l'élan et le zèbre

Je veux dire quelques mots d'un hôte important des forêts à clairières et de la savane: l'élan. C'est un animal superbe, la plus grande antilope africaine. J'ai tué des mâles d'une taille et d'un poids considérables. Le cou musclé comme celui du taureau, terminé très près de terre par un fanon proéminent, soutient une tête élégante, animée de beaux yeux fort doux, et surmontée d'une paire de cornes tordues sur leur axe très volumineuses et lourdes. L'espèce de l'Ouest et du Centre africain, dite Taurotragus derbyanus, est la plus grande, ses cornes atteignent parfois le poids de 20 kilos et une longueur d'un mètre. Cet animal, pendant la saison des amours, vit en petites hardes d'un mâle accompagné de cinq à six femelles, puis les sexes se séparent.

J'ai pu approcher l'élan de fort près; un jour même, mon ami Barbezat et moi, armés de nos appareils photographiques, sommes arrivés en rampant à une dizaine de mètres d'une petite harde dont nous avons pris simultanément quelques clichés.

FAUNE D'AFRIQUE.--Surprise à l'abreuvoir, une harde de
zèbres s'enfuit au galop.
Phot. du Dr Em. Gromier

Un escadron de zèbres.

Un grand rhinocéros mâle fait la sieste sous un maigre
mimosa, épineux. Sur son dos des oiseaux cherchent des parasites.

Une girafe mâle gigantesque et un girafon, surpris par le
photographe, restent un instant immobiles avant de prendre leur galop.

FAUNE D'AFRIQUE
Photographies du Dr Émile Gromier.

Singes cercopithèques dans les branches des palmiers

Jeune rhinocéros.

C'est une antilope facile à tuer, cependant, comme elle est puissante et son cuir épais, le chasseur doit employer des balles pleines. Ayant tiré au coeur, à trente mètres, un énorme et vieux taureau, celui-ci fit un bond, décocha une ruade et resta immobile. Je tirai de nouveau: l'animal fit une cinquantaine de mètres au trot. Outré de ma maladresse et croyant avoir manqué le coeur malgré la proximité, je tirai une troisième balle sans résultat. Un quatrième coup eut raison enfin de la bête qui s'écroula; il était temps, mes hommes, goguenards, chuchotaient, et mon prestige en souffrait. Mes quatre balles pleines étaient au coeur où elles avaient opéré de simples pertuis, venant ensuite s'arrêter contre la paroi costale opposée. Si la distance avait été plus grande, les dégâts eussent été plus importants, bien entendu.

Si l'on veut enrayer la disparition de cette espèce, intéressante, belle, et facile à domestiquer, il faudra employer des moyens énergiques, car elle offre une cible large, elle est lourde dans la fuite, peu méfiante, et sa reproduction est médiocre.

Dans les fourrés épineux de l'Est africain, du Cap à l'Abyssinie, jusqu'à 3.000 mètres d'altitude, on trouve la plus belle de toutes les antilopes: le coudou.

De grande taille, de formes élégantes, la robe d'un brun roux strié de quelques lignes blanches parallèles, la tête petite surmontée de la plus admirable paire de cornes spiralées qu'il existe, c'est un animal magnifique.

Très furtif, on l'aperçoit rarement au clair et dans les bush épais où il se tient le jour, sa recherche est malaisée et son approche très difficile. Il se nourrit de feuilles et de bourgeons, et vient souvent, le soir, paître l'herbe des clairières.

Il existe un petit échantillon de l'espèce, le lesser-kudu des Anglais, Strepsiceros imberbis, assez abondant dans l'Est africain. Dans le British-East-Africa notamment, il existe un peu partout entre les stations de Tsavo et de Makindu. Je conseille au sportsman de s'arrêter à la station de M'toto-Andeï, sur l'Uganda Railway, et de diriger ses recherches avec un bon guide de la tribu des War Kàmba entre la voie ferrée et la base du massif des Ongolea.

A côté de toutes ces antilopes, il ne faut pas oublier leur compagnon presque inséparable: le zèbre. Il en existe plusieurs espèces qui varient par la taille, par le nombre et la disposition des rayures, nulle n'est plus belle que le zèbre de Grant coloré par les rayons si riches du soleil équatorial. L'espèce la plus favorisée au point de vue de la taille est le zèbre de Grévy, spécial au Somaliland et qui n'atteint pas au sud l'Équateur. Son domaine est même curieusement délimité par la rive gauche du fleuve Guaso-Nyiro, qui décrit un vaste arc de cercle autour du puissant massif de Kénia et va se perdre dans un immense marécage, le Lorian.

Le zèbre est si peu méfiant, si peu résistant à la balle, si lourd, et offre une telle cible que le tirer n'est plus du sport, mais du massacre, ce sont donc les novices ou les disciples de Costecalde qui se livrent à cet exercice.

Cependant, un impérieux besoin de viande oblige quelquefois à en sacrifier. La chair est rouge, semblable à celle du boeuf et excellente à mon goût; les colons, pourtant, la dédaignent, en général.

Tous ces beaux animaux de la steppe ont actuellement une vie bien précaire, constamment obligés de surveiller les quatre points de l'horizon, le jour, à cause de l'homme acharné à leur perte, ils doivent se garer encore, la nuit, des entreprises du lion.