AVANT-PROPOS
Ce doit être dans une de mes délicieuses flâneries de l’après-midi, le long des quais de la Seine, que m’est venue l’idée de faire un livre avec les souvenirs de ces aventures intellectuelles. Livre de réflexions plutôt que de notes prises au jour le jour; car j’ai cruellement souffert parfois devant l’effrayant problème de quelques existences déséquilibrées, et parfois je me suis indigné. Mais, avec le temps, j’ai trouvé pour toutes ces choses des justifications morales.
Sans doute, j’ai été téméraire en cherchant des idées générales sous des expériences passagères. Nous ne savons pas, dans le Nord, rester indifférents à la vie extérieure ou ne la prendre que pour ce qu’elle est. Nous voulons de l’immuable sous nos illusions.
Toutefois, ce qui me chagrine davantage, c’est que je crains d’avoir transformé toutes ces conversations vives en les interprétant. On voudra bien être indulgent, je l’espère, quoique le bavardage d’un voyageur soit sans excuse.
D’ailleurs, après cette confession, lisez si vous osez. Et si vous n’osez pas je tâcherai de m’en consoler un jour en reprenant ma promenade au bord de la Seine, à l’heure où le soleil se couche et où vous entre au cœur le grand apaisement dont a parlé le poète.
Menton, février 1892.
UN HOLLANDAIS A PARIS
EN 1891