CHAPITRE IV
SALOMON

1. Que tu es belle, ô mon amie, que tu es belle! Tu as des yeux de colombe, sans parler de tes traits qu'on ne voit pas[126]. Tes cheveux sont comme les troupeaux de chèvres aux flancs du mont Galaad.

[Note 126: On suppose ici qu'une partie de la figure était voilée comme aujourd'hui celle des femmes arabes.]

2. Tes dents sont comme des brebis fraîchement tondues qui montent du lavoir chacune d'elles ayant sa gemelle et aucune n'étant stérile.

3. Tes lèvres sont une écharpe écarlate et ton parler est doux. Tes joues sont comme des moitiés de grenades, et ton voile cache d'autres attraits.

4. Ton cou est comme la tour de David munie de créneaux et à laquelle sont suspendus mille boucliers, toute l'armure des vaillants.

5. Tes seins sont deux faons gémeaux qui paissent entre les lys.

6. Jusqu'à ce que l'aube ramène le zéphyr et que les ombres disparaissent, j'irai à la montagne de myrrhe et à la colline d'encens.

7. Tu es parfaitement belle, ô mon amie, il n'y a sur toi aucune tache.

8. Viens du Liban, ô mon épouse, viens du Liban, viens! Laisse ton regard tomber sur moi du front de l'Amana, des sommets de Samit et d'Hermon, des demeures des lions, des montagnes des léopards.

9. Tu as fait à mon coeur une blessure incurable, ma soeur, mon épouse, avec un seul regard de tes yeux, avec une boucle de tes cheveux sur ton cou.

10. Que tes seins sont beaux ô ma soeur, mon épouse! ils sont plus beaux que le vin, et ton parfum surpasse tous les aromates.

11. Tes lèvres sont des rayons de miel; ta langue distille le lait et le miel; tes vêtements exhalent l'odeur de l'encens.

12. Ma soeur, mon épouse est un jardin fermé, une fontaine réservée, une source d'eau scellée[127].

[Note 127: Dans les versets 12 et 13, l'épouse est désignée comme la terre, le jardin, la fontaine de l'époux. Cette comparaison se continue au chapitre V, jusqu'au 6° acte, dans un langage figuré. Précédemment la vigne, le lys, etc., paraissent aussi désigner métaphoriquement l'épouse ou s'y rapporter.—Le dernier alinéa du 5° acte semble une manière d'exprimer la joie en la faisant partager aux amis.]

13. Ta terre est un paradis (jardin délicieux) de grenadiers, de pommiers, de cypre et de nard.

14. Qui abonde en nard, en crocus, en cynemone, en tous les bois odorants du Liban; la myrrhe, l'aloès et tous les meilleurs aromates y sont en profusion.

15. Fontaine des jardins; puits avivé par les eaux qui se précipitent du Liban.

16. Lève toi Aquilon; accours Auster: soufflez sur mon jardin et faites en exhaler les parfums.