AH! SI J'ÉTAIS PETIT OISEAU!

C'était le plus beau jour de tous les jours d'automne,
Un de ces jours brillants, jours aux mille couleurs,
Où la terre ravie, effeuillant sa couronne,
Nous jette ses fruits et ses fleurs.

La mère travaillait à la fenêtre assise,
Mère au front gracieux, au regard calme, doux,
Et l'enfant apprenait, en silence et soumise,
Une leçon sur ses genoux.

Relevant quelquefois sa tête rose et blanche,
Pour sourire au soleil, au splendide horizon,
Elle écoutait l'oiseau qui sautait sur la branche,
En chantant gaiement sa chanson.

La pauvre mère alors, et bonne et généreuse,
Pour ne pas la gronder, feignait de ne rien voir,
Ou ramenait d'un mot sa chère paresseuse
Au doux sentiment du devoir.

Que sa voix était tendre et pleine d'indulgence!
«Allons, chère Marie, allons, tu n'apprends pas.
Ton livre déchiré trahit ta négligence,
Que vois-tu de si beau là-bas?»

Elle invitait encor la gentille rêveuse
A reprendre courage, à lire de nouveau,
Quand l'enfant s'écria: «Que je suis malheureuse!
Ah! si j'étais petit oiseau!

Ah! si j'étais l'oiseau qui toujours saute et chante;
Qui n'a souci de rien, qu'on voit toujours joyeux;
Si j'étais cet oiseau, que je serais contente,
Et que mon sort serait heureux!

Plus de livre ennuyeux, plus de leçon sévère;
Voltiger tout le jour, courir et s'amuser,
Causer avec les fleurs, caresser la bruyère,
Sur le gazon se reposer;

Toujours nouveau plaisir, toujours nouvelle fête;
Sous les arbres touffus, j'arrêterais mon vol,
Et m'en irais souvent appeler la fauvette,
Pour rire avec le rossignol.

Tu dis que c'est là-haut qu'on chante les louanges,
Que la terre répète en tout temps, en tout lieu:
J'y volerais aussi pour entendre les anges
Chanter dans le ciel du bon Dieu.

Sans regrets, sans chagrins, toujours libre et ravie,
Chaque jour le soleil me paraîtrait plus beau;
Ainsi s'écouleraient tous les jours de ma vie.
Ah! si j'étais petit oiseau!»

—«Sans doute, chère enfant, cette vie a des charmes,
Mais elle compte aussi plus d'un jour douloureux.
L'oiseau n'est pas exempt de craintes ni d'alarmes,
Il est souvent bien malheureux.

Quand l'hiver couvre tout de glace et de tristesse,
Lorsque tu dors, enfant, sous de légers rideaux,
On n'entend plus dans l'air que les cris de détresse
Poussés par les petits oiseaux.

Oh! que leur voix alors est touchante et plaintive!
Ils vont mourir de faim, de froid et de douleur.
Car ils n'ont plus de mère inquiète, attentive,
Pour les réchauffer sur son cœur.

Plus heureux que l'oiseau, dont la vie est amère,
L'enfant reçoit du ciel un regard plein de feu,
Un cœur intelligent pour comprendre sa mère,
Une âme pour adorer Dieu.

Regarde celui-ci qui frôle de son aile
Et la branche de l'arbre et le gazon fleuri;
Il va nous faire entendre une chanson nouvelle;
Qu'il est mignon, qu'il est joli!

Il paraît bien joyeux, les airs sont sa patrie!
Sans craindre le péril, sans songer à son sort,
Il chante, court, s'envole, et légère est sa vie;
Demain, peut-être, il sera mort.»

La mère encor parlait quand soudain l'éclair brille.
Bientôt l'air retentit sous le grand peuplier,
Et l'oiseau qui chantait tombe sous la charmille,
Frappé par le plomb meurtrier.

On s'élance, on accourt, de terreur palpitantes.
Hélas! il est trop tard! Oh! le cruel chasseur!
L'oiseau fermait déjà ses paupières mourantes:
Que de regrets! que de douleur!

On essaya pourtant de rappeler la vie;
Longtemps on espéra qu'il rouvrirait les yeux:
Tout en le réchauffant, la gentille Marie
Versa bien des pleurs douloureux.

Elle lui dit tout bas beaucoup de douces choses
(Car l'enfant sut de Dieu comprendre la leçon),
Puis on l'ensevelit sous des feuilles de roses
Que l'on cacha sous le gazon.

Elle revint alors désolée et pensive,
Le cœur gros de soupirs, rêvant au pauvre oiseau;
Et puis, sans dire un mot, sérieuse, attentive,
Elle étudia de nouveau.

Puis, un moment après, elle dit en prière:
«Seigneur! Seigneur mon Dieu! de ton ciel triomphant,
Oh! conserve toujours un enfant à sa mère,
Et garde la mère à l'enfant!»

Mlle ISABELLE RODIER.