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Sont-ils aussi des coeurs, des cerveaux, des entrailles?

Cherchent-ils comme nous le mot jamais trouvé?

Ont-ils des Spinosa qui frappent aux murailles,

Des Lucrèce niant tout ce qu'on a rêvé,

Qui, du noir infini feuilletant les registres,

Ont écrit: Rien, au bas de ses pages sinistres;

Et, penchés sur l'abîme, ont dit: «L'oeil est crevé!»

Tous ces êtres, comme nous-même,

S'en vont en pâles tourbillons;

La création mêle et sème

Leur cendre à de nouveaux sillons;

Un vient, un autre le remplace,

Et passe sans laisser de trace;

Le souffle les crée et les chasse;

Le gouffre en proie aux quatre vents,

Comme la mer aux vastes lames,

Mêle éternellement ses flammes

A ce sombre écroulement d'âmes,

De fantômes et de vivants!

L'abîme semble fou sous l'ouragan de l'être.

Quelle tempête autour de l'astre radieux!

Tout ne doit que surgir, flotter et disparaître,

Jusqu'à ce que la nuit ferme à son tour ses yeux;

Car, un jour, il faudra que l'étoile aussi tombe,

L'étoile voit neiger les âmes dans la tombe,

L'âme verra neiger les astres dans les cieux!