L'AVANCE SUR TOUTE LA LIGNE

Le lendemain, 3 juillet, les divisions du centre attaquaient Kilkiz par le sud.

On comprend que les Bulgares aient défendu cette place avec plus que de l'acharnement puisque sa chute devait fatalement entraîner celle de Doïran, c'est-à-dire devait priver l'armée bulgare tout entière, celle opérant contre les Serbes en même temps que celle opérant contre les Grecs, de sa base de ravitaillement.

Sur la droite, la colonne partie d'Aïvati et celle partie de Langadikia, entre les lacs de Langada et de Bezik, marchèrent vers le nord de façon à prendre la position très forte de Lahana située sur un petit plateau à l'altitude de 663 mètres, et commandant ainsi la route de Serès.

De ces deux colonnes, celle de gauche quitta la route de Serès à Guiouvesna et se dirigea sur Karatsakeui.

Les Bulgares se trouvaient solidement retranchés sur les hauteurs entre Stephania et Klèpes et à la cote 605. Leur résistance brisée le 2, toujours par cet élan infernal qui mérite bien maintenant de devenir aussi légendaire que la fameuse «furia francese», la colonne commença d'exécuter, par le nord de Lahana, un grand mouvement tournant qui l'amena sur les derrières des Bulgares.

Pendant ce temps, la colonne de droite était montée au nord par Karasmerli et Zarovo (cote 525). Un détachement s'emparait de Likovani (cote 497) où il faisait prisonniers un grand nombre de Bulgares. Puis la colonne attaquait par le sud Lahana, attaquée au nord avec 24 canons par l'autre colonne et défendue avec rage par 16 bataillons d'infanterie.

Lahana, tomba le 3 juillet. L'ennemi y abandonnait 12 canons dont 6 à tir rapide, beaucoup de caissons et de voitures ainsi qu'une grande quantité de fusils et de munitions.

La colonne d'extrême droite, par Maslar-Saïta, monta contre Nigrita. Les Bulgares s'étaient fortifiés sur des hauteurs à l'ouest. Ils furent battus et se retirèrent le 3 vers la Strouma, après avoir incendié Nigrita et y avoir massacré les femmes, les enfants et les vieillards.

Cette colonne poursuivit aussitôt les Bulgares jusqu'à la Strouma, en trouva le pont brûlé, mais commença d'en construire un nouveau le 4 juillet.

De ce côté donc, les Bulgares étaient partout battus et refoulés, de façon décisive.

Durant ces opérations, les colonnes du centre ayant marché parallèlement vers le nord, par Ambarkeui et Avret Hissar, attaquaient Kilkiz.

Après une journée et demie d'un combat de géants, le 4, la ville tomba. Ce qui découvrait complètement Doïran.

Enfin, à l'extrême gauche, deux colonnes opérèrent, la plus importante au sud. Celle-ci, partie de Benitza, passa l'Axios-Vardar sur le pont du chemin de fer qui se trouve au nord de Karasouli, puis s'empara de la cote 250 qui commande le passage vers le nord, le 2 juillet. Après quoi, le 3, par Bagalitsa et la cote 350 elle s'en fut attaquer et déloger les Bulgares, solidement établis au sud de Matsikovo.

La deuxième colonne (un bataillon et une batterie), partie de Karasinatsi, se dirigea sur Ghevgheli qu'elle prit le 3 juillet, passa l'Axios-Vardar et vint inopinément tomber sur les derrières des Bulgares de Matsikovo.

Ceux-ci, pour ne pas être pris, durent se retirer dans la direction de Doïran. Ils essayèrent d'arrêter encore les Grecs aux défilés dits de Kalinovo. Ce fut une fois de plus inutile. Les défilés furent forcés, avec beaucoup de pertes, il est vrai, mais, à 6 heures du soir, les Bulgares étaient en fuite. 21 canons étaient pris de ce côté. Malheureusement, la fatigue extrême des troupes empêcha la poursuite vers Kilindir.

Devant Doïran même, renforcés par les troupes battues à Kilkiz, les Bulgares livrèrent une dernière bataille désespérée sur les hauteurs qui défendent la ville au sud-ouest.

La division bulgare qui combattit là avait pris une part active au siège d'Andrinople et tous les hommes portaient la croix de bravoure à eux décernée pour leur conduite au dit siège. Pendant l'assaut, on vit les soldats grecs arracher à l'uniforme de leurs ennemis tombés ces croix fameuses et se les attacher sur la poitrine...

Canons et caissons pris aux Bulgares à Kilkiz.--Phot. comm. par M. F. de Jessen.

Doïran tomba enfin le 5 juillet, après un combat des plus sanglants.

Ainsi était terminée la première grande bataille de la guerre gréco-bulgare, elle avait duré quatre jours pleins. Sur toute la ligne Nigrita-Doïran, les Bulgares étaient battus et chassés de leurs positions.