LA PAUVRE VEUVE MALADE

Viens, mon enfant, près de ta mère.
Élevons nos mains vers le ciel;
Prions que dans ta coupe amère
Le Seigneur verse un peu de miel!

Je n'ai plus rien, mon fils, pour soulager ta peine,
Rien pour sécher tes yeux qui se baignent de pleurs,
Je suis pauvre et débile, et la fièvre m'enchaîne
Sur cette couche de douleurs.

Les amis qui naguère égayaient ma jeunesse,
Ont déjà de mon chaume oublié le chemin.
Hélas! le monde fuit au jour de la détresse
Et ne vient plus le lendemain.

Par pitié, mon enfant, n'appelle point ton père!
Ton père, s'il vivait, protégerait tes jours;
Mais son âme est au ciel et son corps sous la pierre;
Il nous a quittés pour toujours!

Mon toit des vents du nord ne sait point te défendre;
Tu trembles sur mon sein qui ne peut te couvrir,
Si jeune encor, mon fils, te faut-il donc apprendre
Qu'ici-bas l'homme doit souffrir?

Que dis-je! Ah! loin de moi, loin d'indignes murmures!
Dieu n'exauce-t-il pas le cri des opprimés?
N'est-il pas avec nous pour guérir nos blessures,
Celui qui nous a tant aimés?

Viens, mon enfant, près de ta mère,
Élevons nos mains vers le ciel;
Prions que dans ta coupe amère
Le Seigneur verse un peu de miel!

Oui, tu seras toujours son guide et sa défense;
Mon fils peut regarder l'avenir sans effroi:
Il a deux titres saints, le malheur et l'enfance,
Grand Dieu, pour espérer en toi!

Oui, comme tu répands une fraîche rosée
Sur la fleur qui s'incline aux feux brûlants du jour,
Tu répandras, Seigneur, sur son âme brisée,
Les eaux vives de ton amour.

Mais n'attends plus! Déjà pâlissante et flétrie,
Sa tête s'est penchée au souffle des revers.
Oh! viens, il en est temps, l'orphelin qui te prie
N'a que toi seul dans l'univers.

Rends-lui, Dieu juste et bon, les plaisirs du jeune âge,
Rends-lui le doux espoir d'un heureux avenir;
Et, parmi les écueils de son pèlerinage,
Veille sur lui pour le bénir!

Viens, mon enfant, près de ta mère,
Élevons nos mains vers le ciel;
Prions que dans ta coupe amère
Le Seigneur verse un peu de miel!

Ainsi parlait la veuve et son regard humide
Sollicitait encor la céleste bonté.
Quand déjà sous les traits d'une vierge timide
Accourait l'humble Charité.

Elle connaît l'asile où gémit la souffrance;
Au foyer qu'on oublie elle sème des fleurs;
Et près d'elle s'assied la riante Espérance,
Heureuse d'essuyer des pleurs.

«Ne crains plus,» lui disait l'humble fille chrétienne,
«Dieu ne veut pas briser le fragile roseau.
«Il envoie une sœur, pour que sa main soutienne
«Une moitié de ton fardeau.»

Et la veuve, attendrie à ces douces paroles,
Montrait du doigt son fils qui priait à genoux;
Puis elle dit: «C'est toi, mon Dieu, qui nous consoles,
«Ton ange descend parmi nous!»

Viens, mon enfant, près de ta mère,
Bénissons le Maître du ciel;
N'a-t-il pas, dans ta coupe amère,
Daigné répandre un peu de miel?

G. DE FÉLICE.