RÉPONSE DE L'AMIE
Si le monde et l'amour étaient jeunes, si la vertu résidait dans la bouche de tous les bergers, ces aimables plaisirs pourraient m'engager à vivre avec toi et à être ton amie.
XIX.--Il arriva un jour, dans le joyeux mois de mai, qu'à l'ombre agréable que donnait un buisson de myrtes, les animaux sautaient, les oiseaux chantaient, les arbres poussaient et les plantes grandissaient; personne ne songeait à gémir, excepte le rossignol; lui, le pauvre oiseau, comme s'il était abandonné, appuyait sa poitrine contre une aubépine, et là il chantait une si lugubre romance que c'était une grande pitié de l'entendre. «Fi donc, fi donc, fi donc,» criait-il parfois, puis il disait: «Térée, Térée.» En l'entendant ainsi se plaindre, j'avais toutes les peines du monde à retenir mes larmes, car ses chagrins si vivement dépeints me faisaient penser aux miens. Ah! pensais-je, tu gémis en vain, personne ne prend pitié de ta peine; ces arbres insensibles, ils ne peuvent t'entendre; ces ours féroces, ils ne te consoleront pas; le roi Pandion est mort, tous tes amis sont ensevelis, tous les oiseaux, tes semblables, chantent sans s'inquiéter de tes chagrins, comme toi, pauvre oiseau, il n'y a âme vivante qui ait pitié de moi. Tant que l'inconstante Fortune nous a souri, toi et moi on nous a trompés. Tous ceux qui te flattent ne sont pas des amis dans le malheur. Les paroles sont légères comme le vent; les amis fidèles sont rares à trouver. Chacun sera ton ami tant que tu auras de quoi dépenser, mais si ta provision d'écus devient restreinte, nul ne suppléera à tes besoins. Si le riche est prodigue, on le qualifie de libéral, et on le flatte en disant: «Quel dommage qu'il ne soit pas roi!» S'il est enclin au vice, on l'y attire bien vite; s'il a le goût des femmes, elles l'acceptent au commandement; mais une fois que la Fortune devient cruelle, adieu son grand renom, ceux qui rampaient naguère devant lui ne recherchent plus sa société. Celui qui est vraiment ton ami, il t'aidera dans tes besoins; si tu as du chagrin, il pleurera; si tu veilles, il ne pourra dormir; ainsi dans chacun de tes chagrins de coeur, il en portera une partie. Voilà les signes infaillibles pour reconnaître un ami fidèle d'un ennemi flatteur.
CHANSON [2].
[Note 2: ][ (retour) ] La collection qui a pour titre le Pèlerin amoureux se termine avec le sonnet sur divers airs en musique qui porte le no. XIX. Malone ajoute à cette collection ce charmant petit poëme dont on trouve la première strophe dans Mesure pour Mesure.
Écarte, oh! écarte ces lèvres qui se sont si doucement parfumées, et ces yeux, l'aube du jour, ces flambeaux qui induisent l'amour en erreur; mais rends-moi mes baisers, ces sceaux d'amour apposés en vain.
Cache, oh! cache ces collines de neige que porte ton sein glacé; les roses qui croissent à leur cime sont de celles qui couronnent le mois d'avril, mais rends-moi d'abord mon pauvre coeur que tu as lié dans ces chaînes de glace.
VERS FAISANT PARTIE DES POËMES A LA SUITE DU Martyr de l'amour,
PAR CHESTER, IMPRIMÉS EN 1601.
Que l'oiseau à la voix la plus forte qui perche sur l'arbre unique de l'Arabie soit le triste héraut et le trompette au son duquel obéissent de chastes ailes.
Mais toi, avant-coureur criard, odieux précurseur du démon, prophète de l'issue des fièvres, n'approche pas de cette réunion.
Interdisez l'approche de cette assemblée à tous les oiseaux aux ailes de proie, à l'exception de l'aigle, le roi emplumé; réglez strictement les obsèques.
Que le cygne, lui qui prévoit la mort, soit le prêtre en surplis blanc qui chante la musique des morts, de peur que le Requiem ne manque de solennité.
Et toi, vieille corneille qui engendres ta race d'ébène avec le souffle que tu donnes et reprends, tu feras partie de nos pleureurs.
C'est ici que commence l'antienne: l'amour et la constance sont morts, le phénix et la tourterelle ont disparu dans la même flamme.
Ils s'aimaient tant qu'en eux l'essence de l'amour n'était qu'une; ils étaient deux et distincts, mais la division était nulle, le nombre périssait devant l'amour.
Les coeurs étaient éloignés mais non séparés; on ne voyait ni distance ni espace entre la tourterelle et son roi, mais chez eux c'était une merveille.
L'amour brillait à ce point entre eux que la tourterelle voyait briller ses droits dans les yeux du phénix: chacun des deux était le trésor de l'autre.
La propriété était ainsi troublée de ce que l'individualité n'était pas la même; le double nom d'une nature unique n'était ni un ni deux.
La raison confondue en elle-même voyait des êtres divisés exister ensemble, ne se connaissant plus séparément, tant leurs natures étaient confondues.
Et elle criait: Comme cet être unique semble véritablement en former deux! L'amour a raison, la raison n'en a point; ce qui est séparé peut ainsi rester uni.
C'est là-dessus qu'elle a chanté cet hymne funèbre au phénix et à la tourterelle, tous les deux maîtres et étoiles de l'amour, pour servir de choeur à leur fin tragique.