DERNIER CHŒUR D'ESTHER

—1689—

Dieu fait triompher l'innocence,
Chantons, célébrons sa puissance.

Il a vu contre nous les méchants s'assembler,
Et notre sang prêt à couler;
Comme l'eau sur la terre ils allaient le répandre:
Du haut du ciel sa voix s'est fait entendre;
L'homme superbe est renversé,
Ses propres flèches l'ont percé.

J'ai vu l'impie adoré sur la terre,
Pareil au cèdre, il cachait dans les cieux
Son front audacieux;
Il semblait à son gré gouverner le tonnerre,
Foulait aux pieds ses ennemis vaincus:
Je n'ai fait que passer, il n'était déjà plus.

Comment s'est calmé l'orage?
Quelle main salutaire a chassé le nuage?
L'aimable Esther a fait ce grand ouvrage.
De l'amour de son Dieu son cœur s'est embrasé.
Au péril d'une mort funeste
Son zèle ardent s'est exposé;
Elle a parlé: le ciel a fait le reste.

Esther a triomphé des filles des Persans:
La nature et le ciel à l'envi l'ont ornée.
Tout ressent de ses yeux les charmes innocents,
Jamais tant de beauté fut-elle couronnée?
Les charmes de son cœur sont encor plus puissants,
Jamais tant de vertu fut-elle couronnée?

Ton Dieu n'est plus irrité:
Réjouis-toi, Sion, et sors de la poussière,
Quitte les vêtements de ta captivité,
Et reprends ta splendeur première.
Les chemins de Sion à la fin sont ouverts:
Rompez vos fers,
Tribus captives;
Troupes fugitives,
Repassez les monts et les mers,
Rassemblez-vous des bouts de l'univers.

Je reverrai ces campagnes si chères,
J'irai pleurer au tombeau de mes pères.
Relevez, relevez les superbes portiques
Du temple où notre Dieu se plaît d'être adoré:
Que de l'or le plus pur son autel soit paré,
Et que du sein des monts le marbre soit tiré.
Prêtres sacrés, préparez vos cantiques.
Liban, dépouille-toi de tes cèdres antiques:

Dieu descend et vient habiter parmi nous:
Terre, frémis d'allégresse et de crainte;
Et vous, sous sa majesté sainte,
Cieux, abaissez-vous.

Que le Seigneur est bon! que son joug est aimable!
Heureux qui dès l'enfance en connaît la douceur!
Jeune peuple, courez à ce maître adorable.
Les biens les plus charmants n'ont rien de comparable
Aux torrents de plaisirs qu'il répand dans un cœur.
Que le Seigneur est bon! que son joug est aimable!
Heureux qui dès l'enfance en connaît la douceur!
Il s'apaise, il pardonne;
Du cœur ingrat qui l'abandonne
Il attend le retour;
Il excuse notre faiblesse,
A nous chercher même il s'empresse;
Pour l'enfant qu'elle a mis au jour
Une mère a moins de tendresse.
Ah! qui peut avec lui partager notre amour?

Il nous fait remporter une illustre victoire.
Il nous a révélé sa gloire.
Ah! qui peut avec lui partager notre amour?
Que son nom soit béni, que son nom soit chanté;

Que l'on célèbre ses ouvrages
Au delà des temps et des âges,
Au delà de l'éternité.

J. RACINE.