CHAPITRE IV
Des embellissements artificiels.
Ceux qui sont disgraciés à la fois de la nature et de la fortune peuvent pour plaire recourir à des moyens artificiels tels que ceux-ci:
Un onguent fait avec la coronaria tabernamontana, le costus speciosus ou arabicus et la calaphracta flacourtia. On en frotte tout le corps et on se rend ainsi agréable à la vue.
Si on passe une poudre fine extraite des plantes ci-dessus à la flamme d'une lampe alimentée avec de l'huile de vitriol bleu, on obtient un fard noir qui se met sur les cils.
On emploie, de la même manière que le premier onguent ci-dessus mentionné, des huiles extraites de plusieurs plantes: l'herbe de porc, l'échites putrida; et des fards noirs tirés des mêmes plantes ou de leur mélange, et un onguent composé de même.
On attribue la même propriété à une poudre formée de quelques végétaux et que l'on mange après l'avoir mélangée avec du miel.
Un os de paon ou de hyène doré attaché à la main rend un homme agréable aux yeux des autres[35].
Même succès si l'on s'attache à la main un chapelet de grains de jujubier et de coquilles, enchanté de la manière indiquée par l'Atharva-Véda (livre des incantations magiques) ou par un habile magicien (Appendice 2).
[Note 35: Nous donnons ce détail comme singularité de goût, et le suivant comme exemple de superstition.]
APPENDICE AU CHAPITRE IV
N° 1.—Conseils d'Ovide
Nous préférons à ces recettes singulières les conseils d'Ovide, Art d'aimer, Livre III.
Il est peu de figures et de corps sans défauts, sachez les dissimuler.
Si vous êtes de petite taille, restez assise ou étendue sur votre lit et là, pour qu'on ne s'aperçoive pas de votre taille, recouvrez vos pieds de votre robe.
Si vous êtes trop mince, portez des vêtements épais et non collants.
Avez-vous le teint pâle? mettez un peu de rouge.
Êtes-vous trop brune, employez le poison de Pharos (blanc tiré des entrailles du crocodile, remplacé aujourd'hui par la poudre de riz).
Une belle chaussure doit toujours cacher un pied difforme. Une jambe sèche et maigre doit toujours être bien entourée. Que de minces coussinets rendent les épaules égales; qu'un léger voile couvre les seins quand ils sont trop élevés ou trop amples.
Si vous avez des doigts épais, des ongles peu polis, faites le moins de gestes possible en parlant.
Ne parlez point à jeun si vous avez l'haleine mauvaise et tenez-vous toujours loin de votre interlocuteur.
Évitez de rire, si vous avez les dents noires, trop longues ou mal rangées.
N° 2.—Filtres et magie
Vatsyayana donne encore beaucoup d'autres recettes, les unes superstitieuses, les autres singulières. Nous en donnerons seulement une idée.
1° Compositions bizarres de 6 poudres; un homme qui oint son linga avec l'une d'elles se rend maître de telle femme qu'il veut.
2° Des fards composés avec le résidu de la combustion d'os de chameaux, de chouettes, de vautours et de paons donnent un pouvoir illimité de séduction.
Une certaine composition mélangée de crottes de singes et jetée sur une jeune fille comme un sort l'empêche de jamais se marier.
Si une laque saturée sept fois avec de la sueur des testicules d'un cheval blanc est appliquée à une lèvre rouge, celle-ci devient blanche; elle redevient rouge, si on la frotte avec un certain composé végétal.
De tout temps, jusqu'à la fin du moyen âge, on a cru à la puissance des filtres et de la magie pour faire aimer ou détester, enrichir, vivre ou mourir.
Du temps d'Ovide et de Pétrone, on faisait remonter aux sorcières de la
Thessalie cet art porté à Rome sans doute d'abord par les Grecs.
Dans les siècles suivants, l'influence des idées et des superstitions indiennes fut prépondérante à Rome, surtout sur les païens (Juvénal dans ses satires cite plusieurs fois les Indiens). Elle dominait à Constantinople et dans tout l'Orient pendant le bas Empire, alors même que régnait le mysticisme; sous Justinien, au VIe siècle, tout le monde croyait à la magie. Il y avait des recettes vendues au poids de l'or, surtout pour faire mourir. On employait communément des herbes enchantées, notamment la mandragore et aussi le poisson Rémora, des os de grenouilles, la pierre astroïte, l'hippomane et autres drogues.
L'empereur Justinien se croyait thaumaturge et aimait à le faire croire aux autres. On disait dans le peuple que l'Empereur était un démon et pouvait se transformer à volonté. Le grave jurisconsulte Tribonien lui disait avec conviction ou par flatterie qu'il pouvait se faire quand il voulait un pur esprit et se transporter partout surnaturellement.