SCÈNE III

Champ de bataille entre Towton et Saxton dans la province d'York.

Alarmes, excursions des deux partis. Entre WARWICK.

WARWICK.--Épuisé par les travaux, comme le sont les coureurs pour avoir disputé le prix, il faut que je m'asseye ici pour respirer un moment, car les coups que j'ai reçus, les coups nombreux que j'ai rendus, ont privé de leur force les vigoureuses articulations de mes muscles, et, malgré que j'en aie, il faut que je me repose un peu.

(Entre Édouard en courant.)

ÉDOUARD.--Souris-nous, ciel propice! ou frappe, impitoyable mort! car l'aspect du monde devient menaçant et le soleil d'Édouard se couvre de nuages.

WARWICK.--Eh bien, milord, quelle est notre fortune? où en sont nos espérances?

(Entre George.)

GEORGE.--Notre fortune, c'est d'être défaits: notre espérance, un triste désespoir. Nos rangs sont rompus, et la destruction nous poursuit. Quel parti conseillez-vous? Où fuirons-nous?

ÉDOUARD.--La fuite est inutile: ils ont des ailes pour nous poursuivre; et dans l'épuisement où nous sommes, nous ne pouvons éviter leur poursuite.

(Entre Richard.)

RICHARD.--Ah! Warwick! pourquoi t'es-tu retiré du combat? La terre altérée a bu le sang de ton frère [7], répandu par la pointe acérée de la lance de Clifford: et dans les angoisses de la mort on l'entendait, comme une cloche funèbre qui résonne au loin, répéter: Warwick, vengeance! Mon frère, venge ma mort! C'est ainsi que, renversé sous le ventre des coursiers ennemis, dont les pieds velus se teignaient de son sang fumant, ce noble gentilhomme a rendu son dernier soupir.

Note 7:[ (retour) ] Un bâtard de Salisbury, frère naturel de Warwick.

WARWICK.--Allons, que la terre s'enivre de notre sang. Je vais tuer mon cheval; je ne veux pas fuir. Pourquoi restons-nous ici comme de faibles femmes, à pleurer nos pertes, tandis que l'ennemi fait rage, et à demeurer spectateurs comme si cette tragédie n'était qu'une pièce de théâtre, jouée par des personnages fictifs? Ici, à genoux, je fais voeu devant le Dieu d'en haut de ne plus m'arrêter, de ne plus prendre un instant de repos que la mort n'ait fermé mes yeux, ou que la fortune n'ait comblé la mesure de ma vengeance.

ÉDOUARD.--O Warwick! je fléchis mon genou avec le tien, j'enchaîne mon âme à la tienne, dans le même voeu.--Et, avant que ce genou se relève de la froide surface de la terre, je tourne vers toi mes mains, mes yeux et mon coeur, ô toi qui établis et renverse les rois, te conjurant, s'il est arrêté dans tes décrets que mon corps soit la proie de mes ennemis, de permettre que le ciel m'ouvre ses portes d'airain et accorde à mon âme pécheresse un favorable passage.--Maintenant, lords, disons-nous adieu, jusqu'à ce que nous nous revoyions encore, quelque part que ce soit, au ciel ou sur la terre.

RICHARD.--Mon frère, donne-moi ta main.--Et toi, généreux Warwick, laisse-moi te serrer dans mes bras fatigués.--Moi, qui n'ai jamais pleuré, je me sens douloureusement attendri sur ce printemps de nos jours que doit peut-être sitôt interrompre l'hiver.

WARWICK.--Allons, allons! Encore une fois, chers seigneurs, adieu.

GEORGE.--Retournons plutôt ensemble vers nos soldats; donnons toute liberté de fuir à ceux qui ne voudront pas tenir, et louons comme les colonnes de notre parti ceux qui demeureront avec nous, promettons-leur, si nous triomphons, la récompense que les vainqueurs remportaient jadis aux jeux olympiques. Cela pourra raffermir le courage dans leurs coeurs abattus, car il y a encore espérance de vivre et de vaincre. Ne tardons pas plus longtemps, marchons en toute hâte.

(Ils sortent.)