DOCUMENTS et INFORMATIONS
Le téléphone intensif.
La netteté des transmissions téléphoniques est fort irrégulière; elle dépend en grande partie des phénomènes électriques dont les constructeurs cherchent à diminuer l'influence en réglant convenablement la sensibilité des microphones et en apportant le plus grand soin dans l'installation des fils conducteurs. Mais les modulations de la voix ont aussi un rôle qui semble avoir jusqu'ici fort peu préoccupé les constructeurs.
D'après le docteur Jules Glover, médecin du Conservatoire, ce rôle aurait une grande importance, car le courant agit sur l'aimant récepteur du téléphone, non point par son intensité propre, mais par ses variations. On doit donc s'attacher à reproduire aussi exactement que possible les variations de la voix.
Or, les vibrations sonores, en sortant du pharynx, arrivent au voile du palais qui les dissocie en deux groupes plus ou moins inégaux: les unes s'échappent par le nez, les autres par la bouche. La théorie indique dès lors la nécessité de transmettre, avec une égale perfection, ces deux groupes d'ondes sonores. Cette condition ne se trouve pas réalisée dans les appareils actuels qui reçoivent seulement les ondes buccales.
Le docteur Glover a donc établi un transmetteur téléphonique se distinguant des transmetteurs ordinaires en ce qu'il comprend deux microphones de sensibilité différente, dans lesquels on parle respectivement avec la bouche et avec le nez. L'appareil, présenté à l'Académie des sciences par M. d'Arsonval, semble donner une amplification sonore importante et une netteté de la voix particulièrement précieuse dans les transmissions à longue distance.
Ajoutons que l'hygiène peut être assurée dans les postes publics au moyen d'un dérouleur automatique permettant d'interposer, à chaque communication, un papier fin entre le nez et la bouche et les microphones.
A propos de la station des Trappes.
La presse a récemment raconté que l'Institut avait refusé la station météorologique de Trappes que l'éminent savant Teisserenc de Bort avait voulu lui laisser pour qu'on y pût continuer les recherches entreprises sur la haute atmosphère.
La raison donnée était, et est bien, que la somme que Teisserenc de Bort laissait, en outre de la station, à l'Institut, ne suffisait pas à assurer le fonctionnement de celle-ci.
Cette information, toutefois, ne contient qu'une partie de la vérité, et on aurait tort de croire, d'après ce qui vient d'être dit, que la station de Trappes est perdue pour la science.
Comme la famille du regretté savant tient avant tout à ce que Trappes vive et continue à être utile, des négociations ont été entamées, par M. H. Deslandres en particulier, grâce auxquelles le voeu de Teisserenc de Bort sera exaucé, sans que l'Institut soit chargé d'un fardeau qu'il ne pouvait accepter.
La combinaison adoptée, tout en conservant à Trappes son caractère scientifique, tout en lui permettant de continuer l'oeuvre commencée, donne, en outre, à la station un caractère pratique, et du plus haut intérêt.
Les progrès, et les exigences aussi, de l'aviation et de l'aéronautique font qu'il est devenu très désirable de connaître au jour le jour, les variations qui se font dans les mouvements aériens. On a besoin de jeter sans cesse des coups de sonde dans l'atmosphère pour savoir si elle est calme, ou agitée, quels courants s'y trouvent et à quelle hauteur. Pour obtenir ces renseignements, il faut des stations organisées pour l'examen de l'atmosphère, stations d'où chaque jour il sera envoyé aux centres d'aviation et d'aéronautique intéressés, des renseignements précis.
Trappes est tout indiqué pour être une de ces stations, et c'est à ce titre qu'il sera recueilli non par l'Institut, mais par l'État. Sera-t-il rattaché au ministère de l'Instruction publique, ou à celui de la Guerre? On ne sait au juste. Mais en tout cas, tout en servant à l'exploration quotidienne de l'atmosphère jusqu'à 3.000 mètres de hauteur, pour les besoins pratiques, la station continuera les recherches entreprises déjà sur la haute atmosphère, et ce sera probablement sous la surveillance de l'Institut que se poursuivra cette besogne essentiellement scientifique, mais très instructive et utile aussi, dont Teisserenc de Bort fut l'ouvrier principal.
Les admirateurs et amis du très regretté savant, trop tôt enlevé à la science, seront heureux d'apprendre que l'oeuvre de celui-ci se poursuivra, et, sans perdre son intérêt scientifique, acquerra un intérêt national.
Production d'engrais au moyen de l'aluminium.
Lorsqu'il y a soixante ans Sainte-Claire Deville indiquait le moyen de produire de l'aluminium à 1.200 francs le kilo, il pensait bien que, dans un avenir plus ou moins rapproché, on trouverait des procédés économiques pour obtenir industriellement le nouveau métal; il ne se doutait guère sans doute que les usines d'aluminium deviendraient un jour des fabriques d'engrais. C'est pourtant ce qui arrive.
On sait que l'aluminium est extrait de la bauxite, terre rouge très riche en alumine, dont les gisements les plus importants se trouvent en France dans le département du Var. M. Serpek, ingénieur autrichien, a constaté que si l'on chauffe la bauxite à 1.500 degrés, en présence de charbon, on capte l'azote de l'air et on obtient du nitrure d'aluminium d'où l'on tire de l'aluminium et du sulfate d'ammoniaque vendu comme engrais. L'aluminium revient alors à 1 fr. 05 le kilo au lieu de 1 fr. 50, prix actuel; et l'on espère réaliser une économie encore plus considérable.
Le procédé étant protégé par un brevet, il est probable que le consommateur n'en bénéficiera guère avant quelque temps. On peut, néanmoins, entrevoir à bref délai un nouvel essor de l'industrie de l'aluminium, industrie essentiellement française qui suit un développement constant.
De 750 tonnes en 1902, notre production a passé à 4.400 tonnes en 1909, pour atteindre 13.000 tonnes en 1912, soit plus du cinquième de la production mondiale qui s'est chiffrée par 60.000 tonnes.
L'aluminium a valu successivement 59 francs le kilo en 1888, 19 francs en 1890, 6 fr. 25 en 1893, 2 fr. 50 en 1906: il coûte actuellement 1 fr. 95, le prix de revient ne dépassant pas 1 fr. 50. Le procédé Serpek fera sans doute descendre le prix de vente au-dessous de ce dernier chiffre.
La chaleur supportée par le corps humain.
L'homme supporte dans certaines régions une température à peu près double de la température maxima qui lui paraît effroyable sous les climats tempérés. Dans l'Australie centrale on a constaté fréquemment une température moyenne de 46 degrés centigrades à l'ombre et de 60 degrés au soleil; on a même relevé 55 et 67 degrés. Dans la traversée de la mer Bouge et du golfe Persique, le thermomètre des paquebots se tient couramment entre 50 et 60 degrés, malgré une ventilation continuelle. Un des récents explorateurs de l'Himalaya a constaté, au mois de décembre, à 9 heures du matin, et à 3.300 mètres d'altitude, une température de 55 degrés.
Deux savants anglais, Bleyden et Chautrey, ont cherché à déterminer la température limite que nous pouvons supporter. Ils s'enfermèrent dans un four dont la chaleur fut élevée progressivement, et ils supportèrent une température dépassant un peu le point d'ébullition de l'eau, c'est-à-dire 100 degrés.
Cette endurance s'explique par la transpiration énorme que provoquent les températures élevées; l'eau qui perle à la surface de la peau se transforme instantanément en vapeur, absorbant pour changer ainsi d'état une notable partie de la chaleur qui entoure immédiatement le corps.
En résumé, on peut affirmer, sans paradoxe, qu'à condition d'être protégé de tout contact direct avec la source de chaleur, le corps humain est capable de supporter une température presque suffisante pour cuire une côtelette.
La prétendue solidarité ouvrière des fourmis.
La fourmi n'est point prêteuse, nous enseigne la fable; elle ne pratique nullement la solidarité ouvrière, croit pouvoir affirmer M. Cornetz, observateur averti. Et l'instinct social que nous attribuons à ces insectes si admirés n'existerait que dans notre imagination.
A l'appui de cette opinion, M. Cornetz cite une expérience aisée à répéter. Offrons à une fourmi un brin de fromage taillé en forme de navette, elle s'agrippe à la pointe, le fait tourner, puis l'entraîne dans la direction du nid. D'autres fourmis passent: l'une s'accroche à la pointe, les autres se cramponnent à droite et à gauche, et le fromage continue à avancer, mais beaucoup plus lentement. Il n'y a pas réunion d'efforts; au contraire, chaque fourmi cherche à faire tourner la miette. Si on chasse les fourmis de droite, le fromage tourne aussitôt dans le sens des aiguilles d'une montre; il tourne en sens inverse si l'on écarte seulement les fourmis de droite. Fait-on lâcher prise à toutes les fourmis latérales, l'objet est entraîné par la fourmi de pointe aussi vivement qu'avant l'arrivée des prétendues collaboratrices. Enfin, supprimons la fourmi de pointe en laissant toutes les autres: le fromage s'arrête net. Donc, la fourmi de pointe fournissait seule un travail utile.
D'où il semblerait résulter que l'instinct des fourmis les porte surtout à prendre le bien du voisin.
Bilan de grèves.
Une étude documentaire, publiée récemment par le Times sur le mouvement ouvrier en Grande-Bretagne, nous a apporté des chiffres particulièrement intéressants.
L'année 1912 a vu se produire chez nos voisins 821 grèves qui ont englobé 1.437.032 personnes et se sont traduites par la perte de 40.346.400 journées de travail. Ces deux derniers chiffres constituent des records, ce qui n'est pas le cas du premier, car les deux années 1894 et 1896 avaient été marquées chacune par 929 grèves.
L'année 1911, seule, pourrait être comparée à 1912 avec 903 grèves, 961.980 personnes et 10.319.591 journées perdues. Mais on voit que le bilan de l'année dernière fut beaucoup plus important grâce à la grève générale des mineurs (quatre fois plus de journées perdues). Le total des personnes englobées dans les grèves de ces deux dernières années a été supérieur au total correspondant des dix années précédentes, soit de 1901 à 1910. La seule année que l'on puisse comparer à cette période 1911-1912 est 1893, qui vit se produire 615 grèves entraînant la perte de plus de 30 millions de journées de travail.
Gestes du Mexique: la réconciliation officielle et
publique des généraux Huerta et Orozco, au palais
présidentiel de Mexico.