CHAPITRE I

Obstacles aux rapports avec une femme mariée.

Il est permis de séduire la femme d'un autre, si l'on court le danger de mourir d'amour pour elle_[50].

L'intensité de cet amour a dix degrés marqués par les effets suivants:

1° Amour des yeux; 2° attachement d'esprit; 3° idée fixe; 4° perte du sommeil; 5° amaigrissement; 6° aversion pour les divertissements; 7° oubli de la décence; 8° la folie; 9° évanouissement ou affaissement; 10° enfin la mort (App. I).

D'après Vatsyayana, on reconnaît qu'une jeune femme est ou non passionnée: à sa conduite, à sa conversation et aux mouvements de son corps.

[Note 50: Ce principe, largement interprété par les intéressés, autorise toutes les entreprises; il peut s'accommoder à tout en théorie et s'accommode à tout réellement en pratique dans l'Inde. Il est fondé sur la croyance que les âmes des hommes qui meurent d'un désir non satisfait errent pendant un certain temps à l'état de mânes avant de transmigrer.]

En règle générale, dit Gonikapoutra, la beauté d'un homme impressionne toujours une femme, et celle d'une femme toujours un homme; mais le plus souvent, diverses considérations les empêchent de donner une suite à cette impression.

En amour, voici ce qui est particulièrement propre à la femme. Elle aime sans s'inquiéter de ce qui est bien ou mal (App. 2). Elle ne cherche point à faire la conquête d'un homme par intérêt. Quand un homme la courtise, son premier mouvement est de le repousser, alors même qu'elle le désire; mais elle cède à des instances réitérées (App. 3).

Au contraire, l'homme épris d'une femme maîtrise sa passion par scrupule ou par raison, et bien qu'il ne puisse détourner ses pensées de cette femme, il résiste même lorsqu'elle s'efforce de l'entraîner.

Quelquefois il fait une tentative auprès d'elle et renonce à elle s'il échoue.

Quand il a réussi, il arrive souvent qu'il devient ensuite indifférent.

Une femme peut repousser les avances d'un homme pour les motifs suivants.

Attachement à son mari; crainte d'avoir des enfants illégitimes; manque d'occasion favorable; offense pour déclaration trop brusque; différence de rang; incertitude au sujet d'absences de l'homme pour voyages; crainte que l'homme en aime un autre; pensée que ses amis sont tout pour lui; crainte d'indiscrétion; timidité à l'égard d'un homme illustre ou trop puissant ou trop habile; crainte de la fougue de sa passion si elle est une femme gazelle (yoni n° 1); pensée qu'autrefois elle a été liée d'amitié avec lui (App. 4); mépris pour son manque d'usage du monde; défiance de sa mauvaise réputation; dépit de ce qu'il ne comprend pas l'amour qu'elle ressent pour lui.

Si elle est une femme éléphant, la pensée qu'il est un homme lièvre ou froid; la crainte qu'il lui arrive quelque chose à cause de sa passion pour elle; défiance de ses propres charmes; crainte d'être découverte; désillusion à la vue de ses cheveux blancs, de son apparence chétive; crainte qu'il soit l'affidé de son mari pour éprouver sa fidélité; pensée qu'il est d'une vertu trop sévère.

APPENDICE AU CHAPITRE 1

Maladies provenant de l'érotisme

Nº 1.—Les principales affections qui mettent en jeu et surexcitent le système génital, sont:

L'érotomanie ou délire érotique, qui a son siège exclusivement dans la tête; les quatre autres affections ont leur siège dans le cervelet et le système génital.

L'érotomanie (qui affecte l'un et l'autre sexe) est chaste dans sa manifestation; l'activité vitale, toute dans le cerveau, se communique rarement aux parties génitales. On comprend, d'après cela, comment on a pu accuser les Jésuites de tendances érotomanes sans accuser leurs moeurs. En rapprochant ce fait des deux causes d'anaphrodisie signalées à l'appendice du chapitre II, titre V, et de l'anaphrodisie résultant de la chasteté habituelle, on s'explique la continence des prêtres.

L'hystérie, nommée aussi maladie vaporeuse ou prurit ou attaque de nerfs, a son siège dans la matrice, et, de là, s'irradie au cerveau. Elle n'a lieu qu'entre l'âge de la puberté et celui du retour. Elle est toujours accompagnée de désordres dans le système génital. Elle affecte mille formes, depuis la plus légère attaque de nerfs, jusqu'aux accès épileptiques.

Les nombreuses causes d'hystérie se rencontrent dans le tempérament même de la femme, et dans les agents intérieurs ou extérieurs propres à augmenter la vitalité de l'utérus.

La pudeur donne à la majeure partie des femmes hystériques la force de dissimuler, pendant l'accès même, leurs sensations génitales.

Le satyriasis, la nymphomanie ou fureurs utérines, dépendent: le premier, du cervelet d'où il s'irradie aux parties génitales; la seconde, du cervelet et de l'exaltation des organes génitaux.

Les symptômes sont la tristesse, l'isolement, la turgescence et le prurit des organes génitaux.

La nymphomane s'efforce, mais en vain, de résister au désir, et elle s'isole pour le satisfaire. Devant un homme, elle ne peut contenir ses gestes, elle perd toute décence dans sa tenue et son langage. Alors, ses parties se gonflent, s'enflamment, et laissent couler une humeur fétide. Ordinairement, les fourmillements qu'éprouve la partie, et la constriction du vagin, provoquent l'éjaculation d'une humeur laiteuse fournie par les cryptes muqueuses et les glandes vulvo-vaginales.

C'est parmi les filles dont les désirs sont longtemps et violemment comprimés que se trouvent les nymphomanes.

(On sait que c'est la même cause qui occasionne la rage chez les animaux, l'espèce canine notamment).

Le priapisme est une érection violente et permanente du membre viril, le plus souvent sans désir vénérien. Le malade, loin d'éprouver du plaisir dans le coït, n'en ressent, le plus souvent, que fatigue et douleur; et, quelquefois, de graves hémorragies uréthrales s'en suivent. Lorsque le priapisme n'est pas le symptôme d'une maladie du cervelet, il provient, soit d'une irritation directe de la partie, soit de l'usage d'aphrodisiaques dangereux tels que les cantharides et le phosphore.

N° 2.—«On peut tout supposer et tout attendre d'une femme amoureuse»
(Balzac). Cette idée a été développée dans plusieurs romans
remarquables, notamment dans celui de M. de Camors, par Octave
Feuillet.

Les auteurs l'ont empruntée au coeur humain et à la satyre VI de
Juvénal.

«Si, pour remplir un devoir, il faut courir un danger, le courage manque aux femmes; pour le mal rien ne les arrête. Faut-il accompagner en mer un époux, la sentine est infecte et le ciel tourne; on vomit sur le mari. Pour suivre un amant, l'estomac est de fer; ou partage le repas grossier des matelots; on se promène de la proue à la poupe, le coeur ne se soulève jamais; on s'amuse à manier le câble, etc.»

N° 3.—Ovide, Art d'Aimer, livre I.—La séduction.

«Si la pudeur empêche la femme de faire des avances ou de se rendre à la première demande, elle n'en aime pas moins céder. C'est à l'homme d'employer les prières. Voulez-vous obtenir, sollicitez, soyez pressant, que la femme connaisse votre amour, votre passion. Cependant, si vous voyez que vos prières irritent, arrêtez-vous, revenez sur vos pas, simulez le renoncement à vos désirs. Combien de femmes regrettent ce qui leur échappe et détestent ce qu'on leur offre avec instance! En cessant d'être moins pressant, vous cesserez d'être importun. Quelquefois aussi, vous devrez ne point manifester l'espoir d'un prochain triomphe, et, quelquefois, vous vous ferez désirer.»

Quelquefois, l'amour doit s'introduire sous le voile de l'amitié; plus d'une vertu a été prise à ce piège, et l'ami est devenu bientôt un amant (dans plusieurs romans c'est ainsi que la femme entraîne un homme arrêté par des scrupules de délicatesse).

Vous trouverez mille femmes d'humeur différente; prenez mille moyens pour les gagner. Vous devez aussi les faire varier, selon l'âge. Une vieille biche flaire de loin le piège. Si vous vous montrez trop savant avec une novice, trop entreprenant avec une prude, vous éveillerez leur méfiance, et elles se mettront sur leurs gardes. C'est ainsi que, souvent, celle qui a craint un homme honnête s'abandonne à un habile vaurien.

N° 4.—On a vu, au chapitre des empêchements au mariage, que l'amitié doit exclure l'amour. C'est là, certainement, un sentiment qui à sa délicatesse et qui indique le haut prix que, dans l'Inde, à cette époque, on attachait à l'amitié. En France, on a peine à croire à des rapports de pure amitié entre un homme et une femme, tous deux jeunes, quoique beaucoup d'hommes y soient réellement portés, surtout dans la première jeunesse, pour des femmes un peu moins jeunes. Ces amours platoniques sont généralement plus durables et plus dévoués que les amours charnels.