CHAPITRE VI

L'homme qui a plusieurs épouses.

Un homme qui a plusieurs épouses doit être galant pour toutes.

Il doit veiller sur leur conduite et ne jamais révéler à l'une d'elles ce qui se passe dans l'intimité avec une autre.

Il ne doit point leur permettre de lui parler de leurs rivales, ni de se dénigrer mutuellement.

Il plaira à l'une d'elles par sa confiance secrète; à l'autre, par des égards particuliers; à une troisième, par des compliments; à toutes, par des promenades aux jardins publics, par des divertissements, des présents, des honneurs rendus à leurs parents, des marques de confiance, et, enfin, par des témoignages d'amour qu'il donnera à chacune.

Une jeune femme qui a bon caractère et une conduite conforme aux préceptes du saint livre, s'attache son mari et triomphe de ses rivales.

Bhabravya enseigne qu'un mari doit se lier avec une jeune femme qui lui dira les secrets des autres femmes, et le renseignera sur la conduite des siennes propres.

Mais Vatsyayana est d'avis qu'un mari ne doit point exposer sa jeune épouse à être corrompue dans la société d'une intrigante de cette espèce, qui prendrait sur elle l'ascendant que les mauvaises femmes savent toujours conquérir sur l'esprit des autres.

APPENDICE AU CHAPITRE VI

Chez les musulmans, où la polygamie est la règle, le Koran formule le même précepte que le 1er alinéa du 6e chapitre.

«Chaque épouse a droit à la part de Dieu ou minimum de galanterie périodiquement obligatoire.»

Un chef arabe auquel je demandais des nouvelles de sa santé, se lamenta de ne plus pouvoir servir qu'une fois par nuit chacune de ses quatre épouses (il avait passé la cinquantaine).

Dans l'Inde, les femmes sont toujours traitées avec douceur.

Les maris renvoient leurs femmes, mais ne les battent pas.

En Europe, c'est généralement le contraire qui a lieu, au moins dans le peuple.

Il est même des femmes du peuple qui aiment les maris énergiques. On connaît la chanson de Béranger: «Collin bat sa ménagère…» et les vers de Jules Barbier sur la fille des faubourgs qui veut «un amant qui la fouaille, depuis le soir jusqu'au matin».

Le Père Gury dit, Théologie morale, 379: Le mari est tenu de punir son épouse lorsqu'elle commet une faute, dès que c'est nécessaire pour la corriger et prévenir tout scandale.

381. Il doit ordinairement user, en commençant, des paroles bienveillantes, et, si cela ne suffit pas, avoir recours à une punition sévère (c'est là, évidemment, un reliquat du moyen âge).

«Le confesseur ne doit pas ajouter foi tout de suite aux paroles d'une femme qui se plaint de son époux, parce que les femmes sont d'habitude portées à mentir.»

On remarquera que ni le P. Gury, ni le cathéchisme, ne parlent d'obéissance due par la femme au mari, tandis que le code civil la prescrit. Napoléon a même insisté sur ce point au Conseil d'État.

Condition des femmes dans l'Inde

Les travaux des femmes, dans l'Inde, sont toujours très doux.

Les soins très simples du ménage remplis, leur seule occupation est de filer. Tous les autres ouvrages sédentaires qui, en Europe, sont confiés aux femmes, sont, dans l'Inde, exécutés par les hommes.

Il est vrai que les femmes des basses classes travaillent avec les maçons, les terrassiers, les cultivateurs; mais elles sont toujours très ménagées, et ne remplissent que des tâches faciles.

Autrefois, les deux sexes allaient nus, jusqu'à la ceinture, dans tout le sud de la presqu'île. Cet usage existe encore sur la côte du Malabar et dans tous les pays circonvoisins.

Le morceau de toile qui compose l'habillement des femmes des Soudras ne couvre juste que ce que la pudeur empêche de laisser à découvert.

Les femmes riches se chargent de bijoux et ne s'en dépouillent jamais.

Les femmes Hindoues sortent librement pour leurs dévotions, leurs affaires et les besoins de leur maison; par exemple, pour quérir de l'eau aux fontaines publiques; et, bien que toute intimité avec les hommes leur soit interdite, elles peuvent, néanmoins, sans se compromettre, converser avec ceux qui viennent dans leur maison comme connaissances et amis.