SCÈNE I
A Coventry.
Paraissent sur les murs de la ville WARWICK, LE MAIRE de Coventry, DEUX MESSAGERS et autres personnages.
WARWICK.--Où est le courrier qui nous est envoyé par le vaillant Oxford?--(Au messager.) A quelle distance de cette ville est ton maître, mon brave homme?
PREMIER MESSAGER.--En deçà de Dunsmore; il marche vers ces lieux.
WARWICK.--Et notre frère Montaigu, à quelle distance est-il?--Où est l'homme arrivé de la part de Montaigu?
LE SECOND MESSAGER.--En deçà de Daintry; il amène un nombreux détachement.
(Entre sir John Somerville.)
WARWICK.--Eh bien, Somerville, que dit mon cher gendre? Et à ton avis, où peut être actuellement Clarence?
SOMERVILLE.--Je l'ai laissé à Southam avec sa troupe, et je l'attends ici dans deux heures environ.
(On entend des tambours.)
WARWICK.--C'est donc Clarence qui s'approche? J'entends ses tambours.
SOMERVILLE.--Ce n'est pas lui, milord. Southam est là, et les tambours qu'entend Votre Honneur viennent du côté de Warwick.
WARWICK.--Qui donc serait-ce? Apparemment des amis que nous n'attendions pas.
SOMERVILLE.--Ils sont tout près, et vous allez bientôt les reconnaître.
(Tambours. Entrent au pas de marche le roi Édouard, Glocester et leur armée.)
LE ROI ÉDOUARD.--Trompette, avance vers les murs, et sonne un pourparler.
GLOCESTER.--Voyez comme le sombre Warwick garnit les remparts de soldats!
WARWICK.--O chagrin inattendu! quoi, le frivole Édouard est déjà arrivé! Qui donc a endormi nos espions, ou qui les a séduits, que nous n'ayons eu aucune nouvelle du lieu de son séjour?
LE ROI ÉDOUARD.--Maintenant, Warwick, si tu veux ouvrir les portes de la ville, prendre un langage soumis, fléchir humblement le genou, reconnaître Édouard pour roi, et implorer sa clémence, il te pardonnera tous tes outrages.
WARWICK.--Songe plutôt à retirer ton armée et à t'éloigner de ces murs.--Reconnais celui qui te donna la couronne, et qui te l'a reprise: appelle Warwick ton patron; repens-toi, et tu resteras encore duc d'York.
GLOCESTER, à Édouard.--Je croirais qu'au moins il aurait dit roi; cette plaisanterie lui serait-elle échappée contre sa volonté?
WARWICK.--Un duché n'est-il donc pas un beau présent?
GLOCESTER.--Oui, par ma foi, c'est un beau présent à faire pour un pauvre comte: je me tiens ton obligé pour un si beau don.
WARWICK.--Ce fut moi qui fis don du royaume à ton frère.
LE ROI ÉDOUARD.--Eh bien, il est donc à moi, ne fût-ce que par le don que m'en a fait Warwick.
WARWICK.--Tu n'es pas l'Atlas qui convient à un pareil fardeau; et voyant ta faiblesse, Warwick te reprend ses dons. Henri est mon roi, et Warwick est son sujet.
LE ROI ÉDOUARD.--Mais le roi de Warwick est le prisonnier d'Édouard. Réponds à ceci, brave Warwick: que devient le corps quand la tête est ôtée?
GLOCESTER.--Hélas! comment Warwick a-t-il eu si peu d'habileté que, tandis qu'il s'imaginait prendre un dix seul, le roi ait été subitement escamoté du jeu?--Vous avez laissé le pauvre Henri dans le palais de l'évêque; et dix contre un à parier que vous vous retrouverez avec lui dans la Tour.
LE ROI ÉDOUARD.--C'est la vérité: et cependant vous êtes toujours Warwick.
GLOCESTER.--Allons, Warwick, profite du moment: à genoux, à genoux.--Qu'attends-tu? frappe le fer pendant qu'il est chaud.
WARWICK.--J'aimerais mieux me couper d'un seul coup cette main, et, de l'autre, te la jeter au visage, que de me croire assez bas pour être obligé de baisser pavillon devant toi.
LE ROI ÉDOUARD.--Fais force de voiles, aie les vents et la marée favorables. Cette main, bientôt entortillée dans tes cheveux noirs comme le charbon, saisira le moment où ta tête sera encore chaude et nouvellement coupée, pour écrire avec ton sang sur la poussière ces mots: Warwick, inconstant comme le vent, maintenant ne peut plus changer.
(Entre Oxford avec des tambours et des drapeaux.)
WARWICK.--O couleurs dont la vue me réjouit! Voyez, c'est Oxford qui s'avance!
OXFORD.--Oxford! Oxford! Pour Lancastre!
GLOCESTER.--Les portes sont ouvertes: entrons avec eux.
LE ROI ÉDOUARD.--Non; d'autres ennemis peuvent nous attaquer par derrière. Tenons-nous en bon ordre; car, n'en doutons pas, ils vont faire une sortie, et nous offrir la bataille. Sinon, la ville ne peut tenir longtemps, et nous y aurons bientôt pris tous les traîtres.
WARWICK.--Oh! tu es le bienvenu, Oxford! car nous avons besoin de ton secours.
(Entre Montaigu avec des tambours et des drapeaux.)
MONTAIGU.--Montaigu, Montaigu. Pour Lancastre!
GLOCESTER.--Ton frère et toi vous payerez cette trahison du meilleur sang que vous ayez dans le corps.
LE ROI ÉDOUARD.--Plus l'ennemi sera fort, plus la victoire sera complète; un secret pressentiment me présage le succès et la conquête.
(Entre Somerset avec des tambours et des drapeaux.)
SOMERSET.--Somerset, Somerset. Pour Lancastre!
GLOCESTER.--Deux hommes de ton nom, tous deux ducs de Somerset, ont payé de leur vie leurs comptes avec la maison d'York. Tu seras le troisième, si cette épée ne manque pas dans mes mains.
(Entre George avec des tambours et des drapeaux.)
WARWICK.--Tenez, voilà George de Clarence, qui fait voler la poussière sous ses pas; assez fort à lui seul pour livrer bataille à son frère. Un juste zèle pour le bon droit l'emporte, dans son coeur, sur la nature et l'amour fraternel.--Viens, Clarence, viens: tu seras docile à la voix de Warwick.
CLARENCE.--Beau-père Warwick, comprenez-vous ce que cela veut dire? (Il arrache la rose rouge de son casque.) Vois, je rejette à ta face mon infamie. Je n'aiderai pas à la ruine de la maison de mon père, qui en a cimenté les pierres de son sang, pour élever celle de Lancastre.--Comment as-tu pu croire, Warwick, que Clarence fût assez sauvage, assez stupide, assez dénaturé, pour tourner les funestes instruments de la guerre contre son roi légitime? Peut-être m'objecteras-tu mon serment religieux: mais le tenir, ce serment, serait un acte plus impie que ne fut celui de Jephté sacrifiant sa fille. J'ai tant de douleur de ma faute, que, pour bien mériter de mon frère, je me déclare ici solennellement ton ennemi mortel; déterminé, quelque part que je te joigne, comme j'espère bien te joindre si tu sors de tes murs, à te punir de m'avoir si odieusement égaré.--Ainsi, présomptueux Warwick, je te défie, et je tourne vers mon frère mes joues rougissantes.--Pardonne-moi, Édouard; j'expierai mes torts: et toi, Richard, ne jette plus sur mes fautes un regard sévère; désormais, je ne serai plus inconstant.
LE ROI ÉDOUARD.--Sois donc encore mieux le bienvenu, et dix fois plus cher que si tu n'avais jamais mérité notre haine.
GLOCESTER.--Sois le bienvenu, bon Clarence: c'est là se conduire en frère.
WARWICK.--O insigne traître! parjure et rebelle!
LE ROI ÉDOUARD.--Eh bien, Warwick, veux-tu quitter tes murs et combattre? ou nous allons en faire tomber les pierres sur ta tête.
WARWICK.--Hélas! je ne suis pas ici en état de me défendre. Je marche à l'instant vers Barnet, pour te livrer bataille, Édouard, si tu oses l'accepter.
LE ROI ÉDOUARD.--Oui, Warwick: Édouard l'ose, et il te montre le chemin.--Lords, en plaine. Saint George et victoire!
(Marche. Il sortent tous.)