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Ainsi, tous les souffrants m'ont apparu splendides,

Satisfaits, radieux, doux, souverains, candides,

Heureux, la plaie au sein, la joie au coeur; les uns

Jetés dans la fournaise et devenant parfums,

Ceux-là jetés aux nuits et devenant aurores;

Les croyants, dévorés dans les cirques sonores,

Râlaient un chant, aux pieds des bêtes étouffés;

Les penseurs souriaient aux noirs autodafés,

Aux glaives, aux carcans, aux chemises de soufre;

Et je me suis alors écrié: Qui donc souffre?

Pour qui donc, si le sort, ô Dieu, n'est pas moqueur,

Toute cette pitié que tu m'as mise au coeur?

Qu'en dois-je faire? à qui faut-il que je la garde?

Où sont les malheureux?--et Dieu m'a dit:--Regarde.