A MES OISEAUX
Oh! que vous chantez bien, mes petits canaris!
C'est que vous avez tout à souhait: belle cage,
Grain nouveau, gai soleil, air pur et frais breuvage,
Et votre joie éclate en vos airs favoris!
Mais savez-vous, au moins, d'où vous vient cette fête?
Moi, j'achète ce grain dont vous êtes friands:
Mais qui l'a fait germer et mûrir dans les champs?
Je vous verse cette eau: mais cette eau, qui l'a faite?
Qui donc a fait couler le limpide ruisseau
Où, dans mon gobelet, pour vous je l'ai puisée?
C'est moi qui vous ai mis tout près de la croisée;
Quand j'ai vu ce jour pur et ce soleil si beau:
Mais d'où vient ce beau jour, et d'où vient l'astre même?
Qui l'a formé? Qui l'a suspendu dans les airs,
Pour être bienfaiteur et roi de l'univers?
Dites, le savez-vous?—C'est quelqu'un qui vous aime.
C'est Dieu, mes canaris!—La graine et le ruisseau,
L'azur et le soleil, et les cieux et la terre
Sont son œuvre: et c'est lui qui, comme un tendre père
S'occupe de l'enfant et prend soin de l'oiseau!
C'est Dieu qui vous a faits, c'est Dieu qui vous apprête
Ce repas, cet abri; c'est lui qui vous revêt,
Dans la saison d'hiver, de ce moelleux duvet
Où, pour vous endormir, vous cachez votre tête;
Lui qui vous a donné ces jolis petits yeux,
Et cette douce voix aux sémillants ramages!
A lui donc tous vos chants, à lui tous vos hommages!
Chantez, dès que l'aurore apparaît dans les cieux;
Chantez, lorsqu'à midi ruisselle la lumière;
Chantez, quand le jour baisse et meurt à l'horizon!
Ensemble, rendons grâce et gloire à son saint nom;
Au bon Dieu votre chant, au bon Dieu ma prière!
L. TOURNIER.
LE VAISSEAU LE VENGEUR
Ah! des flots fût-on la victime,
Ainsi que le Vengeur il est beau de périr:
Il est beau, quand le sort vous plonge dans l'abîme,
De paraître le conquérir.
Trahi par le sort infidèle,
Comme un lion pressé de nombreux léopards,
Seul au milieu de tous, sa fureur étincelle;
Il les combat de toutes parts.
L'airain lui déclare la guerre;
Le fer, l'onde, la flamme entourent ses héros,
Sans doute ils triomphaient; mais leur dernier tonnerre
Vient de s'éteindre dans les flots.
Captifs, la vie est un outrage:
Ils préfèrent le gouffre à ce bienfait honteux,
L'Anglais en frémissant admire leur courage;
Albion pâlit devant eux.
Plus fiers d'une mort infaillible,
Sans peur, sans désespoir, calmes dans leurs combats,
De ces républicains l'âme n'est plus sensible
Qu'à l'ivresse d'un beau trépas.
Près de se voir réduits en poudre,
Ils défendent leurs bords enflammés et sanglants.
Voyez-les défier et la vague et la foudre,
Sous des mâts rompus et brûlants.
Voyez ce drapeau tricolore,
Qu'élève en périssant leur courage indompté;
Sous le flot qui le couvre, entendez-vous encore
Ce cri: Vive la liberté!
Ce cri... c'est en vain qu'il expire,
Étouffé par la mort et par les flots jaloux;
Sans cesse il revivra répété par ma lyre;
Siècles, il planera sur vous!
Et vous, héros de Salamine,
Dont Thétis vante encor les exploits glorieux,
Non, vous n'égalez point cette auguste ruine,
Ce naufrage victorieux.
E. LEBRUN.