UN GRAND MATCH DE BOXE
Dimanche dernier, Georges Carpentier, notre boxeur national, qui déjà, en moins de deux années, s'est attribué trois championnats d'Europe--poids mi-moyen, poids moyen et poids mi-lourd--par ses victoires successives sur Young Josephs, Jim Sullivan et Bandsmann Rice, a triomphé de Bombardier Wells, champion professionnel poids lourds d'Angleterre, en une rencontre sensationnelle, dont le théâtre fut la salle des Fêtes de l'exposition de Gand.
Le champion de boxe Georges
Carpentier
chez lui en tenue de soirée.
Ce match, où devaient s'affronter deux adversaires redoutables, était de ceux qui, passionnant pour les habitués des rings, excitent l'intérêt même des profanes, familiarisés désormais avec les termes d'un réalisme si pittoresque propres au jeu des pugilistes. Il mettait aux prises deux hommes de taille, de poids et d'âge différents, et cette inégalité, tout à l'avantage du boxeur anglais, contribuait à rendre émouvant le spectacle de leur lutte: Carpentier, plus jeune que Bombardier Wells --il n'a que dix-neuf ans et quatre mois--plus petit et moins lourd l'emporta par sa science, la rapidité de son attaque, son sang-froid, et, si l'on peut dire, le merveilleux équilibre de ses forces.
Le combat fut bref, violent, et provoqua tour à tour, chez les partisans des deux champions, des alternatives de découragement et d'espoir. Durant les deux premières reprises, Carpentier, durement atteint à la face et jeté à terre, mais ripostant pourtant avec énergie, parut dominé par Wells, dont l'offensive puissante semblait irrésistible. Le troisième round changea brusquement le sort de la bataille: Carpentier, renonçant à frapper à distance, se mit à «travailler» dans le corps à corps, et ce furent toute une série de foudroyants «directs» et de «crochets» vigoureux, qui se terminèrent par l'écrasement de l'Anglais, «knock out» à la quatrième reprise,--cependant que la foule acclamait follement son favori, aux sons de la Marseillaise.
La physionomie de Georges Carpentier boxeur a été popularisée par l'affiche, et nous l'avons d'ailleurs reproduite ici même, lors d'un match précédent. La photographie que nous publions aujourd'hui montre que le célèbre champion, le jeune Lensois destiné naguère aux travaux de la mine, sait porter avec élégance, en ses loisirs d'homme du monde, le frac impeccable.