SCÈNE III
TOUCHSTONE et AUDREY.
TOUCHSTONE.—Demain est le beau jour, Audrey; demain nous serons mariés.
AUDREY.—Je le désire de tout mon coeur; et j'espère que ce n'est pas un désir malhonnête que de désirer d'être une femme établie.—Voici deux pages du duc exilé qui viennent.
(Entrent deux pages du duc.)
PREMIER PAGE.—Charmé de la rencontre, mon brave monsieur.
TOUCHSTONE.—Et moi de même, sur ma parole: allons, asseyons-nous, asseyons-nous; et... une chanson.
SECOND PAGE.—Nous sommes à vos ordres: asseyez-vous dans le milieu.
PREMIER PAGE.—L'entonnerons-nous rondement, sans cracher ni tousser, sans dire que nous sommes enroués, préludes ordinaires d'une méchante voix?
SECOND PAGE.—Oui, oui, et tous deux sur un même ton, comme deux Bohémiennes sur un même cheval.
CHANSON.
C'était un amant et sa bergère
Avec un ah! un ho! et un ah nonino!
Qui passèrent sur le champ de blé vert.
Dans le printemps, le joli temps fertile,
Où les oiseaux chantent, eh! ding, ding, ding,
Tendres amants aiment le printemps.
Entre les sillons de seigle,
Avec un ah! un ho! et un ah nonino!
Ces jolis campagnards se couchèrent.
Au printemps, etc., etc.
Ils commencèrent aussitôt cette chanson,
Avec un ah! un ho! et un ah nonino!
Cette chanson qui dit que la vie n'est qu'une fleur.
Au printemps, etc., etc.
Profitez donc du temps présent,
Avec un ah! un ho! et un ah nonino!
Car l'amour est couronné des premières fleurs.
Au printemps, etc., etc.
TOUCHSTONE.—En vérité, jeunes gens, quoique les paroles ne signifient pas grand'chose, cependant l'air était fort discordant.
PREMIER PAGE.—Vous vous trompez, monsieur: nous avons gardé le temps, nous n'avons pas perdu notre temps.
TOUCHSTONE.—Si fait, ma foi. Je regarde comme un temps perdu celui qu'on passe à entendre une si sotte chanson. Dieu soit avec vous! et Dieu veuille améliorer vos voix!—Venez, Audrey.
(Ils sortent.)