II

Paris est une sorte de puits perdu.

Son histoire, microcosme de l'histoire générale, épouvante par moments la réflexion.

Cette histoire est, plus qu'aucune autre, spécimen et échantillon. Le fait local y a un sens universel. Cette histoire est, pas à pas, l'accentuation du progrès. Rien n'y manque de ce qui est ailleurs. Elle résume en soulignant. Tout s'y réfracte, mais tout s'y réfléchit. Tout s'y abrége et s'y exagère en même temps. Pas d'étude plus poignante.

L'histoire de Paris, si on la déblaie, comme on déblaierait Herculanum, vous force à recommencer sans cesse le travail. Elle a des couches d'alluvion, des alvéoles de syringe, des spirales de labyrinthe. Disséquer cette ruine à fond semble impossible. Une cave nettoyée met à jour une cave obstruée. Sous le rez-de-chaussée, il y a une crypte, plus bas que la crypte une caverne, plus avant que la caverne un sépulcre, au-dessous du sépulcre le gouffre. Le gouffre, c'est l'inconnu celtique. Fouiller tout est malaisé. Gilles Corrozet l'a essayé par la légende; Malingre et Pierre Bonfons par la tradition; Du Breul, Germain Brice, Sauval, Béquillet, Piganiol de La Force par l'érudition; Hurtaut et Marigny par la méthode; Jalliot par la critique; Félibien, Lobineau et Lebeuf par l'orthodoxie; Dulaure par la philosophie; chacun y a cassé son outil.

Prenez les plans de Paris à ses divers âges. Superposez-les l'un à l'autre concentriquement à Notre-Dame. Regardez le quinzième siècle dans le plan de Saint-Victor, le seizième dans le plan de tapisserie, le dix-septième dans le plan de Bullet, le dix-huitième dans les plans de Gomboust, de Roussel, de Denis Thierry, de Lagrive, de Bretez, de Verniquet, le dix-neuvième dans le plan actuel, l'effet de grossissement est terrible.

Vous croyez voir, au bout d'une lunette, l'approche grandissante d'un astre.