(EXTRAITS DU JOURNAL D'UN ASSIÉGÉ)

L'auteur du «Journal du siège d'Andrinople», dont on va lire ici les dernières pages, a longtemps représenté la France comme consul; il n'a quitté la carrière que pour devenir un fonctionnaire important de la régie ottomane des tabacs.

Son manuscrit commence à la date du 1er octobre 1912, alors qu' on sent déjà se préparer des événements graves et imminents: huit jours après se produisent, à la frontière turco-bulgare, les premières escarmouches. Pourtant on doute encore si ce sera la guerre. Le 14, le Monténégro a mis le feu aux poudres. Le 18, par les rares journaux de Constantinople qui parviennent à Andrinople, on apprend que la Bulgarie ou plutôt les alliés, ont, à leur tour, déclaré la guerre. Six jours plus tard,--dans la nuit du 24 au 25 octobre, le canon gronde sous Andrinople: c'est la première «preuve sensible» qu'on ait des hostilités. La ville est en état de siège, et bientôt investie.

La première partie du journal, jusqu'à l'armistice, ne fait guère que reproduire et confirmer les notes prises également au cours du siège par M. Marcel Cuinet, consul de France à Andrinople, que publie en ce moment le Matin. Aussi n'y insisterons-nous pas.

D'ailleurs, ceux qui sont enfermés dans la ville cernée ne savent rien--ou si peu de choses--touchant les opérations qui se déroulent à quelques kilomètres d'eux. A plus forte raison ignorent-ils ce qui se passe sur d'autres champs de bataille plus lointains. Seules, de brèves communications de l'état-major, erronées, mensongères, leur annoncent de temps à autre des victoires du croissant. Mais les obus et les shrapnells qui, tantôt sur un quartier, tantôt sur l'autre, les obligent maintes fois à changer d'asile, ne leur laissent aucun doute sur la continuation de la lutte implacable. Et puis, brusquement, c'est l'armistice du 3 décembre. Alors, le récit de notre assiégé se corse, devient d'un réel intérêt.