L’HYDRE
Quand le fils de Sancha, femme du duc Geoffroy,
Gil, ce grand chevalier nommé l’Homme qui passe,
Parvint, la lance haute et la visière basse,
Aux confins du pays dont Ramire était roi,
Il vit l’hydre. Elle était effroyable et superbe;
Et, couchée au soleil, elle rêvait dans l’herbe.
Le chevalier tira l’épée et dit: C’est moi.
Et l’hydre, déroulant ses torsions farouches
Et se dressant, parla par une de ses bouches,
Et dit:—Pour qui viens-tu, fils de doña Sancha?
Est-ce pour moi, réponds, ou pour le roi Ramire?
—C’est pour le monstre.—Alors c’est pour le roi, beau sire.
Et l’hydre, reployant ses nœuds, se recoucha.
QUAND LE CID FUT ENTRÉ
DANS LE GÉNÉRALIFE
Quand le Cid fut entré dans le Généralife,
Il alla droit au but et tua le calife,
Le noir calife Ogrul, haï de ses sujets.
Le cid Campeador aux prunelles de jais,
Au poing de bronze, au cœur de flamme, à l’âme honnête,
Fit son devoir, frappa le calife à la tête,
Et sortit du palais seul, tranquille et rêveur.
Devant ce meurtrier et devant ce sauveur
Tout semblait s’écarter comme dans un prodige.
Soudain parut Médnat, le vieillard qui rédige
Le commentaire obscur et sacré du koran
Et regarde la nuit l’étoile Aldebaran.
Il dit au Cid, après le salut ordinaire:
—Cid, as-tu rencontré quelqu’un?
—Oui, le tonnerre.
—Je le sais; je l’ai vu, répondit le docteur.
Il m’a parlé. J’étais monté sur la hauteur,
Pour prier. Le tonnerre a dit à mon oreille:
Me voici, la douleur des peuples me réveille,
Et je descends du ciel quand un prince est mauvais;
Mais je vois arriver le Cid et je m’en vais.