La vanille française et les journaux allemands.

Les journaux spéciaux destinés aux restaurateurs et aux hôteliers de nationalité allemande établis dans notre pays mènent, depuis quelque temps, une campagne dont le caractère tendancieux ne saurait être méconnu, et qui a pour but de substituer partout la vanille de Togo à celle des colonies françaises. A les en croire, les plantations de Bourbon, des Comores, de la Guyane et de la Guadeloupe auraient à peu près complètement disparu. Toutes les gousses vendues en France sous ces diverses dénominations d'origine seraient récoltées à Tahiti et auraient seulement l'odeur de la vanille, avec un goût voisin de celui de l'héliotrope. Pour leur donner la saveur que réclame la clientèle, les commerçants français seraient contraints de les «givrer» de vanilline, c'est-à-dire de les enrober d'une couche pulvérulente d'un produit chimique. Au contraire, la vanille allemande récoltée à Togo possède toutes les qualités et toutes les perfections. Il est donc à la fois logique et sage de la préférer aux vanilles des colonies françaises.

Ces assertions--il est à peine nécessaire de le dire--sont d'une fausseté complète. Les importations de gousses de vanille récoltées dans nos possessions d'outre-mer sont en augmentation croissante et jouissent, à juste titre, de toute la sympathie des connaisseurs. Par contre, les vanilles allemandes de Togo ont un goût rude et grossier qui les fait impitoyablement refuser par les véritables gourmets.

Quant au prétendu «givrage» artificiel, rien de plus facile que le mettre en évidence. En détachant avec l'ongle un cristal du givre blanc qui couvre naturellement les gousses et en le posant sur la langue, on doit sentir immédiatement un goût prononcé de vanille; dans le cas contraire, on a très probablement affaire à de l'acide benzoïque. D'autre part, quand on regarde à la loupe une gousse de vanille, on voit facilement si les cristaux existant à sa surface ont la forme d'aiguilles implantées perpendiculairement: ce sont alors des cristaux naturels. S'ils paraissent accolés à la surface, au lieu d'être pour ainsi dire piqués en elle, on peut être certain qu'ils ont été frauduleusement ajoutés.

C'est ce qu'on constate bien souvent en examinant avec soin les vanilles allemandes de Togo, dont, malheureusement, le givrage est bien souvent artificiel.