DOCUMENTS et INFORMATIONS
Un Hommage Au Président Kruger.
Le monument Kruger, à Pretoria.
Un juste et éclatant hommage vient d'être rendu au président Kruger, dans ce Transvaal dont il a été, pendant de si longues années, l'âme même, vaillante et tenace: il a désormais sa statue sur l'une des promenades publiques de Pretoria, à Prince's Park. Dans la grande ville sud-africaine embellie, promise à une prospérité toujours croissante, elle rappelle un passé tout proche de nous, et qui pourtant semble lointain déjà.
Le monument, d'imposant aspect--il a coûté plus de 250.000 francs--se compose d'un haut socle de porphyre brun et noir, sur lequel se dresse la vivante effigie du grand patriote. Il est représenté debout, en redingote, coiffé de son fameux chapeau de soie, la poitrine barrée par l'écharpe présidentielle, et portant les insignes de grand-croix de la Légion d'honneur. De la main droite, il s'appuie sur sa canne à boule d'onyx, tandis que sa main gauche tient la charte des libertés sud-africaines. Cette fière statue, dont nous devons la communication, accompagnée d'intéressants commentaires, à M. Fritz Van der Linden, a son histoire. Elle allait être inaugurée lorsque survint la guerre anglo-boer. On la mit en dépôt à Lorenço Marquez, et, au mois de mai dernier, le gouvernement britannique a enfin permis, l'oubli s'étant fait des inimitiés anciennes, qu'elle fût élevée à Prétoria, près de la maison où le président donnait ses audiences, avec cette familiarité qui lui avait attiré tant de sympathies. Non loin de là, dans l'ancien cimetière de la ville, se trouve la tombe de l'homme d'État, que surmonte un buste en marbre... La mémoire de Kruger est dignement honorée au Transvaal.
Un nouveau poivre artificiel.
Chignons d'olives, noyaux pulvérisés, maniguettes, baies de laurier-cerise, graines de céréales, riz, pommes de terre, gingembre, galanga, etc., etc., on trouve un peu de tout dans certains poivres moulus du commerce, sans compter des poussières, du sable et des débris minéraux. Malheureusement, ces falsifications complexes ne peuvent guère être mises en évidence que par des chimistes ou des micrographes spécialisés, et le grand public des consommateurs est à peu près désarmé contre elles.
Malgré cette impossibilité pratique de les reconnaître à première vue et malgré le prix relativement élevé du poivre pur, on s'explique mal le succès que rencontrent, depuis quelques mois surtout, certains succédanés du poivre, mis en vente sous des noms plus ou moins fantaisistes. Ils sont, en effet, d'un prix marchand élevé, car, s'ils coûtent de 30 à 40% moins cher que le poivre pur, il en faut en moyenne de trois à quatre fois plus pour obtenir un résultat culinaire identique à celui que donne le bon poivre. Le plus connu de ces produits artificiels coûte à fabriquer 0 fr. 75 le kilo environ; il est vendu en gros au prix de 3 fr. 75, tandis que le poivre blanc qu'il se propose d'imiter et de remplacer vaut de 5 fr. 50 à 6 francs le kilo. Mais, comme il est composé de farine de sarrazin macérée dans de la teinture de myrrhe et du jus d'oignons, additionné de piment de Cayenne, d'une faible quantité de poivre moulu, de clous de girofles et de plantes aromatiques séchées, ce qui constitue un ensemble dont la valeur «poivrante» est assez faible, il est permis d'estimer que l'économie réalisée par son emploi est beaucoup plus apparente que réelle.
La culture du sol à la dynamite.
Pour mettre en culture des terrains jusque-là vierges, où la charrue entre avec peine, les colons américains employent souvent la dynamite qu'ils font exploser au fond de trous de mine ayant 0 m. 75 ou 1 mètre de profondeur, et forés à intervalles variant de 4 à 7 mètres. L'établissement fédéral de chimie agricole, à Lausanne, pour se rendre compte des avantages du procédé, vient de faire faire des essais qui sont intéressants. Il s'agissait de préparer le terrain destiné à une plantation d'arbres fruitiers. A la place destinée à chacun de ceux-ci, on fit exploser une cartouche de 250 grammes de gamsite, contenant 24% de nitroglycérine. Il fut évident, à l'examen du sol, après l'explosion, que celle-ci le préparait fort bien. La terre est soulevée et triturée pour un volume d'un mètre cube et demi, volume de forme conique dont la base a environ 2 mètres de diamètre à la surface du sol. L'ameublissement est parfait, et lors de la plantation des arbres on n'a qu'à creuser à la pelle un trou tout juste suffisant pour recevoir les racines qui n'éprouveront aucune difficulté à se développer dans la terre remuée et légère.
L'opération représente une dépense d'environ 75 centimes par arbre: or le travail à la main qui ne remue pas un demi-mètre cube de terre coûte généralement plus.
L'expérience a montré que les arbres plantés dans le sol ameublé à la dynamite se développent plus vite et produisent plus tôt des fruits.
Une observation a été faite en passant à Lausanne: c'est que le procédé ne vaut rien pour les terrains humides, à nappe d'eau proche de la surface. On voulut défoncer un terrain humide destiné à recevoir, après drainage, une culture de luzerne. Mais la résistance de l'eau s'opposa à un travail utile; l'énergie de l'explosif ne servit qu'à projeter la terre à une grande hauteur, en creusant des trous d'un demi-mètre cube.
Quoi qu'il en soit, l'industrie des explosifs paraît pouvoir trouver dans l'agriculture un emploi pacifique de ses produits et gagner de l'argent sans massacrer des hommes.
L'inoculation des bacilles typhiques vivantes.
MM. Nicolle, Conor et Conseil avaient démontré, il y a peu de temps, que l'inoculation intraveineuse de vibrions cholériques ou de bacilles dysentériques vivants, séparés des substances du milieu de culture par des centrifugations et des lavages successifs, est sans danger pour l'homme. De nouvelles expériences semblent établir qu'il en est de même du bacille typhique.
Deux sujets, inoculés deux fois dans les veines à quatorze jours d'intervalle, ont reçu 100 millions, puis 1.200 millions de microbes, et n'ont éprouvé aucun mal. Des inoculations relativement beaucoup plus fortes ont été pratiquées sur des lapins et ont donné des résultats analogues.
Un procédé de vaccination avec des cultures vivantes paraît devoir être très actif, mais il présente à la fois un avantage et un inconvénient. D'une part, il ne détermine aucune réaction locale; d'autre part, les cultures vivantes doivent être utilisées dans un délai très court.
Les auteurs espèrent trouver un procédé où la vitalité du microbe sera supprimée, mais où son altération sera moindre qu'avec les méthodes actuelles de stérilisation par la chaleur ou par des antiseptiques.
VIEILLES COUTUMES DE FRANCE.--Un baptême à cheval aux Saintes-Maries-de-la-Mer.
Phot. G. Bouzanquet.
Devant ces murailles patinées par le temps, dont on ne saurait dire au juste si elles sont celles d'une église ou d'une citadelle, voici une étrange réunion de cavaliers, rangés comme pour une parade. Sous leurs larges sombreros, on les prendrait tout d'abord pour des «cow-boys». Mais, à l'examen, on s'avise que la plupart de ces centaures ont en croupe une jeune Arlésienne. Ce détail de costume situe à peu près la scène sans toutefois l'expliquer. Disons tout de suite que c'est un cortège de baptême peu banal. La marraine, montée à califourchon, tient dans ses bras le nouveau-né qui vient de recevoir l'eau sainte; près d'elle, fièrement campé sur sa monture et s'appuyant sur son trident enrubanné, le jeune, frère du héros de la fête--un précoce cavalier de quinze mois!--lui sert de garde du corps; et le prêtre, revêtu du surplis et de l'étole, bénit l'assistance.
Que sont donc ces gens? Des «gardian» de chevaux et de taureaux sauvages. Habitués à vivre isolément, parmi leur bétail, dans les vastes steppes de la Camargue, ils sont restés à cheval--c'est le cas de le dire--sur les us et coutumes de leur race. Et c'est pour obéir à la tradition que l'un d'eux, «lou Mazard», baptisant son fils, convoqua ses compagnons à lui faire escorte jusqu'à l'antique église fortifiée des Saintes-Maries-de-la-Mer.