XLV
De M. de Chateaubriand
Paris, ce samedi 13 septembre 1828.
Je pars demain! Je pars d'autant plus tourmenté que la dernière lettre de Marie, du 6 septembre, et numérotée 24, est une véritable énigme pour moi. Je ne me souviens jamais de ce que j'ai écrit et ne saurais jamais dire ce que contiennent mes lettres; je suis sûr seulement qu'elles doivent renfermer pour Marie l'expression d'un tendre et sincère sentiment. Si, par hasard, je l'ai blessée dans quelques-unes de ses idées, je lui en demande un million de pardons; mais, si j'ai des torts, je sens que je ne les réparerai bien que quand je l'aurai vue.
Pour couper court à tous les inconvénients des postes, écrivez-moi sous enveloppe à cette adresse: À M. Henri Hildebrand, rue d'Enfer, n° 84, à Paris: en dedans, mettez mon nom! On me fera passer vos lettres par les courriers des Affaires Étrangères. Je vous répondrai par la même voie.
Je ne puis, dussé-je encore vous offenser, m'empêcher de vous dire que je m'afflige de ce que vous viendrez à Paris quand je n'y serai plus. Est-ce quelque chose qui puisse vous déplaire?
J'accepte vos vœux de bonheur, puisqu'ils me ramènent auprès de vous. Je ne serai à Rome que du 10 au 15 du mois prochain. J'ignore si je reviendrai pour la session, mais, avant six mois, j'espère avoir vu Marie.