DOCUMENTS et INFORMATIONS
Le fumier et la fièvre aphteuse.
La désinfection systématique des fumiers est une des précautions officiellement recommandées aux éleveurs dont les troupeaux sont atteints de fièvre aphteuse; mais c'est là une opération assez difficile à effectuer, et dont les résultats pratiques sont incertains. Aussi le conseil a-t-il été souvent formulé de ne jamais épandre ces fumiers dangereux, mais de les brûler à la ferme, pour éviter qu'ils puissent propager au loin les germes dont ils sont infestés.
Cependant un vétérinaire de Berlin. M. P. Lœffler, vient d'instituer à ce propos toute une série d'expériences dont les conclusions sont vraiment inattendues. Il a établi de façon certaine que l'agent pathogène de la fièvre aphteuse ne résistant pas à une température de 50 degrés, et, d'autre part, le fumier mis en tas et abandonné à la fermentation atteignant très vite une température de 70 degrés, il suffit d'amasser les litières des bêtes aphteuses, de les presser, de les recouvrir d'une couche de terre de 10 centimètres d'épaisseur, puis de les laisser en repos pendant cinq ou six jours pour leur conférer une véritable stérilisation. Nul doute que cette pratique ne se généralise bientôt dans les régions où sévit la redoutable épizootie.
La légion étrangère et le droit international.
Un intéressant travail sur la Légion étrangère et le droit international nous est présenté par M. Charles Poimiro sous la forme d'une thèse de doctorat (Berger-Levrault, 5 fr.). Cette substantielle étude qui passe au crible les critiques et les sophismes allemands doit être signalée à notre publie qui y trouvera un utile complément juridique à l'article que nous avons consacré à l'organisation de la légion dans notre avant-dernier numéro.
Le thème favori des attaques allemandes est que le fait de l'existence de notre légion étrangère constitue une inconvenante et permanente provocation à l'égard des autres nations. M. Poimiro réfute, avec un calme et clair bon sens, ces critiques.
La France, remarque-t-il, est le pays de l'Europe le plus hospitalier aux étrangers qui abandonnent leurs foyers soit pour des raisons politiques, soit par convenance personnelle, soit encore simplement pour tenter la fortune. Ignorant notre langue et nos traditions, brusquement déracinés de leur pays d'origine et transplantés au milieu d'un peuple dont ils ne connaissent ni les usages, ni les mœurs, ni les coutumes, ni le genre particulier, ils risquent, s'ils ne trouvent pas rapidement leur voie, de constituer chez nous un élément dissolvant et perturbateur. Il est bien évident que l'État français ne peut s'intéresser à ces immigrants d'une façon particulière et leur accorder, en plus du droit d'asile, l'aide et l'assistance qu'il ne peut même pas assurer à ses nationaux.
La légion donne donc une solution à ce double problème d'humanité et d'ordre intérieur en utilisant les éléments étrangers au mieux de leurs intérêts, de l'intérêt français et même de l'intérêt international.
Il est puéril, en effet, de soutenir que la légion constitue une prime à la désertion. Les déserteurs réfugiés en France ont quitté bien souvent un pays moins exigeant quant au service militaire. Les engagements à la légion sont souscrits pour une durée de cinq années, et le service militaire obligatoire d'aucune nation n'astreint les jeunes gens à une présence aussi prolongée sous les drapeaux. Et, si les légionnaires sont traités de même manière que les Français, ils ne touchent aucune prime d'engagement. Il serait donc difficile de pousser plus loin la correction. On peut même se demander s'il n'y a point quelque excès dans ce scrupule, car il serait tout à fait juste qu'on assimilât, quant à la prime, les légionnaires aux soldats de notre infanterie coloniale.
Enfin, comme l'a fait justement remarquer M. L. Rolland, dans la Revue algérienne et tunisienne de législation et jurisprudence, «les déserteurs ne seraient sans doute ni plus ni moins nombreux si la légion n'existait pas. Il y aurait simplement un peu plus de vagabonds et de gens sans aveu.»
Relevons aussi, dans le livre de M. Poimiro, des chiffres intéressants sur la composition ethnique de nos régiments étrangers:
Au 1er janvier 1913, le 2e régiment comprenait: 2.169 Français, 985 Allemands, 354 Alsaciens-Lorrains, 39 Belges, 327 Suisses, 255 Italiens, 128 Espagnols, 87 Tunisiens, Algériens, Marocains, 61 Russes, 11 Luxembourgeois, etc., sur un total de 5.133 hommes.
En janvier 1912, sur les 5.300 hommes du 1er régiment étranger, il y avait 50% de Français, 18% d'Allemands, 7% d'Alsaciens-Lorrains, 7% de Belges. 6% de Suisses, 3% d'Italiens.
Ces contingents sont assurés à l'aide d'enrôlements volontaires, dont le nombre oscille chaque année autour de 2.000. En 1907, ils étaient de 1.704; en 1908, de 2.595; en 1909, de 2.397; en 1910, de 2.118. Cela représente une moyenne de 1.200 engagements étrangers par année et nous accordons à peu près 280 naturalisations dans le même laps de temps, ce qui est une très jolie proportion. Ajoutons que, si les candidats à la légion sont toujours aussi nombreux, l'autorité militaire se montre de plus en plus difficile pour les conditions physiques exigées des futurs légionnaires.
La destruction des baleines sur la côte occidentale d'Afrique.
D'après une note de M. Gruvel, communiquée à l'Académie des sciences par M. Edmond Porrier, la pêche des baleines et des grands cétacés prend des proportions considérables, inquiétantes même, sur les côtes de l'Afrique occidentale et, notamment, dans les parages de notre colonie du Gabon.
En 1910, M. Gruvel signalait l'abondance des cétacés dans cette région; les armateurs français ne firent aucun profit de l'information, mais dès 1911, une société norvégienne arrivait à Cap Lopez avec un navire usine de 6.000 tonneaux et deux bateaux chasseurs d'environ 180 tonneaux chacun. En même temps, des Portugais s'installaient à Mossamédès.
La dernière campagne a été si fructueuse que les bénéfices n'ont jamais été inférieurs à 20% du capital engagé; ils ont parfois atteint 100 pour 100, et même 400 pour 100 pour une société.
Étant donné que, pour couvrir les frais d'exploitation d'un bateau chasseur et de sa part du navire usine, il faut 80 ou 100 grand baleinoptères, on peut se faire une idée du nombre d'animaux détruits que représentent de tels bénéfices.
Les principaux produits sont: l'huile, dont la meilleure qualité vaut aujourd'hui 600 francs la tonne; la poudre de viande déshuilée, qui se vend 200 francs; les fanons, dont le prix est tombé de 35 à 12 francs le kilo.
En apprenant ces résultats, toutes les sociétés qui travaillaient dans la mer du Nord, dans l'Antarctique ou en Australie, se sont ruées vers l'Afrique. Actuellement, 30 sociétés, la plupart norvégiennes, sont parties ou en partance pour la côte africaine; elles disposent de 90 bateaux chasseurs.
Dès lors, si on ne prend pas des mesures immédiates, la destruction sera totale dans deux ou trois ans.
L'immigration en Allemagne.
Au cours de ces dernières années, l'empire allemand a subi, au point de vue démographique, une transformation aussi radicale qu'inattendue: de pays d'émigration, il est devenu pays d'immigration.
Ce fait ressort avec évidence d'un rapport de M. Olaine, consul général de France à Francfort.
En 1881, l'émigration allemande atteignait son maximum: 220.902 émigrants, soit 4,80% de la population totale de l'empire à cette époque. En 1910, ce chiffre était tombé à 25.531, soit à 0,39 de la population.
En même temps se produisait le phénomène inverse, et le nombre des immigrants en Allemagne augmentait régulièrement, ainsi que le montre ce tableau:
Hommes. Femmes. Total.
1890... 244.093 189.168 433.264
1895... 270.908 215.282 486.190
1900... 464.274 314.463 778.737
1905... 599.320 429.240 1.028.560
1910... 716.994 542.879 1.259.873
Ainsi, la population de l'Allemagne augmente, non seulement du fait de sa forte natalité, mais encore par l'apport étranger. En 1907, sur 1.342.294 résidants étrangers, on comptait 515.176 Autrichiens, 286.761 Russes, 147.034 Italiens, 100.709 Hollandais, 04.829 Suisses, 40.718 Hongrois et 35.535 Français.
En ce qui concerne la répartition par métiers, on comptait, en chiffres ronds, 800.000 travailleurs manuels, dont 440.800 appartenant à l'industrie et 279.940 ouvriers agricoles.
Revanche féminine.
Il est impossible désormais de maintenir à l'actif de la femme le record de la loquacité! Un grave statisticien de Bruxelles, M. Charles Dubudont, établit nettement, à l'aide de chiffres qu'il a mis quarante années à rassembler, que l'homme moderne prononce en moyenne, dans l'espace de cinq minutes, vingt mots de plus que la femme.
Il déclare que la femme moderne est plus encline à écouter qu'à parler, ce qui est devenu l'inverse pour l'homme.
Jusqu'à sa dernière page, jusqu'à la feuille détachée qui contient ces photographies que nous avons cru devoir publier à part, ce numéro est consacré--à peu près entièrement--à la guerre des Balkans, la seconde, la vraie, serait-on tenté de dire tant elle semble devoir, plus que la première, transformer la carte balkanique.
Ainsi, à l'heure où la vie heureuse remplace partout ailleurs la vie laborieuse, en ces jours de départ joyeux pour les plages, les montagnes et les châteaux, alors qu'il nous serait surtout agréable de donner à nos lecteurs le sourire des actualités, aimables et reposantes, de la mer et des champs en fête, nous sommes dans l'obligation de leur imposer des visions de combats et de carnage, de pays dévastés, de villes incendiées, de populations massacrées et mutilées sur la route de troupes en débâcle et revenues, semble-t-il, à la folie sanguinaire des hordes primitives.
Il nous faut bien, hélas! tenir compte, avant toutes autres choses, des grands événements humains, des terribles réalités de l'histoire, dont, plus tard, aux dates correspondantes, on recherchera les témoignages émouvants dans les gravures de L'Illustration. Et, au moment où s'ouvre la conférence de Bucarest, notre journal doit à son public de lui mettre sous les yeux les documents les plus tristement caractéristiques de cette guerre fratricide.
Nous ferons, dans nos prochains numéros, selon nos habitudes et notre goût, une plus large place aux actualités moins cruelles, aux scènes jolies et douces de la vie d'été. Mais il nous a paru, cette semaine, tant nous avions été impressionnés nous-mêmes par les courriers de nos correspondants de Macédoine, que nous ne devions point, pour une fois, mêler des spectacles de joie mondaine aux révélations de tant de deuil.