AIGLES ET VAUTOURS

Je vais dire quelques mots des oiseaux de taille supérieure. Considérons ceux qui vivent de chair. Leur nombre en est immense, le gibier ne faisant pas défaut. Des aigles de toutes tailles et de toute envergure planent inlassablement, surveillant de leur regard si aigu la brousse où s'ébattent perdrix, pintades et petits mammifères. Le plus grand et le plus fier est bien le magnifique aigle couronné (Spizaetus coronatus).

Au bord des cours d'eau, vivant de poissons, se tient, dans une immobilité hiératique, une espèce de toute beauté, c'est le grand aigle vocifer.

Tête et gorge d'un blanc pur, robe d'un beau marron rougeâtre, ailes noires, queue blanche, tel est le signalement sommaire du bel oiseau. Ouvrez son estomac et vous y trouverez de quoi faire plusieurs excellentes fritures. Ce pygargue vit par paires au bord des fleuves ou des lacs. Sur les rives du lac Albert-Edouard il m'a paru particulièrement abondant. Son nom de «vocifer» vient du cri qu'il articule constamment: claoû, clo, clo, clo, clo.

A côté de ces nobles animaux vivant de chair palpitante, voici toute l'immense tribu des «charognards». Vous avez tué un gibier quelconque, écartez-vous et interrogez attentivement le ciel. Là-haut, tout là-haut, dans les nuages, vous distinguez un point noir. Ce point grossit, grossit: c'est un vautour. Son mouvement de descente a été aperçu par un congénère qui planait dans la région, il arrive immédiatement, et ainsi de proche en proche, si bien qu'à un moment donné dix, vingt, trente vautours décrivent sans un coup d'aile leurs orbes de plus en plus rétrécis autour du cadavre. Aussitôt posés, quel empressement! Et, hardi, l'un s'en prend aux yeux, l'autre à la gueule, celui-là s'occupe du côté pile, celui-ci du côté face, plusieurs s'acharnent à tirer à eux la masse des viscères; bref, c'est un festin.

Dérangez la bande qui fait ripaille et vous verrez ceci: tous ces gros oiseaux inélégants vont courir lourdement quelques mètres en se dandinant sur leurs pattes gourdes, puis écartant les immenses voiles qui leur servent d'ailes ils vont quitter la terre à grands battements lents. Dix, vingt coups d'ailes au plus vont leur permettre d'acquérir suffisamment de vitesse pour s'élever désormais sans effort. Ces monoplans parfaits ont mis leur puissant moteur en mouvement pour s'élancer dans l'espace, puis, la vitesse acquise, ils s'élèvent, et évoluent désormais en vol plané. Et, de fait, ces grands voiliers montent, descendent, tournent et virent, parcourant d'immenses étendues de plusieurs centaines de kilomètres par jour certainement, sans un coup d'aile en dehors du départ lancé. C'est contraire à toute loi physique admise, je le veux bien, mais cela est, et il faudra nous inspirer de leur science et admettre que l'air est non seulement une résistance, mais une force capable de propulser si nous voulons vraiment voler pratiquement un jour.

Quoi qu'il en soit, et bien qu'on les regarde avec un peu de dégoût, ces oiseaux, vautours et marabouts, sont infiniment utiles.

Il y a une hygiène générale qui réclame la disparition à bref délai de toute chose corrompue. La nature a créé plusieurs catégories d'assainisseurs: le jour, les grands oiseaux dissèquent le cadavre, la nuit les chacals se gavent des reliefs, tandis que les hyènes croquent les os; enfin, une autre catégorie plus humble achève le travail, ce sont les insectes. Tous préposés à la disparition des derniers restes carnés, peauciers ou stercoraux, mouches, sylphes, dermestes, nécrophages et bousiers travaillent si bien que, quelques jours après sa mort, il ne reste plus du grand animal que quelques os blanchis et concassés.