SUR LA COTE DE NORVÈGE

Actuellement, la flotte britannique se trouve presque tout entière réunie dans la mer du Nord pour y exécuter des manœuvres. 72 cuirassés de premier rang, 34 croiseurs cuirassés, 159 destroyers et 47 sous-marins sont concentrés en deux escadres sur les côtes orientales de la Grande-Bretagne. En présence de cette formidable armada, l'Allemagne n'est pas demeurée inactive: au colossal déploiement des forces navales britanniques, elle a répondu par l'occupation, en quelque sorte, des principaux fjords de la Norvège occidentale. La carte ci-dessus, empruntée au journal Aftenposten de Christiania, montre que, du 26 juillet au 4 août, 14 cuirassés et 7 croiseurs allemands sont demeurés mouillés dans la région comprise entre le fjord de Molde et le Hardangerfjord, comme pour faire front aux escadres britanniques.

Avec ses innombrables mouillages très sûrs, accessibles aux plus grands bâtiments modernes, son archipel côtier à l'abri duquel des flottes peuvent, en toute sécurité, charbonner ou se réparer, la côte sud-ouest de Norvège, en saillie entre la mer du Nord et le Skager-Rack, constitue une base d'opérations navales de premier ordre. Comme le parlement de Christiania, ennemi des dépenses militaires, l'a laissée sans défense, cette importante position stratégique se trouve à la disposition du premier occupant. Aussi, depuis longtemps les escadres allemandes viennent-elles manœuvrer dans ces parages et ont-elles reconnu avec le plus grand soin toutes les entrées dans les ports et dans les fjords, afin de pouvoir évoluer sans le secours des pilotes. A la première alerte sérieuse avec la Grande-Bretagne, s'établir sur la côte de Norvège pour attaquer de là l'Angleterre, tel paraissait être le plan de l'amirauté allemande. Mais ce n'était là qu'une hypothèse. Le dispositif adopté ces jours derniers par la flotte germanique ne laisse plus, à cet égard, aucun doute.
Charles Rabot.