LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE

A TOULON

Les deux journées que M. Raymond Poincaré, accompagné de M. Pierre Baudin, ministre de la Marine, et de M. Étienne, ministre de la Guerre, vient de passer à Toulon, la revue navale qui a marqué ce voyage ont constitué, au cours des manoeuvres qui s'achèvent cette semaine, un magnifique intermède.

Arrivé à Toulon samedi dernier, à 8 h. 1/2 du matin, le chef de l'État s'embarquait presque aussitôt, après une visite à l'hôtel de ville, sur le croiseur cuirassé Jules-Michelet.

Tous les bâtiments de l'armée navale, ayant à leur tête le Voltaire, battant pavillon de l'amiral de Lapeyrère, avaient quitté le matin la rade pour aller attendre en mer le Jules-Michelet. Le croiseur, arborant le pavillon personnel du Président, aux initiales R. P., défila d'abord entre deux files de torpilleurs d'escadre et de sous-marins, faisant la haie sur son passage, puis rencontra successivement, comme dans une première revue, les divers éléments de l'armée navale.

L'après-midi devait être rempli par une intéressante manoeuvre. Pendant le déjeuner, la flotte concentrée se disloquait, se divisait, en vue du combat en deux groupes sous le commandement respectif des amiraux Boué de Lapeyrère et de Marolles. A une heure, ils étaient à 20 milles l'un de l'autre, et l'amiral de Lapeyrère commençait à faire rechercher par sa division légère l'adversaire avec lequel il voulait engager le combat.

M. Étienne. M. Raymond Poincaré. M. Pierre
Baudin. Sur le pont du croiseur.

A 2 heures, les deux forces étaient en présence. Le duel d'artillerie commençait.

Il fut suivi, de la part de l'amiral de Marolles de deux attaques de torpilleurs qui enthousiasmèrent les spectateurs.

Un duel d'artillerie enfin termina la journée. Puis l'armée entière se trouva réunie, en rade des Salins, par un crépuscule radieux.

En guise de fête vénitienne, on offrit, le soir, au Président, la vue d'une attaque de nuit, et dans le ciel de sombre azur, où ses couchait un mince croissant, les faisceaux des projecteurs emmêlèrent leurs rayons.

La journée du dimanche, consacrée à la revue navale, allait offrir un spectacle moins pittoresque, peut-être, mais d'une impressionnante grandeur.

Le temps était délicieux. Les hydroplanes allaient être de la fête: deux monoplans et un biplan évoluèrent, une partie de l'après-dînée autour du bateau présidentiel, se mêlèrent aux goélands, jouèrent au milieu des barques, égratignèrent la mer, unie comme un beau lac, de leurs sillages argentés.

Devant le Jules-Michelet, mouillé au milieu de la baie des Vignettes, défilèrent tour à tour, conduits par le Voltaire, portant l'amiral de Lapeyrère, les énormes Danton, de la 1re escadre, puis la 2e escadre, avec ses cinq Patrie, puis les cuirassés moins récents, enfin les croiseurs cuirassés de la division légère. Et, dans l'air lumineux, les accents de la Marseillaise, les notes allègres de la Marche Lorraine tour à tour, se mêlaient aux vivats protocolaires des équipages, au fracas des salves, aux hourras partis des barques lourdes de foule.

A BORD DU CROISEUR «JULES-MICHELET» (7 JUIN).
--En route pour la revue navale, par un coup de mistral.
--Phot. Marius Bar.

LES GRANDES MANOEUVRES NAVALES.
--Une concentration des trois escadres, avec leurs contre-torpilleurs.

Photographie prise du Jauréguiberry, au retour de Porto-Vecchio.

LA REVUE PRÉSIDENTIELLE AU LARGE DE TOULON (7 JUIN).
Le croiseur «Jules-Michelet», ayant à bord M. Raymond Poincaré, passe, escorté par un torpilleur d'escadre, entre les lignes cuirassées qui s'avancent en sens inverse.

Photographie prise du paquebot Carthage, affecté au Parlement et à la Presse.

En rade des Vignettes, à bord du croiseur Jules-Michelet:
le défilé de l'armée navale devant le Président de la République.

M. Poincaré. A bord du cuirassé Voltaire: présentation
des commandants des bâtiments après le défilé.