DOCUMENTS et INFORMATIONS

TRAINS SANITAIRES PERMANENTS.

Les transports d'évacuation des blessés de guerre se font au moyen de trains sanitaires permanents ou improvisés, pour les grands blessés dont le transport nécessite beaucoup de soins et de ménagements, et de trains ordinaires pour les malades dont l'état moins grave permet la station assise.

Les trains sanitaires permanents, les seuls qui nous occupent aujourd'hui, sont organisés dès le temps de paix. Leur installation a fait l'objet d'études nombreuses et approfondies de la part du service de santé de l'armée, ce qui permet l'évacuation des grands blessés dans les meilleures conditions d'hygiène et de confort.

Ces trains constituent de véritables hôpitaux roulants. Chacun comprend vingt-trois wagons. Un wagon est spécialement réservé à la chirurgie (instruments, objets de pansement, appareils à fractures, etc.), à la pharmacie et à la lingerie. Seize wagons sont consacrés aux blessés, avec 8 lits par wagon, soit au total 128 blessés par train. Un wagon est réservé aux officiers, au nombre de quatre: un médecin major, médecin chef du train; un médecin aide-major, un pharmacien major, un officier d'administration affecté au train comme gestionnaire. Un autre wagon est destiné aux infirmiers (28 y compris les gradés). Trois voitures sont réservées à la cuisine, à la dépense et aux provisions; ces voitures sont particulièrement bien aménagées, rien n'a été négligé pour que la préparation des aliments puisse être aussi parfaite qu'il est possible pour des hommes blessés et malades; un cuisinier de métier, assisté de deux aides, tous trois prévus dans le personnel, sont préposés à cet office. Mieux que toutes les descriptions, nos photographies montrent quel soin a été apporté à l'installation et au bon fonctionnement de ces services importants. Le vingt-troisième wagon sert pour mettre les débarras et le combustible. Tous les wagons communiquent entre eux par des plates-formes qui permettent au personnel de circuler d'un bout à l'autre du train.

On le voit par ce court résumé, le service de santé de notre armée a assuré dans les meilleures conditions l'évacuation des blessés.

Prisonnier de marque.

Cent ans après Waterloo, le descendant direct du généralissime prussien, Leberecht von Blücher, prince de Wahlstadt, a trouvé le moyen de se faire prendre par les gendarmes anglais dans des circonstances fort peu dramatiques.

Le prince de Blücher avait acheté, voici quelque dix ans, un des îlots de l'archipel anglo-normand, Herm, entre Guernesey et Sercq. Il y avait fait construire un somptueux château. Avec une morgue bien prussienne, il ne manquait jamais une occasion d'insulter, et même d'outrager les touristes qui débarquaient sur les rivages de son île, qu'ils fussent Français ou Anglais.

Les autorités militaires de Guernesey l'avaient donc «à l'oeil». Jusqu'au dernier moment, l'héritier du vainqueur de Waterloo avait conservé l'espoir que l'Angleterre, l'ancienne alliée de la Prusse, contemplerait en spectatrice le terrible conflit que l'Allemagne voulait et préparait. Il ne se décida à boucler ses malles qu'au reçu d'un télégramme de Berlin. Mais il était trop tard.

La nuit de la déclaration de guerre, soit une heure après l'expiration du délai imposé à l'Allemagne pour l'évacuation de la Belgique, des agents de police de Guernesey débarquaient à Herm, envahissaient le château et arrêtaient le prince au saut du lit. Triste aventure pour le descendant d'un héros national!

Herm, notons-le en passant, est le seul coin d'Europe où vivent en liberté des marsupiaux. L'île appartenait précédemment à un riche Australien qui y acclimata deux couples de kangourous, dont la progéniture s'est multipliée.

L'abbé Wetterlé (en costume civil)
arrivant à Pontarlier.

L'abbé WETTERLÉ.

Parmi les nombreux Alsaciens qui, en dépit des tracasseries et des menaces allemandes, ne cessèrent d'employer tout leur énergie à maintenir l'idée française aux pays annexés, il n'en fut guère de plus écouté, de plus influent peut-être, que l'abbé Wetterlé, député d'Alsace-Lorraine au Reichstag et directeur, à Colmar, du Nouvelliste d'Alsace-Lorraine.

Tous les Français ont été heureux d'apprendre que l'abbé Wetterlé a réussi à échapper à la vindicte allemande. Il quitta Colmar le 25 juillet, et atteignit Bâle le lendemain, passant inaperçu devant les autorités prussiennes, grâce au costume civil qu'il avait échangé contre l'habit ecclésiastique, et sous lequel le représente notre gravure, à son arrivée sur le sol français, à Pontarlier.

Comment Fonctionnent Les Services De L'intendance Militaire.

La mobilisation des vivres précède, accompagne et suit la mobilisation des hommes. C'est une organisation formidable et admirable; il faut sans à-coup assurer quotidiennement la subsistance de 2 millions 1/2 de bouches. Toutes nos régions ne sont pas également riches; la production, la concentration du vivre doivent donc s'opérer selon des plans aussi précis que la formation et la concentration des troupes. Ce service est assuré par trois groupes d'officiers parfaitement distincts: les officiers d'administration, les intendants, et les contrôleurs d'armées.

Les officiers d'administration, véritables «fourmis de l'armée», qui portent au col et au képi la petite étoile d'or, amassent et entretiennent l'approvisionnement colossal où, quotidiennement, puisent les convois bien clos et bien gardés qui vont ravitailler nos armées. A chaque courrier arrivent des ordres dont l'exécution est immédiate; on expédie, le jour même, les centaines de mille de rations de pain, les innombrables caisses de conserves, les fourrages et le bétail demandés. Les officiers aux petites étoiles sont en même temps chargés des réquisitions et de la fabrication, réquisition de farine, de bétail, fabrication du pain, des conserves, etc. Depuis le début de la guerre ces réquisitions se font avec une facilité émouvante: le paysan donne tout ce qu'il a pour l'armée, il ne discute plus. On doit en théorie établir avec lui une estimation à l'amiable, mais il s'en rapporte entièrement aux officiers: «Vous savez mieux que moi, dit-il, ce que vous déciderez sera bien.» Et c'est partout ainsi.

Les intendants forment, dans l'armée, une élite intellectuelle. Leur recrutement est très sévère. Le plus grand nombre est passé par l'Ecole polytechnique ou par l'Ecole d'état-major. Certains, et non les moins appréciés, sortent du corps même des officiers d'administration. Docteurs en droit presque tous, ils sont, après un concours spécial très ardu, devenus les «fonctionnaires» galonnés d'argent, qui «décident». C'est sous leurs ordres que les officiers aux étoiles «exécutent», la décision demeurant séparée de l'exécution. En général, les intendants--commandants, colonels, généraux--sont les officiers de l'armée les plus jeunes de leurs grades. La plupart, actuellement, sont aux frontières avec tout un état-major d'officiers d'administration. Quelques-uns seulement sont demeurés dans leurs régions respectives et sur ces derniers pèsent les plus gros fardeaux et les plus lourdes responsabilités.

Au-dessus des intendants il y a les «hommes noirs», les contrôleurs de l'armée, personnages tout-puissants qui, dans cette grande agitation, continuent d'examiner avec le calme le plus parfait et la plus lucide minutie toutes les comptabilités. Parfois même, quand c'est nécessaire, ils «suppléent» les intendants...

C'est grâce à cette organisation d'élite qu'il y a partout, dans notre armée, abondance de vivres. Les hommes, depuis le front jusqu'aux dépôts les plus éloignés, sont confortablement nourris après avoir été solidement vêtus de neuf.

Balles explosives et balles dum-dum.

Une question qui a toujours soulevé dans les guerres du passé d'interminables controverses est celle des balles explosives. Ces balles avaient été jadis créées pour faire sauter les caissons de munitions d'infanterie ou d'artillerie, chargées en poudre noire, et l'armée bavaroise notamment en fit usage jusque vers 1870. On fut, par la suite, amené à employer ces balles contre les troupes, parce que l'on espérait arrêter ainsi plus facilement des assaillants déterminés en leur causant des blessures plus graves. Mais l'expérience a montré depuis longtemps que l'usage des balles explosives constituait une cruauté parfaitement inutile et, par la convention de Genève, toutes les nations civilisées se sont mises d'accord pour en interdire l'emploi en temps de guerre. Ces balles sont, du reste, devenues incapables de faire sauter les munitions chargées avec la poudre sans fumée. Aussi, à l'heure actuelle, ne se sert-on plus des balles de ce genre que pour abattre les grands fauves à courte distance (balles Pertuiset pour la chasse à l'éléphant, à l'hippopotame, au lion, etc.).

Elles ont d'ailleurs l'inconvénient d'exiger l'emploi d'armes à feu de très gros calibre; elles sont assez dangereuses pour le tireur qui les utilise et leur précision est plutôt aléatoire dès que la distance se rapproche d'une centaine de mètres. En fait, elles ont complètement disparu de l'armement de tous les pays qui ont seulement conservé les grenades à main.

Une cartouche à balle dum-dum.

La balle dum-dum n'a rien de commun avec la balle explosive.

Jusqu'en 1890, la seule balle employée a été la balle en plomb pur ou en plomb durci, de forme cylindro-ogivale, et sans enveloppe métallique. Cette balle, d'un calibre généralement voisin de 11 millimètres, avait une puissance vulnérante et surtout une puissance d'arrêt (stopping-power) très largement suffisantes. Son expansion dans le corps de l'homme atteint produisait d'ailleurs très souvent des effets analogues à ceux des balles explosives.

Mais à partir de 1890 environ, lorsque toutes les armées du monde eurent adopté une arme à feu de petit calibre (8 millimètres) tirant une balle de plomb durci avec enveloppe de maillechort ou d'acier, on s'aperçut que la puissance vulnérante des nouvelles balles avait singulièrement diminué. A l'heure actuelle, un blessé qui a eu le poumon, ou l'abdomen, traversé par une balle de 8 m/m (et surtout par une balle de 6 m/m-5 comme la balle italienne ou la balle japonaise) guérit très souvent avec une facilité déconcertante, d'où le nom de balle humanitaire donné à ce projectile vers 1895. En outre la puissance d'arrêt des nouvelles balles est devenue tout à fait insuffisante dans le combat rapproché contre des adversaires fanatisés; on a constaté à mainte reprise dans l'Inde, en Afrique, aux Philippines, qu'un indigène traversé par une balle conservait souvent assez de force pour venir zigouiller, avant de mourir, l'Européen qui l'avait blessé.

C'est cette constatation, faite pour la première fois par les Anglais, au Tchitral qui a amené ceux-ci à fabriquer les balles dites balles dum-dum, du nom de la fabrique hindoue où on les confectionnait.

Les premières balles dum-dum, car il existe un grand nombre de modèles différents de ces projectiles, possédaient leur enveloppe en maillechort fendue en croix à la partie avant, ce qui permettait au noyau de plomb intérieur de s'épanouir dans la blessure, comme le faisaient en 1866 ou en 1870 les balles en plomb nu de 18 m/m ou de 11 m/m alors en usage. Mais ces balles se déformant dans le canon ou dans l'air tiraient fort mal. On leur substitua bientôt des balles analogues à la balle express inventée aux Etats-Unis pour la chasse aux grands animaux.

La nouvelle balle dum-dum présentait à l'avant un trou cylindrique borgne qui avait pour effet de produire une sorte d'éclatement du projectile au moment où il rencontrait le but. Les cipayes anglais de l'Inde emportèrent en Chine pendant la campagne de 1900 des munitions de ce modèle. Cette balle ne tire pas très bien; il faut, pour lui rendre sa précision, boucher le trou qu'elle présente à l'avant soit avec de la cire, soit avec une petite capsule de cuivre mince.

Enfin, on a employé des balles de plomb de petit calibre avec enveloppe métallique interrompue à l'avant. L'armée suisse a eu longtemps des balles de ce genre et la Société française des munitions fabrique, pour les sociétés de tir, une balle analogue, dite balle de stand qui présente une très grande précision.

On a bientôt reconnu, toutefois, que, dans les guerres européennes, l'emploi des balles dum-dum était assez peu justifié et ne constituait guère qu'une cruauté inutile, comme jadis celui des balles explosives.

Par un article spécial de la convention de La Haye, toutes les puissances du monde se sont interdit l'emploi dans les guerres régulières, de toutes les balles à enveloppe fendue ou interrompue.

Il n'est pas bien certain, toutefois, que certaines puissances n'aient point continué à se servir de ces projectiles dans les opérations coloniales où l'on se bat le plus souvent à courte distance et où il est indispensable de pouvoir arrêter net l'adversaire fanatisé qui vous menace. C'est là une précaution parfaitement légitime; aussi la balle express est-elle d'un usage courant avec les revolvers ou les pistolets automatiques, armes de défense rapprochée. L'usage de cette balle est non moins légitime contre les apaches et l'on trouve un peu partout des cartouches de revolver ou de pistolet automatique munies de balles express, c'est-à-dire de balles dum-dum; ces munitions sont presque toujours d'origine américaine ou anglaise.

L'usage n'en est pas moins sévèrement interdit dans la guerre actuelle par une convention à laquelle ont adhéré toutes les puissances.

Le paquebot Cristobal, baptisé du prénom de Christophe Colomb, s'engage dans la fameuse percée de la Culebra, qui défia pendant vingt ans l'activité d'une armée d'ouvriers.