LES THÉÂTRES

Le théâtre Léon-Poirier vient de nous révéler une comédie satirique, de M. Lucien Gleize, qui a obtenu le plus franc succès. Le Veau d'or est l'histoire amusante, alerte, et très spirituellement satirique sans méchanceté, d'un parvenu richissime, vaniteux jusqu'au ridicule, et de sa cour d'adulateurs; une intrigue sentimentale lie entre elles les scènes dont se composent ces trois actes, scènes de caractère où éclatent à tout instant les traits cocasses, les formules bien venues, les mots de situation. On a applaudi la pièce et ses interprètes, Mlles Catherine Fonteney et Suzanne Révonne, MM. Berthier, Louis Gauthier, Henri Beaulieu, Dechamps, Paul Plan, Arvel.

«L'Insaisissable Stanley Collins, pièce à grand spectacle en vingt tableaux», de MM. de Marsan et Timmory, est une oeuvre conçue selon l'esthétique du théâtre du Châtelet. L'insaisissable Stanley Collins rappelle le mystérieux Crawford de l'affaire Humbert, si ingénieusement imaginé par la grande Thérèse. Les deux auteurs, tout autant qu'elle, ont fait preuve d'un sens avisé des coups de théâtre et, comme elle, ils se sont avant tout préoccupés de la mise en scène. Décors changeants, brillants costumes, musiques, cortèges et ballets sont d'un faste varié et pittoresque.

Le théâtre de la Porte-Saint-Martin vient de reprendre le Ruisseau, de M. Pierre Wolff, qui, lors de sa création au Vaudeville en 1907, atteignit et dépassa la centième représentation. Cette comédie si fine, émouvante et généreuse, n'a pas vieilli. Son charme, qui est fait de tendresse, n'a rien perdu de son pouvoir sur le public. Et le succès d'hier égale et dépassera peut-être celui d'il y a six ans. Son interprétation est du reste tout à fait supérieure avec MM. Huguenet, Rosenberg, Mlle Jeanne Provost et Mlle Jane Pierly qui, après tant d'autres artistes de café-concert, a fait là, sur une grande scène, un début, d'autant plus remarqué qu'elle prenait dans le principal rôle féminin la lourde succession de Mlle Yvonne de Bray.

Mlle Jane Pierly.--Phot. A. Bert

C'est décidément la saison des «reprises», au moins pour la Porte-Saint-Martin et pour l'Ambigu. Voici, sur cette dernière scène, la reprise de Raffles, triomphe de la pièce policière. Sa carrière fut longue au théâtre Réjane qui la révéla en 1907. Il est à prévoir qu'elle va, durant de nombreuses soirées, connaître un regain de succès avec sa nouvelle interprétation parmi laquelle figure, d'ailleurs, le brillant créateur de Raffles, M. André Brûlé.

M. Jacques Rouché, devenu directeur de l'Opéra, est remplacé au théâtre des Arts par M. Irénée Mauget qui, au cours de l'été, représenta un certain nombre d'actes inédits d'auteurs nouveaux sur le théâtre de Verdure du Pré-Cateian, et qui se promet de nous révéler des oeuvres intéressantes. Son premier spectacle à la salle du boulevard des Batignolles comportait un drame de MM. Johannès Gravier et Lebert, le Droit de mort, sur un sujet profondément pathétique: le véritable droit de mort que des parents peuvent exercer encore de nos jours sur leurs enfants en s'opposant à une intervention chirurgicale,--et une comédie de MM. Pierre Bossuet et Georges Léglise, le Coeur en panne, marivaudage un peu long avec quelques jolies scènes.

Le théâtre du Vieux-Colombier nous a offert, pour son second spectacle, une pièce en quatre actes, de M. Jean Schlumberger, les Fils Louverné; c'est un drame de famille composé avec le souci évident d'éviter tout effet mélodramatique, écrit avec un tact littéraire parfait; il est joué avec un soin discret par la troupe ordinaire du Vieux-Colombier.

Le théâtre Impérial a renouvelé aimablement son spectacle en affichant trois petites pièces gaies: Un malheur n'arrive jamais seul, de M. Félix Galipaux; Express-Agency, de MM. Henri Falk et Maurice Dumas, qui ont mis à la scène les exploits comiques d'un fantaisiste Sherlock Holmes; Un virtuose, de MM. Wilned et Henry Roy, amusante «comédie-bouffe» dont un piano mécanique fait les frais. Une pantomime de M. Paul Franck, la Griserie du Tango, agrémente la soirée, qui se termine par une revue de MM. Jean Bastia, Jules Moy et Moriss, A la bonne Franckette, jouée par les auteurs.

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Note du transcripteur: Ce supplément ne nous a pas été fourni.