RÉSUMÉ DE LA SITUATION AU 2 SEPTEMBRE
ALSACE.--En l'absence de renseignements plus complets, on peut conclure du bombardement de Saint Dié, ville ouverte, effectué par les Allemands le 26, que notre ligne de défense se trouve assez nettement en arrière de la crête des Vosges, dans leur partie Nord. L'offensive a néanmoins été reprise le 27 avec succès dans la région de Saint-Dié.
LORRAINE.--Les combats sont ininterrompus dans la région entre les Vosges et Nancy: alternatives de progrès et de recul par rapport à la ligne de la Mortagne sur laquelle nous sommes établis maintenant, avec une avance de notre droite. Nous progressons sur la rive droite du Sanon.
Longwy, défendu par un seul bataillon, a capitulé le 27 août après une défense de 24 jours.
SUR LA MEUSE.--Les troupes allemandes ont franchi la Meuse entre Sedan et Mouzon. Une violente action eut lieu le 28 à l'Est de Mézières, sur la ligne Launois, Signy-l'Abbaye, Novion-Porcien. On annonce la prise d'un drapeau par nos troupes, et ce haut fait semble pouvoir être attribué à celles qui se trouvent dans le département des Ardennes. L'activité de l'ennemi se ralentit.
DANS LE NORD ET VERS PARIS.--Les armées alliées reculent lentement, en défendant le terrain pied à pied. Les quatre corps d'armée qui barrent la vallée de l'Oise à l'ennemi ont livré, le 28, une bataille qui fut un succès pour notre aile droite, dont la résistance a brisé l'offensive du 10e corps allemand et de la garde. Elle leur a infligé des pertes considérables et les a rejetés sur Guise. A notre gauche, nous n'avons pas pu empêcher les progrès vers La Fère des forces adverses.
L'armée anglaise, de son côté, après avoir soutenu un combat dans la région au Nord de Saint-Quentin, avait dû se replier. Elle se maintient en liaison avec nos troupes d'aile gauche.
Des détachements de cavalerie ennemie ont inquiété la région Lille-Valenciennes-Cambrai, mais sans être suivis par leurs troupes dont l'axe de marche est la vallée de l'Oise et l'objectif Paris.
De ce côté, nous n'avons pu arrêter leur progression. L'aile droite allemande poursuit--assez témérairement--sa course vers Paris, tandis que le gros demeure accroché par notre résistance. Le 1er septembre, un corps de cavalerie ennemie a eu, dans la forêt de Compiègne, un engagement avec les Anglais, qui lui ont pris 10 canons. Un autre corps a poussé jusqu'à la ligne Soissons-Anizy-le-Château.
L'effort de l'ennemi va se concentrer désormais contre le camp retranché de Paris. Le général Galliéni, dans une proclamation où il annonce que le gouvernement a dû quitter la capitale, se déclare prêt à le défendre «jusqu'au bout».
BELGIQUE.--Les Allemands sont entrés dans Namur le dimanche 23 août, après avoir écrasé deux des forts de l'enceinte. Les troupes belges de la défense mobile et un régiment français qui les appuyait ont rejoint nos lignes. L'armée belge, abritée dans le camp retranché d'Anvers, a pris une offensive heureuse sur Malines, bientôt repris par les Allemands. Elle retient une partie des forces adverses et soulage d'autant notre résistance. D'ailleurs, les troupes allemandes, en ces deux derniers jours, ont commencé à quitter la Belgique, ramenées à pleins trains vers l'Est, afin de tenter de résister aux Russes.
RUSSIE.--Après leur défaite à Gumbinnen, les Allemands ont encore subi un échec à Neidenburg, au Sud de la ville d'Allenstein, qui a elle-même été occupée le 28 août par les Russes. Les débris des troupes ennemies sont refoulés vers Osterode, au delà d'Allenstein, tandis que les restes du 1er corps sont rejetés sur Koenigsberg. La place de Tilsitt, plus au Nord, est tombée aux mains des Russes, qui y ont fait un butin considérable. La Masovie, ou pays des Mazures, le coin le plus germanophile de la Pologne, est occupée. On peut, en résumé, considérer que la Prusse orientale est maintenant débarrassée des troupes allemandes et que les troupes russes de Pologne, n'étant plus sous la menace d'une attaque sur leur flanc droit, peuvent manoeuvrer hardiment dans la direction de Posen. Les détachements allemands qui, au début des opérations, s'étaient avancés en Pologne, ont dû se retirer, et Lodz, la grande ville industrielle, a été réoccupée par les Russes.
Les deux armées russes lancées vers la Galicie l'ont envahie, l'une par la ligne de Lublin, l'autre par Tarnopol, marchant sur Lemberg, capitale de cette province. En une bataille de sept jours, les Russes ont mis en déroute complète les forces autrichiennes. C'est une grosse victoire.
SERBIE.--La victoire des Serbes sur la Drina, complétée par la reprise de Chabatz le 24 août, momentanément occupé par les Autrichiens, a déterminé l'évacuation du Sandjak de Novi-Bazar par l'armée autrichienne. D'après les renseignements officiels de source serbe, l'ennemi avait engagé dans les combats de la Drina les 4e, 8e, 9e, 13e corps et deux brigades du 15e, soit 120 à 140.000 hommes. Les pertes dépassent 15.000 hommes hors de combat.
Les Monténégrins ont, de leur côté, remporté un succès à Grahovo, au Nord de Cattaro. Ils ont repoussé aussi le 28 un assaut général contre le mont Lovcen.
SUR MER.--Le paquebot allemand Kaiser-Wilhelm-der-Grosse, transformé en croiseur auxiliaire, a été coulé au large de Rio de Oro, au Sud du Maroc, par le croiseur anglais Highflyer.
Le croiseur allemand Magdebourg, échoué dans la baie de Finlande, a été détruit le 27 août par deux croiseurs russes.
Dans la mer du Nord, le 28, au matin, la flotte anglaise a remporté un vif succès devant Heligoland. Trois croiseurs allemands ont été coulés, le Mainz et le Koln, du même type, de 4.350 tonnes, et l'Ariadne de 2.680 tonnes, ainsi que deux contre-torpilleurs.
La flotte franco-anglaise a commencé mercredi le bombardement de Cattaro.
HORS D'EUROPE.--Le Japon a commencé les hostilités contre Kiao-Tcheou.
Le Togoland s'est rendu sans conditions aux forces anglo-françaises, ainsi que Samoa (Pacifique).
Dans un avant-poste à la frontière d'Alsace: des espions capturés vont être passés par les armes
DANS LES VOSGES.--Un détachement du 11e chasseurs alpins occupe le point dit le «Champ du Feu», au Sud de Schirmeck, et incendie la maison forestière qui était machinée en forteresse.
LES FRANCISCAINES À LA MOISSON Dessin de I. SIMONT.
L'image que voici, en d'autres temps, eût paru bien énigmatique. Que font ces femmes, vêtues de blanc, qui, la figure reposée, presque souriante sous le grand voile que la brise soulève autour de leurs épaules, travaillent aux champs? Leurs mains délicates, peu habituées à de tels travaux, manient avec une sorte de calme allégresse la faucille des moissonneurs... Car elles font la moisson. Qui sont-elles? Le large turban qui soutient leur coiffure est un peu celui de nos dames infirmières de la Croix-Rouge, et de leurs gestes, de leur aspect se dégage une sorte de majesté religieuse. Le vieux paysan les regarde; et l'on devine qu'il n'est pas là, lui, pour commander...
Il n'oserait pas... Ces femmes sont des religieuses, en effet. Et c'est dans les champs qui entourent leur maison de retraite,--aux Châtelets, près Saint-Brieuc, dans le département des Côtes-du-Nord, qu'elles ont été vues ainsi, l'autre jour, moissonnant sous le soleil d'août qui chauffait la campagne bretonne. Ces franciscaines «missionnaires de Sainte-Marie», nos soldats et nos explorateurs les ont rencontrées en Chine, aux Indes, à Madagascar, au Maroc, au Congo--apôtres et patriotes--propageant leur foi, et, avec leur foi, la pensée française... Aujourd'hui, c'est d'une façon nouvelle, et tragiquement inattendue, qu'elles se dévouent. Elles remplacent, dans leur Armorique, les jeunes hommes qui sont allés défendre la patrie. Elles travaillaient, elles priaient naguère pour «la plus grande France», pour la France qui conquiert... Elles travaillent à présent, elles prient pour la France qui se défend.
Un coin du village alsacien de Badonviller, reconquis sur les Bavarois, qui l'avaient incendié. | Convoi de blessés traversant le village de Brémesnil, qui fut également reconquis après avoir été brûlé. |
Rue des Vinaigriers, à Paris, une bombe lancée par un aéroplane allemand a provoqué une explosion de gaz. | Dans le jardin d'une maison de la rue de Lozane, à Anvers, une bombe lancée par un zeppelin a causé des dégâts plus sérieux. |