LA CONVALESCENCE DE PIE X

Pie X va beaucoup mieux. Le souverain pontife est en pleine convalescence. Il a fini par triompher de son long et redoutable affaiblissement. Il a recommencé de s'occuper personnellement des affaires de l'Église. Il a donné quelques audiences. Et même, on l'a vu réapparaître tout récemment sur un balcon du Vatican, entouré des hauts dignitaires de la cour pontificale, pour bénir un pèlerinage de 2.500 personnes qui attendaient, agenouillées au-dessous, dans la cour Saint-Damase, la vision blanche du pontife ressuscité.

Car vraiment c'est presque d'une résurrection qu'il s'agit ici. La maladie de Pie X avait, à juste titre, fait naître les plus immédiates inquiétudes. Le fragile vieillard, presque octogénaire, goutteux, arthritique, cardiaque, est, en outre, atteint d'artério-sclérose, et l'on n'osait guère espérer qu'il offrirait assez de résistance physique pour triompher d'un mal opiniâtre qui affirma sa ténacité pendant de longues semaines. Mais, décidément, l'heure mortelle du blanc vieillard n'était point encore venue; la flamme vacillante s'est ranimée, et, de nouveau, monte droite et claire. Pie X, notre photographie en témoigne, est apparu à la vénération enthousiaste des pèlerins, avec son visage accoutumé, empreint de douceur grave, mais plus pâle, allongé, émacié; la silhouette, maigrie, paraît moins terrestre; le regard, pensif et profond, semble encore fixé sur une vision de l'au delà.

Groupés autour de Pie X, les cardinaux, les prélats familiers, les officiers pontificaux, les gardes nobles de service, paraissent tout heureux de cette «première sortie» en public du pape convalescent.

Et, dès lors, sont interrompues pour un temps, entre prophètes de conclave, les discussions sur les cardinaux «papables». Le pape va mieux. Pie X continue son règne.

LA GUÉRISON DE PIE X.--Le souverain pontife se montre, le
29 mai, aux pèlerins réunis dans la cour Saint-Damase.
Phot. G. Felici.

Sir Edward Grey.
LA PAIX ENTRE LA TURQUIE ET LES ÉTATS DES BALKANS.--Les plénipotentiaires signent, à cinq exemplaires, le traité de Londres, le 30 mai, dans la salle des Portraits du palais de Saint-James.
A la droite de sir Edward Grey, les plénipotentiaires turcs; à sa gauche, les plénipotentiaires grecs; à l'extrémité de la table, M. Danef écrivant, entouré des plénipotentiaires bulgares. Viennent ensuite, de droite à gauche, en face de sir Edward Grey, les plénipotentiaires monténégrins et les plénipotentiaires serbes. A droite du dessin, en groupes distincts, les secrétaires.
Dessin de S. Begg, de l'Illustrated London News seul admis dans la salle des pendant cette séance historique.

Le vendredi 30 mai, un peu après midi et demi, les plénipotentiaires de la Turquie et ceux des États balkaniques, réunis sous la présidence de sir Edward Grey, ministre des Affaires étrangères de Sa Majesté Britannique, dans la salle des Portraits, au palais royal de Saint-James, signaient le traité de paix qui met fin définitivement, il le faut espérer, aux hostilités commencées au mois d'octobre dernier.

Cinq exemplaires du «traité de Londres» avaient été préparés. Successivement, les représentants des puissances naguère belligérantes y apposèrent leurs signatures. Puis sir Edward Grey se leva et, en français, prit la parole: «D'ordre du roi, mon auguste souverain, je m'empresse de vous assurer de la vive satisfaction avec laquelle Sa Majesté apprendra la nouvelle de la signature de la paix que vous venez de conclure en son palais de Saint-James. Au nom du gouvernement britannique, je vous prie d'agréer mes plus cordiales félicitations... Certes nous n'ignorons pas que diverses questions demeurent, après cette paix, en suspens; mais j'aime à espérer que la signature même de ce traité facilitera leur règlement; qu'elle consolidera votre amitié réciproque et fortifiera la bienveillance que les puissances vous ont vouée. De tout mon coeur, je fais des voeux pour que de la paix ici conclue résulte un complet apaisement qui permette à chacun des États en présence de réparer ses forces si fortement éprouvées, développer ses territoires, assurer le bien-être et le bonheur de son peuple et la prospérité de sa vie nationale.»

Il faut souhaiter ardemment que les espoirs exprimés par sir Edward Grey se réalisent complètement. Pourtant, si les délégués ottomans, grecs, serbes, ont adhéré sans restriction aux paroles du ministre des Affaires étrangères, M. Danef, au nom du gouvernement bulgare, M. Popovitch, au nom du gouvernement monténégrin, dans les allocutions qu'ils ont prononcées pour remercier le roi George et son gouvernement, n'ont pu se tenir de faire des réserves quant aux conditions qu'ils venaient d'approuver de leur seing. Même, après la conclusion officielle de la paix, la discussion s'est prolongée. Et les délégués serbes, grecs et monténégrins ont refusé de signer sur-le-champ un protocole additionnel que leur soumettaient les Bulgares.

Le palais de l'Elysée vu de la place Beauvau. A gauche,
façade sur la rue du Faubourg-Saint-Honoré avec le porche d'entrée
ouvrant sur la cour d'honneur; à droite, côté de l'avenue de Marigny.