SCÈNE II

Même lieu.

LUCIUS et IACHIMO, d'un côté, s'avancent à la tête de l'armée romaine; l'armée anglaise se présente de l'autre pour leur disputer le passage. POSTHUMUS paraît le dernier, à la suite des Bretons, vêtu comme un pauvre soldat.

(Fanfares guerrières. Les deux armées défilent et s'éloignent. Une escarmouche s'engage. Iachimo et Posthumus reparaissent: celui-ci est vainqueur; il désarme Iachimo et le laisse.)

IACHIMO.--Le poids du crime qui pèse sur ma conscience m'ôte le courage. J'ai calomnié une dame, la princesse de ce pays; l'air que j'y respire la venge en m'ôtant les forces: autrement ce vil serf, le rebut de la nature, m'aurait-il vaincu dans mon propre métier? Les honneurs et la chevalerie, quand on les porte comme moi, ne sont plus que des titres d'infamie. Bretagne, si tes nobles l'emportent autant sur ce vilain que lui remporte sur nos grands seigneurs, voici quelle est la différence: à peine sommes-nous des hommes, et vous êtes des dieux.

(Il s'éloigne. La bataille continue, les Bretons fuient, Cymbeline est pris; alors Bélarius, Guidérius, Arviragus accourent pour le délivrer.)

BÉLARIUS, à haute voix.--Halte! halte! Nous avons l'avantage du terrain... Le défilé est gardé: qui nous force à fuir, lâche peur?

GUIDÉRIUS, ARVIRAGUS, ensemble.--Halte! halte! et combattons.

(Posthumus reparaît et seconde les Anglais; ils délivrent Cymbeline et l'emmènent.)

(Rentre Lucius; Imogène et Iachimo le suivent.)

LUCIUS, à Imogène.--Fuis, jeune homme, quitte le champ de bataille, et sauve-toi. Les amis tuent les amis: et le désordre est tel, que la guerre semble avoir un bandeau sur les yeux.

IACHIMO.--C'est un renfort de troupes fraîches.

LUCIUS.--Cette journée a étrangement changé de face: hâtons-nous d'amener du secours, ou cédons.

(Ils sortent.)