A LA MANIÈRE DE PÉGOUD
Pégoud a aujourd'hui des émules en «haute école» aérienne. Le succès de ses sensationnelles acrobaties a excité l'ambition des autres aviateurs, et toute une audacieuse phalange de «boucleurs de boucle» s'est formée, depuis quelques semaines, rivalisant de virtuosité et d'adresse avec le créateur du genre... Ils seront bientôt une dizaine à savoir voler «la tête en bas»: successivement Garros, Chevillard, Hanouille, Domenjoz, Chanteloup, Tabuteau, ont désiré, et conquis, les lauriers de Pégoud. Et, venu d'Angleterre, Hucks a renouvelé brillamment ses périlleux exercices.
Un de ses compatriotes, l'aviateur Lee-Temple, s'entraîne, lui aussi, en ce moment, pour les vols renversés, --et de la plus originale façon. Sans doute est-il nécessaire, avant de tenter l'expérience, de s'habituer à la position peu naturelle qu'exige le «looping». Méthodique et prévoyant, M. Lee-Temple se fait attacher, par de solides cordes, à une chaise, qui, suspendue, les pieds en l'air, à une barre de fer, figure assez bien le siège du pilote à l'instant où l'aéroplane glisse sur le bombé des ailes: et ainsi s'accoutume-t-il, comme le montre une de nos gravures, aux émotions de la voltige aérienne. Ce n'est pas à un semblable entraînement que se livre l'aviateur représenté, en singulière posture, sur l'autre photographie. Lorsque, après avoir bouclé la boucle, le 15 novembre, à l'aérodrome de Buc, Hucks revint à Londres, il fut, sur le quai de la gare de Charing-Cross, bruyamment acclamé par ses amis, et porté en triomphe... la tête en bas. La réception était peu banale; elle donna lieu à des scènes de joyeux tumulte, où l'on n'eût pas reconnu le traditionnel flegme britannique.
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Pour apprendre à voler la tête en bas: l'entraînement quotidien de l'aviateur Lee-Temple. |
L'aviateur Hucks, imitateur anglais de Pégoud, porté en triomphe, la tête en bas, à son retour à Londres. |
LA VIEILLESSE DE L'EXILÉ.--Un orang-outang de Malaisie
encagé au Jardin zoologique d'Amsterdam. Phot. A.-J. W. de Veer.]
C'est un singe très vieux, et l'on serait tenté de dire, très vénérable, tant l'âge lui a conféré de sérénité majestueuse. Tout récemment, dans notre numéro du 25 octobre, nous avons publié l'image, amusante comme une caricature, d'un perroquet plus que centenaire, que les années avaient bizarrement déformé: elles ont, tout au contraire, marqué la face qui apparaît à cette page d'une expression singulièrement grave et solennelle. Ce doyen de la gent simiesque semble chargé d'expérience et de sagesse; et dans ses yeux luit un étrange regard, presque humain... Il achève aujourd'hui sa longue vie dans une cage du Jardin zoologique d'Amsterdam, auquel il fut donné naguère par le sultan de Serdang. On sait seulement de lui qu'il appartient à l'espèce des orangs-outangs, et qu'il est originaire d'une des îles de la Malaisie, sans doute Bornéo ou Sumatra; il mesure 1 m. 20 de hauteur, et la longueur de ses bras, du bout des doigts jusqu'à l'épaule, est de 78 centimètres. Bien que doué d'une force redoutable, il se montre généralement fort docile. Mais il faut prendre garde de l'irriter, car il n'est pas aussi philosophe qu'il en a l'air.