LE SÉJOUR DANS LE PAYS NATAL
Il est un pays fortuné:
Un doux ciel rit à ses campagnes;
Et d'un beau lac son sol baigné
S'appuie à de blanches montagnes:
Vraie image du paradis,
C'est mon pays, mon cher pays!
Là mon enfance a pris l'essor,
De mon aïeul là dort la cendre;
Là ma mère possède encor
Un bon père, une mère tendre.
Combien d'attraits tu réunis,
O mon pays, mon cher pays!
Là des soins tendres, maternels,
Sont prodigués à ma faiblesse;
De mes intérêts éternels
C'est là qu'on instruit ma jeunesse;
Oh! combien mes jours sont bénis
Dans mon pays, mon cher pays!
Bien loin de toi j'ai vu le jour,
Mais mon père, à chaque veillée,
Te vantait avec tant d'amour,
Que je pleurais comme exilée.
Quel bonheur quand je te revis,
O mon pays, mon cher pays!
Loin de toi s'il faut me bannir,
Je garde, ô terre de mes pères,
Dans mon cœur ton doux souvenir,
Et ton doux nom dans mes prières.
Oui, je prierai pour tous tes fils,
O mon pays, mon cher pays!
Que par les soins de l'Éternel,
Ta terre soit fertilisée,
Et que la parole du ciel
Y pleuve comme une rosée.
Sois d'avance un vrai paradis,
O mon pays, mon cher pays!
A. VINET.