L'ENFANT ET LA FAUVETTE
Si j'étais toi, ma fauvette,
Toi qui becquettes le pain
Que pour toi répand ma main
Aux abords de ma chambrette;
Si j'étais toi, je prendrais
Mon vol bien loin de la terre:
Adieu! dirais-je à ma mère;
Et j'irais, je monterais
Bien haut, par-dessus les nues;
Je franchirais ces sommets
Où l'homme n'atteint jamais,
Par des routes inconnues
J'irais au fond du ciel bleu,
Plus haut qu'où l'astre étincelle;
Je n'arrêterais mon aile
Qu'après avoir trouvé Dieu.
Mon ami, dit la fauvette,
Pour cela point n'est besoin
D'aller si haut ni si loin:
Cherche Dieu dans ta chambrette!
L. TOURNIER.