UN SOUVENIR DU MARIAGE DE BERLIN

(Voir notre gravure de première page.)

La rencontre, à Berlin, à l'occasion du mariage de la princesse Victoria-Louise de Hohenzollern avec le prince Ernest-Auguste de Cumberland, du tsar Nicolas et du roi George V, a fourni au photographe de la cour allemande l'occasion d'un très curieux cliché, que nous reproduisons, et qui montre côte à côte les deux souverains russe et anglais, l'allié et l'ami de la France.

Le tsar porte l'uniforme de colonel de son régiment de hussards prussiens. Le roi de Grande-Bretagne et d'Irlande a revêtu la grande tenue de colonel du régiment de cuirassiers prussiens dont il est le chef honoraire. Sur la poitrine de chacun d'eux pend, en sautoir, le grand collier de l'Aigle noir.

Mais ce qui frappe surtout dans ce cliché, c'est la saisissante ressemblance des deux souverains, qui a été maintes fois signalée, et qui inspire encore, en cette circonstance, à un journal illustré allemand, l'Illustrirte Zeitung, un amusant croquis fantaisiste: dans la salle des réceptions, l'un des deux sosies s'avance, en uniforme tout constellé d'ordres. Et l'empereur de se pencher vers le chambellan de service: «Est-ce le tsar ou bien le roi?»

UNE GRANDE OEUVRE LYRIQUE A L'OPÉRA-COMIQUE.
--Mme Marguerite Carré et M. Rousselière au premier acte de
Julien.
Dessin de J. Simont.

Julien, le poème lyrique que l'Opéra-Comique vient de nous révéler, va encore ajouter à la gloire de Gustave Charpentier qui, depuis le succès triomphal de Louise, se taisait dans la retraite et le recueillement. Déjà cette oeuvre apparaît incontestablement comme un autre chef-d'oeuvre. On y retrouve, développé, amplifié, le thème esquissé dans cette Vie du Poète qui fut, on s'en souvient, le premier envoi de Rome du jeune compositeur. Dans ce nouveau drame musical, d'une puissante originalité, le rêve est aux prises avec la vie. On y voit, d'étape en étape, l'artiste vibrer d'enthousiasme pour la Beauté, douter de soi-même et d'autrui, éprouver l'impuissance de l'effort, demander enfin à l'ivresse les illusions qui l'ont abandonné. Ses visions intérieures s'extériorisent et l'accompagnent quand, s'évadant de lui-même, il demande en vain la paix et l'oubli à la nature, ou cherche à s'étourdir parmi la foule frénétique des faubourgs. Ces sentiments contradictoires, ces situations qui s'opposent, ce mélange de matérialisme et d'idéal, ces aspirations d'amour et de gloire, ces espoirs suivis de désenchantements, ces beaux élans d'une âme ardente, généreuse, passionnée, errant parmi les paysages du monde réel et chimérique, sont exprimés avec une grandeur, une noblesse, une spontanéité, un lyrisme profondément émouvants. Cette oeuvre magistrale, superbement présentée par l'Opéra-Comique, réunit la plus parfaite interprétation qu'on pût lui souhaiter. Mme Marguerite Carré et M. Rousselière en sont les magnifiques protagonistes et, à côté d'eux, tous les artistes de la maison ont mis tout leur talent à servir la pensée de l'auteur.

Consécration du temple de Nogi par les prêtres du shinto
en présence des premiers personnages de l'armée et de la marine.