LES RUES.—PLAN STRATÉGIQUE DU NOUVEAU PARIS

Après ce coup d'œil général du haut des tours de Notre-Dame, descendons dans la rue, et vérifions en détail cette première vue d'ensemble.

Cet examen ne va pas sans difficulté, et quelquefois sans péril. La mue de Paris, commencée depuis douze ans, est une opération laborieuse et compliquée. Le monstre s'épuise en efforts, il crie, il geint, il se débat, il remplit l'air du fracas de ce rude travail, et couvre au loin le sol des débris de sa vieille peau.

Celui qui veut admirer le Paris nouveau doit donc se résigner à acheter son admiration au prix qu'elle mérite. Il est condamné au spectacle indéfiniment prolongé de la coulisse et à tout ce tripotage des machinistes que la toile de fond cache à l'Opéra. Il trébuche aux amas de décombres entassés dans tous les coins; il se heurte aux ouvriers effondrant une masure ou un palais à coups de pioche, faisant pleuvoir les pierres, ou attelés à une corde et tirant à grands cris un pan de mur, qui s'écroule dans un tourbillon de poussière, avec un mugissement d'avalanche. Il rencontre des myriades de maisons décapitées, éventrées, coupées en deux, s'affaissant dans la cave, trahissant par les fenêtres brisées ou les murailles abattues tous les secrets de leur aménagement intérieur, zébrées de ces raies noires et sinistres que laissent derrière eux les conduits des cheminées, et qui semblent le signe de ralliement des démolisseurs,—espèces de cadavres branlants, mi-debout, mi-couchés, résignés à l'abattoir, et dont l'aspect attriste l'âme et les yeux. Il faut à chaque pas manœuvrer, se courber, faire un détour, frôler les maisons ou prendre le milieu de la chaussée, écouter un gare! éviter à ses pieds un tas de moellons ou de mortier; à ses côtés, une charrette, un cheval, un maçon tout blanc de plâtre; sur sa tête, les pluies de tuiles ou de badigeon; et ainsi toujours esquivant, enjambant et regimbant, savourer jusqu'à la dernière note cet abominable concert formé du grincement de la truelle Berthelet sur la muraille, de l'aigre cri de la scie sur la pierre, de la petite chanson agaçante du cric et du cabestan, et des jurements enroués des Limousins.

Les rues de Paris sont en déménagement perpétuel comme ses habitants. Là où il y en avait hier cinq ou six, il n'y en a plus une seule aujourd'hui; là où il n'y en avait pas hier, en voici maintenant cinq ou six. Des maisons s'élèvent sur l'emplacement des anciennes voies; des voies nouvelles font leur trouée à travers des pâtés de maisons jetées bas. De toutes parts les avenues s'avancent au pas de charge, bouleversant, culbutant, nivelant tout sur leur passage; les boulevards font leurs razzias gigantesques, engloutissant les rues par centaines, comme ces monstrueux cétacés qui dépeuplent la mer pour s'arrondir, et ne peuvent ouvrir la bouche sans s'incorporer des myriades de petits poissons. On travaille sur le Paris existant sans plus s'en inquiéter que s'il n'existait pas. Une ville de douze cent mille âmes, laborieusement créée par l'effort persistant de quinze siècles, la première et déjà la plus belle du monde, est comme non avenue, et le Paris nouveau en prend à son aise avec elle, absolument comme s'il avait à se déployer de toutes pièces dans un espace vide. Au lieu de s'accommoder au Paris de Philippe Auguste, de Louis XIV et de Louis-Philippe, de s'associer à lui en se contentant de l'embellir et de le modifier au besoin, il préfère le renverser sans façon, comme ces mottes de terre qu'on écarte ou qu'on broie du pied sur son passage.

Vous avez vu ces fantômes que les physiciens créent et chassent à leur gré avec la rapidité de l'éclair; ainsi les rues apparaissent ou s'évanouissent, pauvres ombres chinoises obéissant au moindre clin d'œil de l'enchanteur M. Haussmann. Et l'instabilité de celles qui vivent n'est pas moindre que l'instabilité de celles qui meurent. Même quand on respecte leur existence, même quand elles ne sont pas rognées ou coupées en deux, même quand on ne les reprend pas pour les prolonger, en modifier la direction ou les élargir, les voies de Paris restent soumises à une mobilité perpétuelle et sont toujours en travail. On les empierre, on en change le niveau, on les hausse ou on les baisse, on déplante ou on replante les arbres, on y installe des pavillons et des vespasiennes, ou bien on les démolit; on expérimente les systèmes les plus divers sur la chaussée et sur le trottoir, on répare l'asphalte, on étend de nouvelles couches de bitume empesté et brûlant; on les éventre pour creuser un égout, on les referme; on les rouvre pour placer une conduite d'eau, on les recoud; on les fend de nouveau pour réparer les tuyaux de gaz, et pendant des semaines entières la rue est sillonnée de tranchées béantes, d'où s'exhalent des miasmes suffocants.

Tel est le premier trouble apporté à la jouissance des admirateurs du nouveau Paris. Il y en a un autre: c'est que la transformation n'est pas encore sans mélange, et que, malgré toute l'ardeur et la bonne volonté de nos magistrats, il reste toujours çà et là quelques débris de la vieille ville qui font tache et attristent le regard. La peau neuve de Paris a des bigarrures qui en détruisent l'unité et l'harmonie. À côté d'une artère de vingt mètres de large, voici une petite ruelle qui n'a pas dix pieds[3]; et derrière ce beau monument rectiligne, tout neuf et tout reluisant, on découvre dans le lointain un grand vilain bâtiment noir, sans colonnades, sans chapiteaux, et dont les pierres pourraient rendre de si grands services à la construction d'une caserne! Puis, partout des maisons en ruines, des démolitions commencées, des constructions inachevées, des barrières en bois, des clôtures de planches sales et disjointes, des échafaudages à perte de vue, tout l'appareil de la maçonnerie et de la charpenterie, choses désagréables à l'œil de l'amateur classique qui aime la propreté! Il s'avoue tout bas, en soupirant, qu'il est pénible d'assister à ces détails de toilette, dont il ne faudrait voir que le résultat, et qu'on est obligé de rendre pendant longtemps Paris bien laid avant d'arriver à le faire si beau.

Repassez dans vingt ans, mon ami: la toilette sera terminée, si elle doit jamais l'être. Plus ne sera besoin alors d'échafaudages et de clôtures en planches, parce qu'il n'y aura plus de vieilles rues ni de vieilles maisons à démolir; et quant à ces grands vilains bâtiments noirs, qui vous choquent à juste titre, on n'en gardera que tout juste ce qu'il faut pour produire un agréable contraste, une surprise piquante, après les avoir grattés, nettoyés, blanchis et redorés du haut en bas. Repassez dans vingt ans, et je vous promets à chaque pas des rues de trente mètres, des avenues bordées de palais, et des boulevards à bouche que veux-tu.

En attendant, il ne faut pas mépriser les résultats conquis. On fait ce qu'on peut. On nous a déjà donné une cinquantaine de boulevards nouveaux, sans compter les avenues, qu'il serait difficile de compter, et les rues, qui ne se comptent plus: les boulevards de Sébastopol et de Strasbourg, de l'Alma, du Palais, de Port-Royal, de Saint-Germain, du prince Eugène, de Magenta, de Malesherbes, de l'Étoile et de Monceaux, le boulevard Beaujon et la rue de Rivoli prolongée, les boulevards des Trois-Couronnes et de la Santé, les deux boulevards Pereire, les boulevards Saint-Marcel, Arago, Saint-André, Haussmann, Richard-Lenoir, et tant d'autres qui n'attendent que le loisir des maçons occupés ailleurs. Nous en avions quatre-vingt-douze, il y a un an, nous devons en avoir, en y joignant les compléments prochains, plus de cent-vingt aujourd'hui. En vérité, la plume se fatiguerait à ces énumérations homériques, et l'historiographe du nouveau Paris apostropherait volontiers M. le préfet de la Seine, sur le ton de Boileau s'adressant à Louis XIV:

Grand roi, cesse de vaincre ou je cesse d'écrire.

Je ne puis déployer un plan de Paris et y jeter les yeux, sans découvrir de tous côtés des multitudes de larges avenues, nées d'hier ou à naître demain, et que je ne soupçonnais pas, sans m'étonner chaque fois davantage de la quantité de boulevards que peut contenir une capitale. Mais rassurez-vous, lecteur, je sais me borner malgré la contagion de l'exemple, et je me lasse plus vite d'enregistrer les voies nouvelles que M. le préfet de nous en faire.

Impossible d'ailleurs de suivre cette incessante mobilité de Paris. Ce qui est vrai au moment où nous l'écrivons ne l'est plus peut-être au moment où cela s'imprime. On a beau faire et vouloir fixer tous ces changements au vol, ils échappent sans cesse. Le courant vous dépasse, vous déborde, et flue entre les mains qui cherchent à le saisir.

Ces boulevards sillonnent toute la ville du sud au nord, de l'est à l'ouest, et l'embrassent en entier dans un vaste réseau stratégique artistement conçu. Il faut bien le dire: ce qu'on a appelé les embellissements de Paris n'est au fond qu'un système général d'armement offensif et défensif contre l'émeute, une mise en garde contre les révolutions futures, qui se poursuit depuis douze ans avec une infatigable persévérance, sans que le Parisien candide ait l'air de s'en douter. Tout est conçu dans les voies nouvelles à ce point de vue, fort légitime au fond: leur largeur, leur direction, leur position respective, leur point de départ et d'arrivée, tout, jusqu'à la nature du pavage adopté. Nous l'allons montrer aisément.

Qu'on étudie sur une carte le système général des rues neuves de Paris, on s'apercevra bien vite qu'il a été ordonné a priori dans le but de dégager les monuments qui peuvent devenir au besoin des centres et des forteresses pour l'insurrection, de couper les quartiers populeux et populaires, de ménager partout des issues inattaquables à la force armée, de mettre largement en communication, par des lignes de circuits ininterrompues, qui s'appuient et se complètent l'une l'autre, toutes les parties de la grande capitale; de relier enfin, sans laisser la moindre lacune dans l'intervalle, tous les édifices importants à de vastes rues, ces rues aux quais et aux ponts, les quais aux boulevards intérieurs, les boulevards intérieurs aux boulevards extérieurs et aux portes de Paris. Dix ans encore, et il sera impossible de choisir un point quelconque dans un quartier de la ville qui ne soit pressé, englouti, anéanti entre une quadruple rangée de boulevards convergeant vers lui à droite et à gauche, devant et derrière,—amples vomitoires, où les régiments pourront se déployer sans obstacles, où l'artillerie et la cavalerie chemineront à l'aise, où le canon, enfilant à pleine gueule ces belles rues toutes droites, tracées à souhait pour lui, fera rafle à tout coup. Une caserne s'élève à chaque point de jonction, et les forts dominent tout cela. Les professeurs de barricades auront désormais bien à faire. Le métier est gâté.

Si je n'admire pas beaucoup, comme on l'a vu, les embellissements du Paris impérial, je ne puis trop admirer, en revanche, le plan stratégique suivant lequel ils ont été dirigés. En vérité, c'est à croire que l'architecte en chef de la ville est un officier supérieur du génie militaire, ou que M. le préfet de la Seine a fait ses études à l'École polytechnique et les a complétées à l'École d'application de Metz. Vauban n'eût pas préparé avec plus de soin les opérations d'un siége. Voyez plutôt. Le boulevard Sébastopol, qui traverse tout Paris, en coupant la rue de Rivoli à angle droit, et qui met le palais du Luxembourg en communication avec les quais, les autres boulevards et la gare de l'Est, isole d'un bout à l'autre les deux redoutables rues Saint-Denis et Saint-Martin, tient en respect la Halle et le noyau des ruelles environnantes, et les vieux centres historiques de l'émeute: les rues Aubry-le-Boucher, du Cloître-Saint-Merry, etc. Sur la rive gauche, la partie supérieure de la même voie et le boulevard Saint-Germain, avec la rue des Écoles, lancés à travers le foyer turbulent du faubourg Saint-Marceau, divisent en tronçons et trouent par de larges saignées le repaire des étudiants et celui des chiffonniers. Les barrières de l'École de médecine et de l'École de droit, comme celles de la rue Clopin, sont percées à jour. Il reste encore quelque chose à faire en pleine montagne Sainte-Geneviève: on le fera, gardez-vous d'en douter.

Passons la Seine. Le boulevard Mazas et celui du Prince-Eugène, qui vont se réunir tous deux à la barrière du Trône, commandent ainsi au faubourg Saint-Antoine, que la large rue du même nom coupait déjà par le milieu. Ce boulevard du Prince-Eugène, qui a recueilli tant de malédictions pour le terrible abatis de théâtres qu'il a fait à son premier pas, on se fût bien gardé d'y renoncer, eût-il dû soulever mille fois plus d'anathèmes encore. Il n'en est pas un seul dans Paris qui ait été plus adroitement conçu, pas un qui ait fait plus de besogne d'un coup. Il troue en plein centre un quartier populeux et remuant, il ouvre et dégage le chemin de Vincennes, où il y a, comme on sait, un très-joli fort, plein de jolis soldats; il met en rapport la caserne du Château-d'Eau avec les chasseurs de la forteresse; enfin il complète de la manière la plus ingénieuse, après le boulevard Mazas d'une part, après les boulevards Bourdon et Beaumarchais de l'autre, une combinaison grâce à laquelle on peut prendre à tête et à queue ce formidable faubourg, qui se souvient un peu trop d'avoir renversé la Bastille, et l'investir pour monter à l'assaut de ses barricades. C'est une œuvre d'artiste, et l'auteur a dû s'y mirer avec complaisance.

Le point de départ du boulevard du Prince-Eugène s'appuie sur le flanc gauche d'une caserne, placée là à l'intersection de toutes ces grandes voies, comme le temple du genius loci. Sur le flanc droit de la même caserne s'appuiera le point de départ du boulevard Magenta: c'est le vieux mythe d'Antée qui reprenait des forces en touchant la terre. Le boulevard Magenta continue celui du Prince-Eugène en ligne droite, et, croisant celui de Strasbourg, il coupe par le milieu d'autres quartiers inquiétants, entre les boulevards intérieurs et les boulevards extérieurs. Ainsi seront dominés et tenus en échec les faubourgs Saint-Denis, Saint-Martin et Poissonnière, et s'établira une communication directe entre la gare de l'Est et la fameuse caserne, centre où tout aboutit, et autour duquel rayonnent toutes les voies, comme jadis autour du forum.

Jetez maintenant les yeux sur l'Hôtel de Ville, le but naturel de tous les émeutiers, le siége de tous les gouvernements provisoires, le point le plus important et le plus disputé de Paris, aux jours de révolutions. Aujourd'hui l'Hôtel de Ville, dégagé de toutes parts, et trois fois pour une, par le quai, l'avenue Victoria et la continuation de la rue de Rivoli, en outre proprement flanqué à l'arrière d'une caserne respectable, ne peut plus devenir l'objet d'une surprise ni d'un coup de main.

Avons-nous besoin de poursuivre la démonstration? Restons-en là. Le lecteur pourrait se lasser de ces explications fastidieuses, qui étaient nécessaires pour établir un point dont ceux-là mêmes qui s'en doutent ne se doutent pas assez. Pas un détail n'a été négligé dans l'ensemble, et le gouvernement a retourné d'avance tous les atouts pour lui.

Ainsi partout l'émeute est déboutée et réduite en vasselage; partout ses quartiers généraux sont traqués dans leurs repaires et pris entre deux feux. Les nouvelles voies, larges, dégagées, découvertes, s'allongent en lignes droites au lieu de s'arrondir en lignes courbes comme les anciennes, et ce qu'on prend pour un simple amour de la symétrie est de plus un profond calcul stratégique. Celles mêmes qui paraissent tracées sans but direct, cette multitude d'avenues géométriques qui vont à l'aventure, d'ici, de là, à droite, à gauche, se poursuivant, se croisant, partant tout à coup comme des fusées sous vos pieds et courant à perte de vue n'importe où, d'une allure aussi intrépide que si elles allaient quelque part; ces gigantesques boulevards, en particulier, qui rayonnent par douzaines autour de l'Arc de Triomphe et vont tête baissée, à travers ravins et montagnes, aboutir aux endroits les plus extravagants et se jeter dans le vide, concourent encore indirectement à la réalisation du même plan.

À ces causes de déroute pour l'insurrection, joignez-en une autre, qui a sa valeur: c'est que le macadam a supprimé le pavé, cet élément essentiel de la barricade. Voilà ce qui protége le macadam contre les plus vives et les plus justes récriminations.

D'ailleurs, je ne suis pas de ceux pour qui c'est là de tous points une invention damnable, et je le trouve précieux aux jours de soleil, du moins pour les gens qui ont cinquante mille livres de rentes. Comme la plupart des transformations de Paris nouveau, il tend à favoriser le développement du luxe, en nécessitant l'emploi et en multipliant par là même le nombre des équipages. Quant aux piétons assez mal avisés pour ne pas comprendre les nécessités d'une ville de luxe, c'est à eux à se garer de la poussière; et quant aux arbres, ils ont déjà tant d'autres chances d'asphyxie, qu'une de plus ne signifie pas grand'chose: il serait bon seulement de les faire épousseter matin et soir. Si donc il n'y avait que des voitures à Paris et s'il y faisait toujours beau, il faudrait élever des statues à Mac-Adam. Mais le climat parisien est aussi variable que la physionomie d'une jolie femme: il n'use du soleil que dans les occasions solennelles, en guise de distraction au brouillard et d'antithèse à la pluie, et l'on sait quelle chose homérique, inénarrable et sans nom, devient le macadam par les jours de pluie.

Le macadam a, de plus, le tort grave d'exiger un continuel entretien de toilette, non-seulement fort dispendieux pour la bourse du Parisien, mais encore plus désagréable à la plante des pieds. Il engloutit des océans de cailloux, qu'il ne rend jamais. Le proverbe populaire: Pavé de bonnes intentions, ne peut mieux s'appliquer qu'au macadam, lorsqu'il est neuf ou qu'on le rempierre: j'en appelle à tous ceux qui ont traversé une rue de Paris dans ces dures circonstances. Si l'on ne voulait qu'un terrain égal et doux à la marche, il y aurait mieux que cela, et je conseillerais à ceux que ce soin regarde d'aller faire un tour en Hollande et d'y étudier ce pavage uni et propre comme un parquet, que la pluie même ne fait que laver sans le salir. Mais on veut toute autre chose, et la vraie raison est justement celle qu'on ne dit pas. L'administration a des pudeurs de vierge qui nous étonnent toujours de sa part.

Ainsi donc, sur ce chapitre des transformations de Paris, il serait bon désormais de s'entendre. Qu'on nous parle du réseau stratégique des nouvelles rues, qu'on nous les montre savamment tracées, combinées avec art, comme autant de parallèles, de sapes et de circonvallations, destinées à réduire une place rebelle; qu'on nous présente le nouveau Paris comme un vaste terrain soumis aux servitudes militaires et abandonné aux opérations des officiers du génie,—gens aimables, d'ailleurs, et qui ne demandent pas mieux que d'agrémenter çà et là leurs travaux par un petit jardin, et de voiler quelquefois leurs tranchées derrière un bouquet d'arbres ou un kiosque,—à la bonne heure, j'admirerai sans restriction. Encore une fois, je comprends et j'admets que le premier droit d'un gouvernement soit de prendre des précautions contre l'émeute. Mais il faudrait avoir le courage du mot propre et ne pas parler d'embellissements plus qu'il ne convient, car alors je n'admire plus du tout.

Ce caractère mathématique des rues se retrouve dans leurs moindres détails. Elles fauchent tout en droite ligne sur le sol comme sur les côtés. Pour éviter une courbe invisible à l'œil et insensible au pied, on fait des percées à travers le terrain comme pour les tunnels de chemins de fer. Un beau jour on taillera en pleine butte Montmartre, on ouvrira une voie géométrique à coups de pics et de sondes en creusant la montagne Sainte-Geneviève, dût-on démolir le Panthéon, ou l'isoler sur une cime, au haut d'un escalier de cinquante degrés. Il y a des maisons, sur les flancs du boulevard Malesherbes, qui sont perchées dans la nue, et aux extrémités de la rue de Rivoli, qui sont juchées sur des trottoirs de huit à dix marches; il y en a eu longtemps, de chaque côté du boulevard de Sébastopol (il en reste quelques-unes) qui semblaient bâties sous terre et extraites des fouilles d'un nouveau Pompéi: le sol était à la hauteur du deuxième étage. Au coin de la rue Monsieur-le-Prince et de la place Saint-Michel, il faut escalader une dizaine de degrés pour arriver aux rez-de-chaussée de droite, et en descendre presque autant pour arriver à ceux de gauche. À la jonction de la rue Victor-Cousin avec la rue Soufflot, on trouve d'un côté des ravins, de l'autre des montagnes, qui communiquent ensemble par un système de talus et d'escaliers compliqués. En face du Panthéon, on montait au Luxembourg comme à un grenier, et l'on y monte encore comme à un entresol; ailleurs, on descend comme dans une cave. Le quai de la Mégisserie et certaines ruelles adjacentes, les rues du Marché-Saint-Jean et de la Verrerie, le confluent de la rue de la Harpe avec le boulevard de Sébastopol, sur beaucoup de points les abords du boulevard Saint-Germain et de la rue des Écoles, offrent le spectacle de quartiers pris d'assaut. La rue Baillif n'arrive à joindre le Palais-Royal que par un escalier de quinze marches. Les maisons de la rue Bellefonds sont campées sur des escarpements sauvages et dominent de dix mètres le square Montholon, où l'on descend comme dans un entonnoir. La rue Marbeuf est divisée dans sa longueur en deux parties parallèles, dont l'une surplombe de quinze pieds et forme cul-de-sac. Les alentours du rond-point de l'Étoile, l'avenue de Saint-Cloud, le quartier Beaujon, défient toute description: il est prudent de faire son testament avant de s'aventurer dans cet inextricable dédale tout hérissé de ravins, de contre-forts, d'échelles et d'escaliers à pic[4]. La traversée de la Bérésina n'est qu'une plaisanterie près de la traversée de la rue du Bel-Air, et Dieu sait ce qui sortira de ce provisoire et combien de temps il doit durer. C'est la frénésie, l'ivresse, la folie furieuse de la ligne droite; c'est le chaos mathématique. Sur plus d'un point, M. le préfet de la Seine a trouvé moyen d'arriver à la confusion par l'excès et l'abus de la géométrie. Au rebours de Caussidière, il lui est arrivé de faire du désordre avec de l'ordre.

Dans la partie supérieure du boulevard Saint-Denis, les tranchées entreprises pour le passage du boulevard Magenta et les travaux qui en ont été la suite avaient produit les résultats les plus inouïs. Ce quartier semblait avoir été bouleversé par un cataclysme dont on a cherché à régulariser les traces sans pouvoir les faire entièrement disparaître. Ici, c'était un trottoir bordé de balustrades qu'on avait ménagé devant quelques boutiques, et qui filait en terrasse à hauteur de premier étage, absolument comme un balcon; là, c'étaient des maisons étagées de haut en bas, et qu'on reprenait en sous-œuvre pour faire des boutiques à la place des caves; ailleurs, un pont suspendu traversant la rue et servant de voie d'accès au bureau d'une fonderie, qui anciennement était au rez-de-chaussée et se trouvait maintenant au premier, sans avoir changé de place; ailleurs, des portes cochères qui s'ouvraient à deux battants à hauteur d'entresol. Le boulevard Bonne-Nouvelle, près la porte Saint-Denis, et surtout le boulevard Saint-Martin, font l'effet d'une gorge sombre entre deux montagnes. En s'accoudant aux garde-fous et en se penchant au-dessus du puits de l'abîme, on a le vertige à voir tourbillonner sous ses pieds cette flotte de fiacres et d'omnibus dans une mer de macadam. En Suisse, sur le mont Blanc, ce serait pittoresque; à Paris, devant le théâtre de M. Mélingue, c'est fort laid, et de plus c'est une contradiction. Comment se fait-il qu'on n'ait point abattu, afin de niveler le sol, ces quelques douzaines de maisons juchées en observatoire à droite et à gauche de la chaussée, comme pour faire la nique à l'architecture égalitaire du nouveau Paris? Est-ce respect humain?—Bah!—Est-ce économie?—Fi donc!—C'est tout simplement que M. Haussmann n'était pas encore préfet de la Seine.

III

L'EXPROPRIATION POUR CAUSE D'UTILITÉ PUBLIQUE.
LA VILLE DES NOMADES

En ce temps-là, l'expropriation pour cause d'utilité publique avait déjà fait son chemin; elle régnait, mais n'était point arrivée pourtant à la pleine possession de la redoutable dictature qu'elle exerce aujourd'hui. Les auteurs de cette loi ne prévoyaient guère le cruel abus qu'on en ferait un jour. Elle est devenue entre les mains de l'autorité spéciale une sorte de bélier aveugle, qui frappe comme un sourd; une catapulte inflexible et sauvage, poussée par tous les instincts d'une centralisation effrénée. Elle cogne de la tête et des pieds, elle frappe, elle démolit, elle pulvérise, elle broie, la monstrueuse machine; elle dévore sans cesse et ne peut se repaître. Ce n'est pas l'expropriation pour cause d'utilité publique; c'est l'expropriation pour cause de bon plaisir. Elle porte gravée au front le vers de Juvénal,—un poëte d'aujourd'hui, né dix-huit cents ans trop tôt:

Sic volo, sic jubeo, sit pro ratione voluntas.

Je n'en dis pas le quart de ce qu'en ont dit souvent les avocats devant les tribunaux, et pas la dixième partie de ce qu'en pense le public, qui subit, mais qui juge.

Aussi qu'arrive-t-il? C'est que, dans les débats entre la ville et les expropriés, l'opinion, représentée par le jury, prend invinciblement la défense de ceux-ci, et, ne pouvant faire mieux, proteste sans relâche par le chiffre des indemnités qu'elle alloue. Cette protestation n'en vaut peut-être pas une autre, mais, pour le moment, elle ne manque pas de logique et de force. Le jury sent bien que c'est lui, en définitive, qui paye ces indemnités-là; mais il proteste, parce qu'il est le jury,—et aussi parce que, en matière d'expropriation, on ne sait pas, ou plutôt on sait trop ce qu'on peut devenir un jour. C'est un bon procédé de confrère à confrère, à charge de revanche; c'est une semaille qui peut se changer en moisson.

Cet état de choses a donné naissance à une industrie nouvelle, celle de l'homme qui spécule sur son expropriation. Il y a des gens qui ont pris pour spécialité d'acheter, de bâtir, d'établir une maison de commerce dans un quartier qu'ils prévoient devoir bientôt disparaître. Le quartier n'est pas difficile à trouver: on n'a guère que l'embarras du choix. Cela est devenu une sorte de jeu de Bourse, mais plus sûr que les autres. On cite un limonadier, déjà démoli trois fois, par suite de savants calculs, et qui, d'indemnités en indemnités, est parvenu à reconstruire dernièrement un café monstre, une merveille,—qu'il espère bien voir démolir encore avant de mourir. Alors il se retirera, et il ira bâtir une maison de campagne dans une Arcadie lointaine où l'utilité publique n'aura rien à voir.

Cette industrie bizarre, un de ces bruits qui se chuchotent à l'oreille n'a pas même craint de la prêter à de hauts personnages, accusés d'imiter sur un autre terrain ces ministres déchus, qui passaient pour escompter rue Vivienne les bonnes nouvelles dont les fonctions publiques leur assuraient la primeur. M. de Girardin, qui a toutes les audaces, aussi bien en défendant ses amis qu'en attaquant ses ennemis, a osé le premier formuler nettement ces vagues rumeurs, contre lesquelles il n'avait pas besoin de s'indigner: elles n'ont d'autre signification que de condamner un système qui prête le flanc à de pareils commérages, et leur donne une ombre de vraisemblance aux yeux de la prévention ou de la malignité publique.

Nous avons tous appris par cœur, au collège, un joli conte du bonhomme Andrieux. Il s'agit d'un meunier têtu, dont le petit moulin est convoité par le grand Frédéric, pour l'agrandissement du château. L'intendant des bâtiments royaux le mande auprès de lui, et un dialogue intéressant s'établit entre eux:

«Il nous faut ton moulin: que veux-tu qu'on t'en donne?
—Rien du tout, car j'entends ne le vendre à personne.
Il vous faut est fort bon, mon moulin est à moi
Tout aussi bien au moins que la Prusse est au roi.»

On rapporte le tout au prince; grand scandale. Il fait venir lui-même le meunier, presse, flatte, promet. Le dialogue continue:

«Il faut vous en passer, je l'ai dit, j'y persiste...
—Je suis le maître.—Vous, de prendre mon moulin?
Oui, si nous n'avions pas des juges à Berlin.»

Le monarque est désarmé par ce mot. Que voilà un monarque débonnaire, malgré sa réputation farouche, et qu'on voit bien que l'expropriation pour cause d'utilité publique n'était pas encore inventée alors! Figurez-vous donc un bonnetier de la rue Saint-Denis parlant sur ce ton aujourd'hui à un sous-chef des bureaux de l'Hôtel de Ville!

L'expropriation, devenue reine et maîtresse, se passe des fantaisies de sultan blasé. Elle achète le terrain et le bâtiment, démolit celui-ci et revend celui-là, rachète, revend encore, permet, retire, se ravise, et joue à la maison comme l'enfant au château de cartes. On l'a vue, après avoir laissé construire des édifices gigantesques sur le sol déblayé par elle, changer tout à coup d'idée, et le racheter pour les détruire, au moment où l'on y mettait la toiture. L'histoire du rond-point des Champs-Élysées restera célèbre dans les fastes de l'expropriation. Homère, qui a consacré plusieurs chants à la toile de Pénélope, eût fait tout un poëme sur le rond-point des Champs-Élysées. Ces coûteuses inconséquences sont le châtiment des volontés trop promptes et qui se savent trop maîtresses d'elles-mêmes. Leur incertitude naît de la hâte de leurs décisions, que rien n'arrête et ne mûrit au passage. Elles affichent leur insuffisance dans leurs variations. À chaque instant, l'édilité parisienne semble répéter le mot du médecin de la légende: Faciamus experimentum. Mais quand l'expérience est manquée, le patient en souffre plus que le médecin.

Un des plus curieux exemples de ces incertitudes dans l'absolu et de ces tergiversations après le fait accompli, est ce qui s'est passé, il y a quelques années, dans la cour intérieure du Louvre. Je cite ici ce détail, entre parenthèses, pour sa signification générale, et j'espère que les amateurs, qui suivent d'un regard philosophique les gestes de l'administration parisienne, ne l'ont pas encore oublié. On essaya d'établir d'abord des jardins en losanges; puis on les mit en carrés, avec des bancs, puis on supprima les carrés et les bancs pour revenir à de maigres plates-bandes. J'en passe, et fais peut-être quelque erreur de détail, mais en atténuant plutôt qu'en exagérant. Au centre de la cour, ce fut bien mieux encore. On y vit d'abord une fontaine ou un jet d'eau, puis le jet d'eau disparut devant une statue équestre, puis la statue équestre fit place à un petit massif de gazon et de fleurs, puis le massif s'évanouit, et aujourd'hui il n'y a plus rien. C'est pour arriver à ce beau résultat qu'on a bouleversé la malheureuse cour pendant deux ou trois ans. Il eût été plus simple et plus économique de commencer par où on a fini, c'est-à-dire de ne pas commencer du tout.

Cet axiome pourrait s'appliquer plus justement encore à quelques-uns des embellissements de Paris.

Quel chapitre instructif nous pourrions écrire en examinant par quels rapports étroits s'enchaînent ces abus de l'expropriation avec le mode de nomination de la municipalité parisienne, élue par le pouvoir qu'elle contrôle, et non par ceux qu'elle exproprie! Que de choses à dire aussi sur les conséquences économiques du système, sur ce mépris inouï de la dépense et cette insouciance magnifique pour la question d'argent, sur les proportions colossales de ce budget de Paris, qui, moins favorisé que celui de l'État, n'est pas même voté indirectement par le contribuable, qui a dévoré, par lui-même ou par ses annexes, près de six milliards depuis 1852, et, à l'heure qu'il est, dépasse des neuf dixièmes, c'est-à-dire de 180 millions, celui de la Suisse entière, et égale celui de l'Espagne!

Mais ce chapitre me mènerait trop loin, et sortirait de mon cadre. Je le laisse, avec bien d'autres, à ceux qui entreprendront l'histoire politique de ce temps.

Par quel miracle incessamment renouvelé la ville peut-elle subvenir à l'effroyable consommation de deniers que représentent ces travaux cyclopéens? C'est son affaire, mais c'est aussi un peu la nôtre. On assure qu'elle gagne sur la vente et l'achat des terrains; j'en suis enchanté pour elle, mais le mieux est de ne pas trop s'y fier. Elle a deux moyens plus infaillibles: l'emprunt, qui ne nous regarde pas, grâce à Dieu, et l'impôt, qui nous regarde beaucoup. Elle joue à merveille de ces deux instruments, dont elle a l'habitude; peut-être seulement en joue-t-elle un peu trop.

Cette grande orgie de boulevards a eu ses jours de fête et de triomphe, lors de l'inauguration solennelle des boulevards Malesherbes et du Prince-Eugène, du premier surtout. Ce jour-là, on avait renouvelé pour Sa Majesté l'attention galante du duc d'Antin pour Louis XIV, lorsqu'il fit scier dans la nuit et tomber à l'aube, comme d'un coup de baguette, sous les yeux du monarque, une forêt qui gênait le point de vue, et celle de Potemkin pour la czarine, à qui il montra des villages en toile peinte tout le long des déserts de l'Ukraine,—joli tour de prestidigitation en partie double qui se joue de temps en temps d'ailleurs sous les fenêtres de chaque Parisien. Le Constitutionnel a rendu compte de la fête dans cette langue dont il a le secret, et il a trouvé pour la circonstance des accents qui n'appartiennent qu'à lui. Lorsque les invités eurent admiré à loisir «le bel aspect que présentait la ligne du boulevard,» suivant l'heureuse expression du respectable M. Boniface, le Pindare de toutes les inaugurations, on procéda à l'apothéose du système, et l'Expropriation pour cause d'utilité publique apparut dans la nue, au milieu des flammes du Bengale, affable, souriante, l'air tout à fait engageant, et le front couronné de roses. À cette vue, l'enthousiasme des maçons s'éleva jusqu'au lyrisme: ils se jetèrent avec ivresse dans les bras les uns des autres, et toutes les maisons se décorèrent, comme par enchantement, d'inscriptions lyriques où dominait, parmi des couronnes de verdure, cette phrase que la postérité recueillera:

À NAPOLÉON III
les ouvriers du bâtiment reconnaissants!

C'est le véridique Constitutionnel qui le dit, et je le crois sans peine. Mais j'aime encore mieux le mot, identique au fond, plus coloré dans la forme, du représentant Nadaud à la Législative: «Quand le bâtiment va, tout va.»

Le triomphe de l'Expropriation fut complet: elle prouva, par une très-docte harangue, que tout est pour le mieux dans la meilleure des capitales, et que ceux qui se plaignent sont de grands enfants, qui ne savent pas tout le bien qu'on leur veut.

Nous avons eu récemment deux nouvelles éditions, revues et considérablement augmentées, de cette ingénieuse harangue; mais cette fois la chose s'est passée tout à fait en famille. Paris se rappellera longtemps le discours du trône prononcé, à l'ouverture de la dernière session municipale, par notre Grand-Édile. Il est impossible de boire à sa santé et de se porter un toast à soi-même avec plus de satisfaction naïve. Personne ne s'entend comme M. Haussmann à faire l'apologie de M. le préfet de la Seine, et nulle part on ne l'applaudit avec autant d'enthousiasme que dans le sein de sa commission: c'est pourquoi nous comprenons qu'il y tienne. L'accord est vraiment édifiant entre le chef et les membres du conseil de tutelle donné à cet éternel mineur qu'on appelle Paris. Le chef s'applaudit d'avoir choisi de si excellents membres, les membres s'applaudissent d'avoir été choisis par un si excellent chef. Les membres trouvent que le chef qui les a élus est le plus grand chef du monde, et le chef déclare à son tour qu'il est impossible de rêver de meilleurs membres que ceux qu'il a élus. Spectacle aimable, et bien propre à toucher quiconque a le sentiment de l'harmonie!

Seulement, dans ces discours pro domo suâ, pleins de vues si originales et si neuves, peut-être M. le préfet de la Seine abuse-t-il un peu de l'ironie, figure qui devient facilement monotone pour peu qu'elle se prolonge. Si les Parisiens actuels sont si nomades et si vagabonds, est-il bien généreux à M. le préfet de les en railler avec une si cruelle persistance? J'ai un ami qui a changé dix fois de domicile depuis dix ans. Il demeurait d'abord, quand je l'ai connu, rue des Mathurins-Saint-Jacques; la rue des Écoles l'en a chassé. Il s'est réfugié rue de la Harpe; le boulevard de Sébastopol a jeté sa maison bas. Il a cherché un nouvel asile derrière l'Odéon; la rue de Médicis l'a forcé de fuir. En désespoir de cause, il a passé l'eau: le boulevard Magenta, le boulevard du Prince-Eugène et cinq ou six autres l'ont poursuivi, traqué, acculé. M. Haussmann lui reproche de déménager trop souvent: il a bien raison. Pourtant mon ami trouve que M. Haussmann a la plaisanterie lugubre.

IV