LES BÉQUILLES
On manque de béquilles pour les blessés... Comment faire?
Alors j’ai lu que des Lyonnais avaient eu une idée sublime. Ils ont été prendre à Fourvières les béquilles des ex-voto...
La poignante inspiration! Il faut la suivre et l’étendre à tous les sanctuaires où pendent par centaines de grappes, comme à de mystiques palmiers, les longs fruits de bois noir d’une si pénible beauté... Qu’on les arrache à leur inertie, à leur poussière! Voilà trop longtemps qu’ils sont là, ayant rempli d’ailleurs leur office et payé leur dette de reconnaissance. Décrochez donc ces lustres que les araignées comme d’une housse ont peu à peu enveloppés de leurs épaisses toiles! Des voûtes de tous les temples, de tous les célèbres lieux de pèlerinage, partout où entre des petits navires gréés et taillés au couteau par des marins échappés du naufrage ont été hissées des béquilles... ramenez-les... faites la sainte et magnifique rafle, abattez ces futaies, vendangez les chapelles, déboisez la grotte de Lourdes... La Vierge le permet et sera enchantée. Elle en recevra d’autres! Et je m’imagine que, munis de ce nouveau «matériel» précieux, privilégié, les blessés guériront plus vite et marcheront mieux après... Quelle aubaine! Des béquilles d’ex-voto! Des béquilles miraculeuses... qui ont déjà servi, qui ont été à la souffrance comme au feu et ont fait double campagne! Des béquilles bénites, tombées du ciel...! Ah! qu’elles seront les bienvenues et de quel cœur, vivant encore ou ayant cessé de battre... approuveront de loin ceux qui autrefois, après s’être appuyés et avoir traîné des mois ou des années sur elles, les ont—le jour de récompense où elles sont tombées—offertes à la Madone sans se douter qu’après eux, plus tard... en 1914... elles iraient soutenir d’autres éclopés, étayer d’autres blessés, des boiteux de la guerre, et les remettre d’aplomb sur le chemin de la victoire.
Henri Lavedan.
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La dernière ligne de retranchements élevés sur la route de Lierre par les brigades navales, envoyées d’Angleterre pour secourir Anvers et protéger la retraite de l’armée belge: au fond, la fumée d’explosion d’un gros obus allemand.
— Pièces anglaises d’artillerie de côtes, opposées aux gros mortiers allemands.
— Pont coupé sur la rivière Nèthe et maisons de la petite ville de Lierre incendiées.
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— Blessés belges revenant de la ligne de défense derrière la Nèthe.
— Blessés anglais de l’infanterie de marine venue pour renforcer la garnison belge.
L’ÉVACUATION DE LA POPULATION CIVILE D’ANVERS.—Arrivée de réfugiés à la gare hollandaise de Rosendael.
— Un des trains blindés du camp retranché d’Anvers.
— Automitrailleuse blindée de l’armée belge.