %, alors que la population des pays intéressés pissait de 770.738.000 à 993.584.000 habitants, c'est-à-dire augmentait seulement de 28,90 %. La disponibilité moyenne s'élevait donc de 77 kilos 84 à 100,64.
La production française a été, en 1911, de 87.727.100 quintaux.
Si la production du blé est encore susceptible d'une large augmentation, on peut noter cependant une transformation dans le mode de son emploi. La consommation du pain tend à diminuer, même en France, devant l'emploi des différentes formes de pâtes alimentaires, et aussi devant l'accroissement de la consommation de la viande et des boissons alcooliques.
Une application de la méthode Hébert dans l'armée.
Nous avons, à plusieurs reprises, constaté la grande faveur qui a accueilli la méthode de «gymnastique naturelle» enseignée, dans la marine, par le lieutenant de vaisseau Hébert. Au moment où la création du Collège d'Athlètes de Reims, dont il devient le directeur, va consacrer ce succès, il est intéressant de signaler que son système d'éducation physique, dès longtemps réglementaire dans notre flotte, a été naguère appliqué, pendant quelque temps, dans l'armée, où il promettait de donner des résultats excellents. M. le général Jourdy, ancien commandant du 11e corps, nous rappelle aujourd'hui cet heureux essai, qui eut lieu, sous ses auspices, en 1909. Frappé du remarquable, entraînement auquel étaient parvenus les jeunes élèves du lieutenant de vaisseau Hébert à Lorient, il recommanda sa méthode au colonel du 62e régiment d'infanterie, qui tient garnison dans ce port de mer: il leur sembla à tous deux que ce qui réussissait si bien aux fusiliers-marins devait également convenir aux fantassins,--sauf à remplacer la natation par un complément de marche.
«Quelques mois suffirent, en effet, nous écrit le général Jourdy, pour inculquer aux contingents bretons et vendéens, naturellement un peu lourds, un allant et un entrain endiablés: plus de malingres et infiniment peu de malades, plus de traînards dans les marches,--mais des gaillards souples, bien plantés, à l'allure fière, assurée, franchissant allègrement haies et fossés aux manoeuvres. Un hasard voulut que le capitaine Adlerstrahl, de la garde royale suédoise, accomplît à ce moment un stage au régiment d'infanterie de Nantes; il fut conduit à Lorient, et, témoin des exercices de nos soldats, déclara qu'on ne faisait pas mieux en Suède, pays classique d'une gymnastique célèbre.
» Le régiment de Lorient, conclut le général Jourdy, a pu ainsi emprunter à la méthode du lieutenant de vaisseau un procédé d'éducation militaire dont on n'a eu qu'à se louer.»
La police américaine et les suffragettes
En signalant, dans notre numéro du 15 mars dernier, la grande procession des suffragettes américaines qui s'est déroulée à Washington le jour de l'entrée en fonctions du nouveau président M. Woodrow Wilson, nous avions indiqué que, pour dissoudre cette procession, «on avait eu recours à l'intervention des troupes de cavalerie, appelées de Fort Myer». Une de nos lectrices de Washington, Mlle Barbara Kauffmann, nous écrit que, tout au contraire, on ne dut faire appel à la cavalerie que dans le but de protéger les suffragettes contre la foule. L'incident a eu son écho, au Congrès, et l'attitude de la police, insuffisante, paraît-il, pour assurer le calme de la manifestation, a été assez vivement critiquée dans certains milieux.
L'alcool de vin en Allemagne.
Depuis quelques années, la distillation du vin prend en Allemagne un développement considérable. En 1908, la production d'alcool de vin ne dépassait guère 3.000 ou 3.500 hectolitres; elle a atteint 13.000 hectolitres en 1911.
En même temps, le nombre des distilleries passait seulement de 142 à 169; mais ces établissements croissaient en importance et perfectionnaient leur technique de telle façon que le rendement en alcool par hectolitre de vin passait de 17 litres à. 19,7 litres. Il va sans dire qu'une partie de cet alcool est présenté au consommateur comme cognac français.