LA TURQUIE

Un grave événement s’est produit, transportant la guerre jusque dans la mer Noire et dans le désert du Sinaï. Dans la nuit du 28 au 29 octobre, deux contre-torpilleurs turcs, pénétrant dans le port d’Odessa, ont coulé une canonnière russe et canonné le paquebot français Portugal. Dans la matinée du jeudi 29, un croiseur a bombardé la gare et la ville de Théodosia en Crimée. Le même jour, un autre croiseur, le Hamidieh, faisait acte d’hostilité devant Novorossisk, à l’entrée de la mer d’Azov. Cette agression en pleine paix a amené le rappel des ambassadeurs français, anglais et russe à Constantinople, et la remise des passeports aux ambassadeurs turcs dans les trois pays alliés.

Ces événements ont eu leur contre-coup aux confins de l’Afrique et de l’Asie. L’armée russe du Caucase a franchi la frontière d’Arménie, bousculant les postes turcs.

De leur côté, les Anglais, apprenant que les Turcs, avec leurs contingents arabes, se préparaient à attaquer le canal de Suez sous la direction d’officiers allemands, n’ont pas attendu l’exécution de cette menace. Ils se sont portés au fond du golfe d’Akaba, qui, avec le golfe de Suez, entoure la presqu’île du Sinaï, et ont attaqué le fort d’Akaba, bâti à l’extrémité des rivages, sur la frontière même. Cette forteresse, dont un officier allemand, dit-on, organisait la défense, a été rapidement enlevée.

Enfin, à peine la rupture était-elle consommée que la flotte anglo-française allait bombarder les forts des Dardanelles: elle ouvrit le feu le 3 novembre à 5 heures du matin.