LA FAUNE D'AFRIQUE

Chargé de mission dans l'Afrique équatoriale par le Muséum national d'histoire naturelle, le docteur Émile Gromier, à la différence de tous ceux qui ont avant lui rapporté des photographies de la grande faune africaine, n'est pas allé là-bas en chasseur de grosse bête, soucieux de produire des témoignages de ses exploits, ni en photographe spécialiste, préoccupé d'obtenir des clichés records, mais en zoologue, en observateur de la vie animale dans la forêt, et dans la brousse des Tropiques. Il n'a pas traqué les antilopes, les girafes, les zèbres, les rhinocéros, les éléphants: il les a regardés vivre, les épiant, se cachant près de leurs points d'eau, non pour placer une balle au bon endroit, mais pour les étudier sans les effrayer, pour surprendre leurs attitudes familières qu'il notera sur le carnet et fixera par l'objectif. Il a traité les fauves comme Fabre les insectes. De là, le caractère, l'aspect particulier de ses photographies, surtout de celles qui montrent des éléphants, en quelque sorte, dans leur intimité, et qui accompagneront un second article.

Nul, s'il n'est observateur passionné, ne saura l'intérêt qu'offre la poursuite et l'étude des animaux africains aux moeurs occultes, aux allures furtives, aux sens éveillés. Si l'intérêt est grand, la difficulté d'observation n'est pas petite. Il faut épier l'animal, l'attendre avec une inébranlable patience et savoir profiter de l'occasion à l'instant même où elle se présente. Cette occasion, après l'avoir guettée des mois et encore des mois, un jour, tout à coup, elle surgit avec une facilité d'examen, une clarté dans le détail, qui dédommagent de la longue attente. J'ai ainsi pu récolter, malgré les multiples difficultés de la tâche, d'intéressants documents et de nombreux clichés pris sur le vif.

Les contrées de l'Est africain, de l'Uganda et du Congo belge, sur lesquelles ont porté mes investigations zoologiques, sont loin de posséder une faune ornithologique et mammalogique semblable. Les différences profondes qu'elles présentent au point de vue du relief du sol et partant au point de vue climatérique font que chacune d'elles est en quelque sorte caractérisée par une flore et des espèces animales particulières.

Inversement, il est exact de dire que, dans les mêmes conditions de relief de sol et de climat, la flore et la faune se retrouvent étrangement semblables à elles-mêmes à des centaines de kilomètres de distance.

Il existe évidemment un grand nombre d'espèces qui, par suite de leur malléabilité, de leur facilité d'adaptation aux différents milieux, ont étendu leur habitat sur toute la zone tropicale, mais le plus grand nombre se sont confinées dans des contrées bien définies qui leur assurent une nourriture conforme à leurs besoins et une protection suffisante.

C'est ainsi que les grands herbivores et les fauves qui en vivent abondent dans les glands espaces herbeux, que les antilopes de plus petite taille, les petits rongeurs et carnassiers, hôtes des brousses basses, s'accommodent en général des régions habitées par l'indigène; que les singes arboricoles affectionnent les rives boisées des cours d'eau et que les mammifères amphibies recherchent le voisinage des estuaires et des grandes rivières.